Vendredi 6 juin 2014, le Triangle a accueilli The Urban PlayGround au cours d’une journée pleine d’Agitation, qui a commencé par des déambulations hip-hop à la sortie des écoles et qui s’est terminée avec Résistance Farouche, une pièce des Camerounais X-trem Fusion, point d’orge d’un mois et demi de résidence du groupe au Triangle.

Le spectacle de rue de la troupe des cinq danseurs de UPG, présenté en début de soirée sur le parvis du Triangle, agrémenté pour l’occasion d’une armature de poutres métalliques, mêlait du Parkour, avec la présence de l’un de ses créateurs, et de la breakdance avec, de-ci de-là, une touche de féminité !

Une performance remarquée suivie d’une invitation au public à s’essayer à la pratique du Parkour, aussi appelé « art du déplacement », encadrée par les experts de cette danse. The Urban PlayGround a accordé un entretien à Unidivers.fr.

photo de Matthew Andrews
The Urban PlayGround,  photo de Matthew Andrews

E.P. – Vous n’êtes pas tous Anglais, semble-t-il ?

Alister O’Loughlin : Miranda, Kurt et moi venons d’Angleterre et Malik Diouf vient de Paris. Il est l’un des acteurs du film Yamakasi d’Ariel Zeitoun. Sasha, lui, vient de Russie. Il a emménagé en Grande-Bretagne quand il avait 16 ans. Il dansait déjà et a rejoint un groupe dans le sud de l’Angleterre : les Floor Crusaders qui ont concouru à des championnats régionaux et nationaux.

Êtes vous tous des Yamakasi ?

 Alister : Nous fusionnons de la danse contemporaine, de la breakdance hip-hop, et du Parkour, aussi appelé « l’art du déplacement » (il le dit en français) qui vient des Yamakasi. Nous appelons notre style la « performance Parkour ». Nous intervenons sur une scène constituée d’un grand échafaudage. Nous dansons sur tous les niveaux de cet échafaudage.

Vous avez étudié la danse, n’est-ce pas ?

Miranda Henderson : J’ai étudié la danse classique et contemporaine. Kurt et Sasha n’ont pas de formation au sens conventionnel. Sasha vient de la breakdance.

Alister : Moi, je viens du théâtre de mouvement et Malik est l’un des créateurs du Parkour. En tant que membre de l’équipe d’origine des Yamakasi, il joue dans des films et dans la comédie musicale Notre Dame de Paris. Il est très expérimenté. Kurt a étudié la danse parkour et nous l’avons rencontré lors d’un workshop. Nous avons remarqué son potentiel et nous avons souhaité travailler avec lui. Sasha Biloshitsky est un danseur de breakdance autodidacte.

photo Matthew Andrews
photo Matthew Andrews

De quoi votre performance au Triangle sera-t-elle composée ?

Alister : Le show s’appelle The Inner City. Nous partons de l’histoire d’employés de bureau, probablement des banquiers, et plus précisément issus d’une banque d’investissement à la City. Nous voyons toute la hiérarchie qui va du patron, joué par Miranda, au personnage de Kurt dont c’est le premier jour de travail. Et il y a les trois autres personnages, des vendeurs, qui se livrent une atroce compétition pour attirer l’attention, pour devenir le meilleur, pour prendre la place du patron, etc. Les personnages empruntent aux comédies burlesques à la Chaplin ou à la Buster Keaton la frénésie et la violence sociale. Au fil du spectacle, les personnages se rendent compte que s’ils cessaient de s’entre-déchirer, ils gagneraient sans doute à s’allier les uns aux autres.

La première partie du show est vraiment frénétique avec beaucoup d’antagonismes entre les personnages et ensuite nous explorons ce qui leur arrive lorsqu’ils décident d’être ensemble. La danse prend alors des accents plus gracieux comme dans un ballet.

Quelle était l’idée de départ de The Inner City ?

Alister : Avant The Inner City, nous avons travaillé des pièces très physiques avec beaucoup de texte appartenant vraiment au registre théâtral. Lorsque nous avons commencé à travailler dans le registre du Parkour, nous sommes passés de spectacles pour les théâtres à des spectacles de rue. Mais le public avait beaucoup d’idées préconçues à propos du Parkour. Nous avons voulu contrer cela. C’est pourquoi nous jouons en « costume cravate » et mixons différents styles ensemble. Nous avons commencé par réfléchir à un spectacle de parkour pour le théâtre. Puis, nous avons recherché la structure narrative qui nous a permis de faire une pièce plus élaborée et plus longue. Nous avons créé ainsi deux pièces et The Inner City est la version rue d’un spectacle d’une heure avec les mêmes protagonistes et qui est joué dans des théâtres où nous avons le temps d’explorer les spécificités de chaque personnage et dans laquelle il y a une partie vidéo. The Inner City a été conçu, au départ, pour nous-mêmes. Mais ce travail nous a vraiment captivés, c’est devenu addictif et nous ne voulions pas le garder juste pour nous. Nous avons voulu le partager avec le public.

photo de Guillaume Touillet
Les UPG au Triangle, photo de Guillaume Touillet

Miranda : Et en plus, jouer dans la rue est très important à nos yeux, car nous voulons aussi toucher un public plus large que celui qui va habituellement dans les théâtre ou aux spectacles de danse. Nous voulons rendre hommage à l’habileté, à l’adresse. Nous adorons l’idée de toucher beaucoup d’enfants, car les enfants adorent le spectacle et ça les incite à participer aux ateliers. C’est très important pour nous d’encourager les enfants à bouger pour être et rester en forme et d’encourager les gens à venir voir des spectacles, car il faut considérer ces problèmes sur le long terme.

Alister : Je pense que l’on peut dire aujourd’hui que nous avons notre méthodologie, notre style pour transmettre notre travail. Nous revenons de Baltimore aux États-Unis où nous avons passé six semaines. Avant cela nous étions au Koweït et au Qatar. Nous voyageons beaucoup et nous donnons des workshops partout où nous séjournons.

Miranda : Nous attachons beaucoup d’importance au fait de transmettre un héritage. Nous espérons y retourner par l’intermédiaire d’organisations sportives et d’écoles.

photo de William Belle
photo de William Belle

Comment avez-vous  été accueillis ?

Miranda : Nous avons été très bien accueillis au Moyen-Orient. Ce genre de spectacle est très inhabituel et les organisateurs nous avaient dit de ne pas espérer avoir beaucoup de spectateurs ni d’applaudissements, mais, en fait, c’est le contraire qui s’est passé.

Mon personnage est une femme dirigeante, un personnage dur, et les réactions des femmes ont été intéressantes à beaucoup de niveaux.

photo de Guillaume Touillet
photo de Guillaume Touillet

Alister : Miranda a donné un stage avec des filles et c’était très encourageant, mais nous n’avons pas eu l’autorisation de filmer ou photographier son déroulement et malheureusement nous ne pouvons donc rien montrer de cette expérience. Un des points forts de notre groupe lors des stages est que nous pouvons travailler avec des enfants très jeunes avec une approche à laquelle ils ne sont pas habitués.

Je pense qu’une des choses les plus fortes qui nous caractérise professionnellement est que nous montrons une diversité dans la composition de notre compagnie et en terme de contenu de nos spectacles. Lorsque nous arrivons dans un endroit très mono-culturel, nous représentons cette diversité. Mais notre travail n’a pas pour sujet cette diversité, mais celui de bouger, dans un sens très fondamental, qui est vraiment commun à tous. Cette approche nous apporte une légitimité dans la rue. Par exemple, lorsque nous étions à Baltimore, où il y a une population vraiment très pauvre qui a une authentique culture de la rue : les gens ont l’habitude de s’assoir dans la rue sur les marches de leur maison et tout le monde discute dans la rue, les gens dansent dans la rue, ils font des fêtes dans la rue. Et nous, nous arrivons et nous avons une légitimité dans cet environnement, parce que ce spectacle de rue, c’est vraiment nous.

photo Matthew Andrews
UPG à Baltimore, US, photo Matthew Andrews

Au Moyen-Orient, où la société est dominée par les hommes, c’est Miranda qui a dirigé les stages pour que les jeunes qui grandissent là voient des hommes adultes réagir à ce que propose une femme, avec un respect total, sur un pied d’égalité, et aussi en réaffirmant son statut de leader et directrice artistique de la compagnie. Mais nous ne prenons pas une posture qui consisterait à dire aux jeunes « vous devriez être ainsi ». Nous montrons juste une autre façon de faire à laquelle ils ne sont pas habitués.

Quels sont vos autres projets pour le futur ?

Alister : Rennes est la dernière date de notre tournée pour cette saison. C’est la première fois que nous venons jouer en France et nous sommes tout excités à cette idée. Nous avons beaucoup de dates, tout au long de l’été, un peu partout en Grande-Bretagne et dès l’automne nous commencerons à travailler sur notre prochain spectacle qui sera à nouveau un format long pour le théâtre. Nous commençons dès à présent à travailler sur des textes à associer avec le Parkour. Et différents membres de Parkour vont présenter des chorégraphies. Ça va être une étape importante pour nous. Miranda sera la directrice artistique. Le spectacle est déjà vendu dans plusieurs villes de Grande-Bretagne jusqu’à la fin de la saison prochaine. Et beaucoup beaucoup d’ateliers, de stages…

photo de Matthew Andrews
photo de Matthew Andrews

+d’infos :

The Urban Playground :

http://www.theurbanplayground.co.uk/

Le Triangle :

http://www.letriangle.org/agitation-565.html

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