Patrick Pécherot livre Une plaie ouverte. Et c’est de la belle ouvrage ! Un polar historique comme on aimerait en lire plus souvent. Une vision très vaste d’une époque tourmentée sur plusieurs latitudes et décennies, servie par une réelle érudition.

J’aimerai toujours le temps des cerises,
C’est de ce temps-là que je garde au coeur
Une plaie ouverte !

PLAIE OUVERTE

Marceau a vécu la Commune de Paris : on comprend qu’il était au plus près de l’agitation politique, fréquentant Louise Michel, Jules Vallès, Maxime Vuillaume et aussi des artistes, Courbet, Verlaine poursuivi par un jeune allumé Arthur Rimbaud et le Bataillon des Enfants perdus . Tout près de Marceau, il y a Manon, jolie modèle des peintres, peu farouche que Marceau désire mais elle lui préfère un certain Dana. Marceau attend, Marceau espère cela viendra plus tard mais le goût n’y sera plus. Non, ce que cherche Marceau c’est Dana, après toutes ces années ou le petit monde des communards survivants s’est dispersé à la surface de la Terre, pour ceux qui avaient été condamnés à autre chose que le peloton. On est à peu près vers l’Affaire Dreyfus, ce petit monde a retrouvé ses marques après l’amnistie générale de 1880, milite le plus souvent à gauche (Vuillaume) sans éviter l’antisémitisme de saison (Cluseret). On comprend que Dana se serait peut être enfui aux Etats Unis où il y aurait croisé une certaine Calamity Jane dans le Barnum d’un certain William Cody alias Buffalo Bill sur fond d’alcool, de poker et de pistolet. Sur l’injonction de Thomas Edison à la demande de son plus fidèle concurrent Charles Pathé, l’Agence Pinkerton, célèbre pour ses enquêteurs mais aussi ses briseurs de grève, délègue un de ses vieux limiers qui comprend qu’il s’agit là de sa dernière enquête et fait durer le plaisir de la traque. Marceau poursuit son obsession de retrouver Dana et est entraîné dans un jeu de l’oie mysticopolicier qui le laissera au bord de la démence. Qu’a voulu faire Dana ? Individu solitaire et séduisant, peut-être a-t-il voulu profiter du Maelstrom de la Semaine Sanglante pour s’emparer d’une belle somme d’argent que les Communards, dans leur naïveté, empruntaient fort poliment à la Banque de France ? Marceau et Dana ont ils assisté, participé à l’exécution des 50 otages de la rue d’Haxo ? Pourquoi une cinquante et unième victime est elle morte, victime qui tournait aussi autour de Manon et transportait ce jour là quelque ordre de banque… On a là le condensé d’une époque brûlante et magnifique. Le titre de l’ouvrage tire son nom du Temps des Cerises de Jean-Baptiste Clément écrit en 1866 et souvent associé à la Commune ou son auteur combattra au même titre qu’Eugène Pottier auteur de paroles internationales….

LE TEMPS DES CERISES

Ce polar historique à la recherche d’un personnage fugace échappé du chaudron de l’Histoire n’est pas sans rappeler une histoire bien vraie celle là. Un certain Ret Marut qui serait né Hermann Albert Otto Max Feige en 1882, agitateur anarchiste allemand et comédien,  participa à l ‘éphémère « République des Conseils de Bavière » qui dura du 7 avril au 3 mai 1919 et subit une répression sanglante de la part des corps francs. Echappant de peu à l’exécution, il devint un paria international, se réfugia au Mexique ou il entretint une opacité totale sur son identité. Il publia divers livres dont certains sont devenus des best sellers sous le nom d’auteur de B.Traven : Le Trésor de la Sierra Madre Le Vaisseau des mortsla Révolte des PendusDans l’Etat le plus libre du Monde etc etc…

LE trésor de la sierra madre

Il usa de divers pseudonymes Traven Torsvan ou  Berick Torsvan né prétendument à San Francisco. John Huston voulut le rencontrer avant de réaliser le célèbre film Le Trésor de la Sierra Madre ce qui fut totalement impossible. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de remarquer une certaine ressemblance entre Bogart et Ret Marut selon une photo de l’époque. Il resta ainsi dans dans une relative clandestinité, la soeur du président mexicain Mateos fut sa secrétaire. Il se faisait représenter par un agent qui n’était autre que lui même. Un mois après sa mort en 1969, sa veuve qu’il avait épousé sous le nom de Croves annonça qu’il était en réalité Ret Marut. Ses cendres ont été dispersées dans le Chiapas, terre de révolte.

PATRICK PÉCHEROT, Une plaie ouverte, première parution en 2015
Collection Folio policier (n° 834), 7,20 €.

Le Temps des Cerises : célèbre chanson de Jean-Baptiste Clément datant de 1866, dédiée par l’auteur à une infirmière morte lors de la Semaine sanglante, longtemps après la rédaction de la chanson.

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