Travelling :

Travelling se poursuit toujours sous le vent glacial et les flocons de neige. L’occasion rêvée pour se réfugier dans les salles obscures et profiter une nouvelle fois d’une bonne tranche de cinéma écossais et de faire un rapide retour sur les films qu’il faut aller voir – ou pas.

La toute première chose qu’il est bon de rappeler, c’est la multitude de films proposée au spectateur. Faute de temps, du don d’ubiquité qui serait nécessaire de tous à chacun des spectateurs, c’est un papier un peu plus long qui couvre les deux derniers jours passés que nous vous proposons aujourd’hui. Avec du bon, du moins bon de la nouveauté et des grands classiques.

Parmi cet ensemble, parlons tout d’abord de deux films qui bien que très éloignés en terme de réalisation et de thématique font la part belle à l’image qu’elle soit animée ou bien filmique. Commençons par l’illusionniste (Sylvain Chomet,80min 2010). Connu pour Les Triplettes de Belleville (2003), ce deuxième long-métrage de Sylvain Chomet est un peu un madeleine de Proust.

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 1959, un vieil illusionniste vit les dernières heures du music-hall qui peu à peu se tourne vers le rock. Il décide de partir tenter sa chance outre-Manche et de réaliser ses tours dans des théâtres et autres pubs. En Écosse, il croise le chemin d’Alice, une jeune fille, point de départ de multiples changement dans sa vie d’artiste.

Si l’esthétique est douce et délicate, l’histoire est inspirée d’un scénario de Jacques Tati avec de multiples références et autres clins d’œil qu’il convient de laisser aux spectateurs le soin de découvrir. Personnage hors du temps, anachronique, l’illusionniste entame une tournée symbolique. Entre déambulations cocasses et un appel à la nostalgie, c’est à son imaginaire géographique et historique qu’il faut s’en remettre et se laisser guider par une esthétique douce et délicate qui convient sans aucun problème à cette période morne de la mort du music-hall et à son évolution. Presque muet mais avec des bruitages dans tous les sens, la part belle est faite à l’image et à la poésie. L’humour, décalé sans être de grosse blague, fait sourire et renforce le propos et nous offre une bal(l)ade en Écosse et en Angleterre des plus sympathiques.

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 Autre film esthétique et symbolique, autre ambiance, s’il faut ainsi faire le lien entre cet Illusioniste et Valhalla Rising (Nicolas Winding Refn, 89min, 2010). Réaliser avant Drive (dont on vous parle ici) qui lui a conféré un succès critique et commercial ce film est un inclassable qui mérite que l’on en parle. À l’aube de l’an mil en Écosse, les tensions entre clans païens et chrétiens sont fortes. Deux clans font combattre leurs esclaves à mains nues dans des affrontements à mort. L’un d’eux, One-eye, borgne et mutique parvient à s’échapper de sa condition de manière violente et froide. Il se lie à un enfant et se retrouve embarqué sur un bateau vers la Terre sainte. Pris dans une brume, le bateau se retrouve à voguer vers le Nouveau Monde.

 Dans un décor et une photographie léchée, c’est un monde en déclin qui est mis en avant et la confrontation des idées qui est mise en avant. Celui de deux mondes, de deux croyances, l’un polythéiste et l’autre monothéiste ; avec au centre un enfant qui navigue entre les deux mondes et se fait héraut de chacun qui baigne dans l’incompréhension et la peur de l’autre et la volonté de convertir à tout prix. Construit et chapitré comme une saga, se film fait la part belle à l’image et au symbolisme avec un minimum d’effets sonores où l’absence de nom qui fixerait les personnage dans une réalité historique. C’est un conte, un voyage onirique au allure froide de cauchemar qui voit un monde au crépuscule et un autre émergeant.

 Le guerrier, borgne n’est qu’un avatar, celui des croyances anciennes, un Odin qui voit et pressent sa destinée. Le parallèle même se porte au niveau du physique, du borgne au tatouage du serpent sur son épaule. Empreinte de mythologie et d’influence des sagas, le monde et les accès de violences sont crus et sans détour, ils confortent de manière physique et symbolique cette confrontation. Divinatoire et symbolique, le borgne s’en va vers sa destinée et son devoir de protection de son monde et des croyances en accompagnant l’enfant perdu dans le Nouveau-Monde vers l’Océan, avec à la fin, la mort prévue et annoncée d’un dieu pour être remplacé par un autre.

En somme, deux films, deux esthétiques fortes qui ne laissent pas indifférents.

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