En 1994, le Tro Breiz qui relie les sept cathédrales de Saint-Pol, Tréguier, Saint-Brieuc, Saint-Malo, Dol, Vannes et Quimper est remis au goût du jour. En 2008 nait La Vallée des Saints à Carnoët dans les Côtes d’Armor. Un nouveau lieu culturel, populaire, artistique et spirituel qui est devenu, avec ses 350 à 400 000 visiteurs annuels, une destination touristique bretonne phare. Son fondateur, Philippe Abjean, a fait paraître début juin un ouvrage où il expose la démarche qui a présidé à sa création. Un récit à vif qui fait suite à sa démission au mois de janvier 2020 de son poste de président de l’association de la Vallée des Saints en raison de profondes divergences relatives à l’identité du projet et à son modèle économique.

Philippe Abjean
Philippe Abjean

S’il porte un nom typiquement breton et plus spécifiquement léonard, c’est pourtant en Champagne, à Bar-sur-Seine dans l’Aube que Philippe Abjean a vu le jour en 1953, d’un père originaire de Saint-Pol de Léon, bretonnant, et d’une mère champenoise. Mais c’est en Bretagne, à Saint-Pol de Léon, qu’il passera toute son enfance et son adolescence.

Après des études de philosophie à Brest et Poitiers, il rejoint l’enseignement, d’abord au Nord-Cameroun pendant cinq ans à l’invitation d’un évêque breton, Mgr Yves Plumey, qui y sera assassiné en 1984. Puis en Bretagne au lycée Notre-Dame du Kreisker à Saint-Pol de Léon.

Il y a une vingtaine d’années, attristé de voir les paroisses se vider, il a décidé d’entrer en résistance contre ce qu’il appelle le défaitisme de l’Église et de montrer que rien n’est inéluctable. Pour lui, la Bretagne à cinq départements est une terre de spiritualité et il relève le défi de rallumer la flamme.

vallée des saints

Tout d’abord avec le Tro Breiz remis au goût du jour en 1994 et dont le succès grandissant va bien au-delà d’une quête spirituelle. Il a mis sur le chemin de Bretagne des femmes et des hommes de tous âges, de toutes opinions et de toutes origines sociales qui redécouvrent souvent aussi un patrimoine et une identité.

En 2006, c’est avec Sébastien Minguy qu’il conçoit de rassembler sur un même site de Carnoët, dans les Côtes d’Armor, les sculptures monumentales, statues-menhirs en granit de 4 à 5 mètres de haut et de plus de 15 tonnes, du millier de saints qui ont dessiné le visage de la Bretagne lors des grandes migrations d’Outre-Manche aux Ve et VIe siècles. Depuis la création en 2008, 133 statues ont été posées sur la colline inspirée de Quénéquillec à Carnoët. Les visiteurs affluent depuis. Mais le projet rencontre des tensions économiques, doctrinales et humaines.

VALLÉE DES SAINTS
Philippe Abjean, Un rêve de pierre, du Tro Breiz à la Vallée des Saints, éditions Salvatore, juin 2020, 160 pages, 16  euros.

Dans Un rêve de pierre. Du Tro Breiz à la Vallée des Saints, paru le 10 juin 2020, Philippe Abjean livre un témoignage de philosophe architecte chrétien catholique breton. Porté par sa foi religieuse et sa vision de la Bretagne, ce bâtisseur s’emploie à donner corps à ses aspirations spirituelles, éthiques et héroïques. Pour lui, l’érection de la Vallée des Saints résonne comme le manifeste d’une (re)vitalisation d’une légende dorée bretonne, d’un réveil spirituel. Philippe Abjean fait partie de ces hommes qui ne se résout pas à accepter un monde qu’il conçoit marqué par la chute et qui poursuit son désir de le réenluminer. Souffle en lui le rêve d’une restauration d’un hypothétique âge d’or où Bretons, Dieu et (statues de) saints vivraient en harmonie. Et qu’un jour les statues s’éveillent au chant afin de glorifier création et Créateur.

vallée des saints

Une conception qui n’est pas partagée par tout le monde. En sus des détracteurs du projet, souvent ennemis de la calotte, des divergences ont fait jour au sein même de l’association entre Philippe Abjean et Sébastien Minguy, directeur général de Terre de Granit, la SAS liée à l’association Vallée des Saints. Ce dernier souhaite minorer la dimension fidéique initiale au profit du renforcement de son attractivité touristique. Un glissement qui est résumé par la tentation de changer l’appellation de Vallée des Saints en Vallée des Géants. Un nouveau nom qui fait écho à l’attractivité mythique de l’île de Pâques, mais dont l’accent vétérotestamentaire, voire païen, résonne comme l’abandon du projet chrétien-breton initial. D’un Eden statutaire à un Land of giants, il n’y a qu’un pas. De côté ou de géant ?

Ce schisme que connait l’association gestionnaire traduit donc deux stratégies de développement a priori irréconciliables. L’une désire préserver un engagement religieux, un souffle de transmission populaire et la gratuité du lieu ; l’autre s’attache à rendre viable économiquement un lieu culturel touristique, de religiosité folk, en majorant son attractivité spectaculaire et en le rendant payant. La future assemblée générale prévue dans quelques semaines devrait trancher.

saint conogan
Saint Conogan

Philippe Abjean, Un rêve de pierre, du Tro Breiz à la Vallée des Saints, éditions Salvatore, 10 juin 2020, 160 pages, 16  euros.

3 Commentaires

  1. Un lieu Féerique ou pompe à fric , ….que sera l’avenir de La Vallée des Saints ……………………..Nous adorons ce lieu nous y emmenons en visite plusieurs fois dans l’année des amis ou de la famille de passage qui sur place consomment , achètent livres et souvenirs Pourrons-nous financièrement encore le faire ??

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