La mission de service public du groupe France Télévision peut être considérée de bien des manières. L’une d’elles consiste à participer à l’éducation nationale, en particulier à l’enseignement des langues étrangères. C’est cette mission qui se retrouve à la une dans une croisade entreprise par le député UMP, Denis Jacquat, et relayée par des associations de téléspectateurs.

Depuis l’avènement de la TNT, il est possible de diffuser des émissions avec plusieurs flux audio. Cette option est souvent utilisée pour permettre au spectateur de regarder des films en version originale ou doublée en français. Souvent… Souvent sur Arte. Mais pas sur France Télévision. Arte (chaine de service public franco-allemande) fait figure d’exception depuis des années (avant même l’avènement de la télévision numérique) avec une offre en VO sous-titrée. Côté utilisateur, changer de canal ou afficher l’option des sous-titres est devenu des plus simples sur tous les téléviseurs âgés de moins de 10 ans.

Compte tenu du niveau général en langues étrangères de nos concitoyens, il y aurait tout lieu de renforcer cette option qui ne coûte quasiment rien au diffuseur. Permettre l’accès aux pistes audio à toutes personnes désireuses d’améliorer, voire de perfectionner, une ou plusieurs langues étrangères. Et puis, profiter des subtilités des dialogues (comme les jeux de mots par exemple) que le doublage ou même la traduction rend mal réduit la ‘trahison’ de l’oeuvre culturelle en favorisant un rapport authentique. Quant à l’outil pédagogique que les extraits de films sous-titrés offrent aux enseignants de langues vivantes, il est évident.

L’argument de la défense de la langue française n’a pas sa place ici. C’est bien du français qui est donné à lire. Et ce, sans modifications artificielles pour ‘coller’ aux mouvements des lèvres des acteurs. D’où une mise en lumière particulièrement riche des nuances que chaque langue adopte dans une même situation. À l’heure d’une mondialisation forcée, il est plus que jamais utile de s’ouvrir aux logiques d’autres cultures tout en éprouvant la beauté de notre langue française. Ce raisonnement est valable tout autant pour l’anglais de Peeter Brook que pour le finlandais d’Aki Kaurismäki ou le japonais d’Ozu Yasujiro ; et tout autant pour une comédie grand public d’un intérêt artistique médiocre, mais qui invite à rire avec tous nos prochains qui parlent une autre langue. C’est donc bien une oeuvre de service public que de permettre l’accès aux versions originales, a minima pour tous les films en « prime time », en début de soirée pardon ! .

Dommage que Denis Jacquat ait attendu une législature défavorable à son projet de loi pour monter au créneau, car il se trouve toujours des députés de gauche comme de droite pour voter contre tout ce qui n’est pas issu de leur propre parti quand bien même il en va de l’intérêt général.

 

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