En 1720, un Rennais aviné mettait le feu à toute la ville. Trois siècles plus tard, ce sont les jeunes qui mettent le feu au centre de Rennes. Comme leur lointain ancêtre, ils pitanchent toujours aussi « sec ». Ce qui n’est pas du goût des autorités publiques et du Préfet. Ils l’ont fait savoir lundi matin à nos journalistes locaux. Qu’on se le dise, les contrôles des fêtards, des débits de boissons et des épiceries seront de plus en plus nombreux !

 

Raison invoquée : il faut lutter contre les violences, les incivilités, les viols et autres méfaits. Comme le fait remarquer le site internet de notre confrère du Mensuel de Rennes, aucun chiffre n’est pour l’heure donné aux journaux. Il ne faut pas affoler les populations… Mais les lecteurs quotidiens d’Ouest-France savent que, depuis le mois de septembre et d’octobre, les délits sont de plus en plus violents et gratuits.

Depuis quelques années, à chaque rentrée estudiantine, des voix s’élèvent dans la ville pour protester contre ces débordements estudiantins. Il y a les couche-tôt du centre-ville, les bobos, les victimes d’exactions, les policiers, les magistrats ainsi que de joyeux drilles qui se font agresser en rentrant dans leurs pénates… De l’autre côté, il y a d’autres fêtards qui défendent la liberté d’aller et venir et de « picoler » plus que de raison.

Mais ne nous leurrons pas et cessons les raccourcis simplistes : tous les jeunes rennais n’ont pas la mine patibulaire, ni le coup de poing facile ni l’envie instinctive d’en découdre avec leurs petits copains. Cessons de croire en effet que nos enfants sont la lie de la société. L’alcoolisme est le plus souvent festif et non agressif.

La crise étant passée par là, ils sont de plus en plus nombreux ces « traine-savates » (selon le qualificatif de certains) dans notre ville. Le propos n’est pas de les montrer du doigt, de les marginaliser, de les traiter avec mépris. Plus que jamais, ils sont suffisamment déboussolés par l’absence de perspective, ils ont suffisamment l’âme en peine et la vie compliquée. Il s’agit de comprendre pourquoi à Rennes ils s’y plaisent et reviennent à coups surs.

Peut-être tout simplement s’agirait-il de comprendre pourquoi les Français consomment trois fois plus d’anxiolytiques, hypnotiques, antidépresseurs et autres neuroleptiques que n’importe quel autre pays européen. Un sujet étrangement absent de toutes les tables rondes, primaires et autres soi-disant conversations au parler franc que la sphère médiatique déverse depuis quelques mois.

Des licences IV à tire-larigot…

Il y a quelques années, la municipalité rennaise a délivré à tire-larigot des Licences IV dans le centre-ville et, notamment, rue Saint-Michel. La préfecture avait beau protester en appelant à une certaine modération, rien n’y fit. Les équipes municipales poursuivaient leur politique d’ouverture de bars. Seule contrainte, la proximité d’une église empêchait toute création. Personne ne trouvait rien à redire. Mais au fil du temps, les problèmes de voisinage, les beuveries violentes et finalement les mini-insurrections contre les forces de l’ordre place des Lices ont fini par lasser les pouvoirs.

Désormais, l’Etat et la municipalité limitent le plus possible les créations d’estaminets. Mais, comme diraient les Grecs, est-ce vraiment le moment opportun (Kairos) ? Cette concentration n’a-t-elle pas créé des habitudes difficiles à remettre en cause ? Une gestion peu prospective du métro n’a-t-elle pas accentué les choses en déversant dans le centre-ville des flots de population mal encadrés et en concentrant en certains points des baronnies de dealers ?

Étonnamment, à Rennes, la violence a rejoint le centre à la différence des autres grandes villes. Sans jouer les redresseurs de torts et les pères la morale, il est grand temps de prendre le problème à bras-le-corps. Dans d’autres cités, les soirées estudiantines ont lieu près des campus ou en périphérie dans de multiples endroits. Dans d’autres cités, les soirées estudiantines ont lieu dans le centre-ville où elles sont source d’enthousiasme dans un respect de tous.

Foin des raisons invoquées, la solution est politique, uniquement politique. Elle n’est pas dans la répression. Elle est dans une concertation intelligente qui ne vise qu’un but : la nécessaire et inestimable joie de vivre ensemble dans un territoire partagé. Hubert Chardonnet donne, dans le magazine de l’information municipale, comme solution le déploiement d’un réseau de caméras de surveillance. Bienvenue dans une France qui ne sait plus ni trouver de solutions ni aimer ses enfants.

Jean-Christophe

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