TOUT RENNES COURT LES 12 ET 13 OCTOBRE, MAIS POURQUOI ?

Les 12 et 13 octobre 2019 aura lieu à Rennes la 38e édition de Tout Rennes Court, un grand rassemblement de course à pied et balades. Découvrez le programme 2019 et le retour par notre rédaction d’une précédente édition afin de mettre la course en perspective…

10 octobre 2019 09:30 Scolaires Les scolaires – Gayeulles-Bréquigny
Public : Scolaires 1400 m, 1800 m, 2100 m

11 octobre 2019 09:30 Scolaires Les scolaires – Gayeulles-Bréquigny
Public : Scolaires1400 m, 1800 m, 2100 m

12 octobre 2019 15:30 La marche Colombia
Public : Hommes et femmes 2 km

13 octobre 2019 10:00 Le 10km CMB
Public : Hommes et femmes- Né(e)s avant 2004 10 km

13 octobre 2019 11:15 Le S’MI Ouest-France
Public : Hommes et femmes- Né(e)s avant 2000 21 km 100

13 octobre 2019 14:00 La France Bleu Armorique – Sécurité Routière
Public : Hommes et femmes- né(e)s avant 2004 5 km

13 octobre 2019 14:45 La balade McDonald’s
Public : En famille1 km 13 octobre 2019 15:15 L’Eau du Bassin Rennais – Poussins
Public : Filles et garçons- Né(e)s entre 2008 et 2009 1 Km 500

13 octobre 2019 15:30 L’Eau du Bassin Rennais – Benjamins
Public : Filles et garçons- Né(e)s entre 2006 et 2007 2 km 500

13 octobre 2019 15:45 L’Eau du Bassin Rennais – Minimes
Public : Filles et garçons- Né(e)s entre 2004 et 2005 3 km 500

13 octobre 2019 16:30 Elites Course Sobhi Sport Transmanche Femmes
Public : Élites 10 km

13 octobre 2019 17:15 Elites Course Sobhi Sport Transmanche Hommes
Public : Élites 10 km

Nous nous étions entraînés. Nous avions lu avant Courir : Méditations métaphysiques de Guillaume Le Blanc. D’une certaine manière, nous étions rassurés. Que le marcheur soit une figure philosophique, on le savait depuis Platon. En arrivant dimanche matin, boulevard de la Tour d’Auvergne, nous eûmes du mal à lui donner raison. Autant le marcheur, son calme, son décalage par rapport au reste du monde, sa sobriété… mais cette foule fluorescente et à demi-nue nous en parut loin…

tout rennes court

Nous étions environ 4000 et, à ce stade, cela commence franchement à devenir un phénomène de société. Qui sont-ils, ces gens que l’on voit courir le soir ou le matin, dans les parcs ou le long des promenades, un casque sur les oreilles ou sanglés simplement dans un short moulant ? Et surtout, après quoi courent-ils ? Si l’on peut regretter l’ambiance musicale qui baignait le départ de la course, on pouvait en revanche se réjouir de la bonne humeur et du partage qui semblaient réunir ces gens.

guillaume le blanc courirIl y a de tout, dans cette foule : des professionnels comme des amateurs, des licenciés de club qui portent leur couleur, des qui courent ensemble, des qui court en solitaire, des très jeunes, des parfois très vieux. Le départ voit progressivement la foule se disséminer dans les rues de Rennes. Derrière les barrières, des gens nous acclament. Par les fenêtres, on voit parfois une tête endormie ou étourdie par la veille nous regarder passer avec un air incrédule, un regard à la fois de respect et de pitié.

La course dure des kilomètres (de souffrance pure). Rappelons pour la petite anecdote (contestée, cependant) que le premier marathonien, un certain Philippidès, aurait couru 42,195 km pour prévenir les Athéniens de leur victoire sur les Perses – depuis Marathon – et qu’il en serait mort. Comme quoi, il vaut mieux s’entraîner avant…

Tout Rennes Court a choisi un parcours en deux boucles similaires (à l’exception d’un petit morceau, mais horrible, à la toute fin), depuis la TA jusqu’au cimetière de l’Est en passant – aïe ! – par la côte de Saint-Hélier, le long boulevard – aïe, aïe ! – Jacques Cartier, puis la pente trompeuse et pavée – trois fois aïe ! – de la rue de la Monnaie. Mais on tient le coup.

tout rennes court

Très rapidement, nous ressentons une sorte de picotement dans les tempes, une sensation durable de bien-être et de puissance. Nos enjambées sont longues, notre torse bombé. Les endorphines, mais aussi l’excitation, font leur effet vers la moitié du parcours. Bien que nous ne le sachions pas vraiment nous-mêmes, nous demandons à des gens pourquoi ils courent. Quand ils ne nous répondent pas, ou alors seulement par un essoufflement, un bruit étrange ou un regard légèrement hagard, nous croyons deviner qu’ils ne le savent pas non plus. D’autres nous répondent qu’ils cherchent le plaisir de l’effort, l’esprit de la course, l’appartenance à une communauté ou, simplement, la performance. Dans la foule, nous apercevons des drapeaux rouges et jaunes : ce sont les meneurs d’allure.

tout rennes court 2015

À un moment – vers le début de la deuxième boucle, le début de la fin, le début de la souffrance – nous avons une vision en voyant les coureurs en foule devant nous, ceux qui traînent et halètent, et ceux qui doublent. Guillaume Le Blanc a raison de parler des fuyards. On ressemble à une population en exode précipité. Nous courrons pour échapper à quelque chose, mais quoi ?

On court après quelque chose, mais quoi ? Il y a dans ces kilomètres une poursuite qui ne s’achève pas. Le temps de la course diffère du temps de la vie, effectivement. On pense, on ressent, on endure. Presque une parodie de la souffrance. Nous nous passons en boucle, mentalement, le thème de Rocky dans la tête : Gonna fly now.
tout rennes court
En passant République, le circuit se resserre et les gens, nombreux, nous acclament. Nous ne sommes ni Usain Bolt ni des rock stars, et pourtant j’éprouve une forme de fierté paradoxale. Nous repensons à ce que dit Roland Barthes du Tour de France comme “épopée”. À ceci près que nous pratiquons, en amateur pour la plupart, un sport de fait démocratisé, notre course comporte une dimension épique, ou alors de manière parodique. Le semi-marathon – le s’mi, comme on dit – possède une géographie sportive, un vocabulaire technique partagé, un esprit de combat. Notre effort produit des acclamations.

Nous ne savons pas si nous sommes des philosophes, ou des figures philosophiques comme le dit Guillaume Le Blanc. Jusqu’à maintenant, nous avons toujours pensé que la course à pied était le symptôme d’un phénomène de société plus vaste : une injonction à la vitesse, au mouvement, à la performance, à l’hygiénisme. Bien entendu, se joue aussi dans cette activité une survivance sécularisée d’un rituel de purification par l’expérience de la douleur.

Nous pensons aussi à DeLillo, à cette phrase tirée de Cosmopolis : « toute cette navrante affaire du jogging judéo-chrétien ». C’est dimanche. On a mal, mais on est bien. Peut-être, mais le corps échappe aussi à la rationalisation et aux discours. Les gens courent aussi pour leur bien-être, pour partager un moment avec des amis ou en famille, pour soustraire à la semaine une temporalité particulière, réflexive, contemplative ou simplement silencieuse.

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