La prolifique danseuse et chorégraphe Mette Ingvartsen était à Rennes dans le cadre du festival TNB avec to come (extended). Cette version – plus débridée que l’originale – de sa pièce to come, créée en 2005, présente non plus cinq danseurs mais quinze.

METTE INGVARTSEN

To come (extended) de Mette Ingvartsen a été créée à partir du travail précédent de 2005 to come. Les danseurs sont tous vêtus d’une tenue zentaï bleue qui les recouvre entièrement. Pas un centimètre de chair n’est visible, les expressions du visages sont masquées ainsi que le genre des danseurs. Les costumes zentaï sont habituellement utilisés pour faire des trucages vidéo. Un comédien ainsi vêtu exécute des mouvements et l’on réincruste par des manipulations informatiques l’image d’un autre personnage sur son corps et son visage. Mette Ingvartsen utilise ces costumes dans to come (extended) afin d’inviter le spectateur, immobile et silencieux, à se projeter sur les danseurs, à s’identifier à lui, à mobiliser pleinement son imaginaire, afin de s’inclure d’entrée de jeu dans la chorégraphie.

METTE INGVARTSEN

Pas de musique ni de parole dans la première partie du spectacle. Dans un silence complet, les danseurs miment des scènes d’un érotisme précis : pas de violence, pas de contrainte ni de domination, rien qui ne dégrade l’autre. Ils forment des sculptures mobiles, accumulations aux structures majoritairement en lignes horizontales. Les formes, et ainsi les espaces, se font et se défont pour se reformer plus loin. Quand l’un bascule, tout le groupe est entraîné dans son mouvement. Peu à peu, des débuts d’individuation se forment. Un danseur reste immobile dans une position et l’absence de son partenaire est évidente, et de cette mémoire naît un personnage; un danseur se détache du groupe et reste en arrière pour l’observer, puis un autre; un couple se forme et des gémissements se font entendre. L’humour est également de la partie.

METTE INGVARTSEN

Dans la deuxième partie du spectacle, la plus courte, les danseurs reviennent sur le devant de la scène, presque entièrement nus contrastant singulièrement avec les costumes qui les recouvraient entièrement. Ils sont uniquement chaussés de baskets et munis d’écouteurs. Pendant toute la durée de la séquence, ils prennent la pose comme pour une photo de famille ou d’équipe et, immobiles, reproduisent les gémissements de jouissance d’un film pornographique que personne ne voit et qu’ils entendent par le biais des écouteurs.

METTE INGVARTSEN
Photo: Wolf Silveri

La dernière partie de la pièce est une séquence de lindy hop et le grand nombre de danseurs donne à la scène des allures de comédie musicale américaine du milieu du XXème siècle. Pour to come (extended), Mette Ingvartsen choisit de faire danser ce lindy hop nus. Le lindy hop est une danse particulièrement sportive, venue des bas-fonds new-yorkais, ancêtre du rock, aux mouvements suggestifs et où les couples se font et se défont en se chipant les partenaires les uns des autres. Cette danse hyper physique prend une tournure totalement réjouissante lorsque l’un des danseurs projette sa partenaire en l’air à bout de bras et que celle-ci ouvre grand les jambes comme elle le ferait toute habillée, une première fois dos au public et ensuite face à lui.

METTE INGVARTSEN
Yes Manifesto © Peter Lenaerts

Si Mette Ingvartsen a choisi de pousser la provocation encore plus loin et de manière encore plus réjouissante avec to come (extended), poussant la chorégraphie jusqu’à l’hilarité, son propos n’en est pas moins toujours totalement engagé. Elle pointe, et ainsi dénonce, les rapports de domination inhérents à nos systèmes politiques insidieusement manipulateurs. Elle inscrit sa danse comme un art décrivant le monde avec complexité et finesse, une danse engagée dans une lutte féministe où les individus sont peints depuis la racine. Elle y insuffle une énergie vigoureuse et positive comme lorsqu’elle inclut dans une pièce précédente (50/50) son Yes manifesto en réponse au No Manifesto d’Yvonne Rainer. Elle aspire à mettreen exergue les enjeux avec lesquels nous sommes aux prises de façon désirable, renversant ainsi des discours pessimistes ou encore morbides.

To come (extended) fait partie de The Red Pieces, une série de performances en cours de création qui comprend  69 positions7 Pleasures et 21 pornographies (en cours de création) et The Permeable Stage, une conférence dans laquelle des artistes et des théoriciens performent et débattent sur la sexualité vue sous son prisme politique. Les intervenants mettent en évidence la perméabilité entre l’espace public et la sphère privée sur cette question.

Crédit photo : Jens Sethzman (sauf mention contraire)

Née en 1980 au Danemark, Mette Ingvartsen étudie la danse à Amsterdam puis à Bruxelles et obtient en 2004 le diplôme de P.A.R.T.S. Depuis 2002, elle développe ses propres projets ou s’engage dans plusieurs collaborations. Parmi ses travaux : It’s in the air, The Artificial Nature Project, 69 positions, 7 pleasures.

To come (extended)
Concept et chorégraphie : Mette Ingvartsen

Avec Johanna Chemnitz, Katharina Dreyer, Bruno Freire, Bambam Frost, Ghyslaine Gau, Elias Girod, Gemma Higginbotham, Dolores Hulan, Jacob Ingram-Dodd, Anni Koskinen, Olivier Muller, Calixto Neto, Danny Neyman, Norbert Pape, Hagar Tenenbaum
Remplacements, Alberto Franceschini, Anuschka von Oppen, Manon Santkin
Lumières : Jens Sethzman
Arrangements musicaux : Adrien Gentizon, avec une musique de Benny Goodman
Scénographie : Mette Ingvartsen & Jenz Sethzman
Costumes : Emma Zune
Dramaturgie : Tom Engels
Professeurs de Lindy Hop : Jill De Muelenaere & Clinton Stringer
Direction technique : Emanuelle Petit
Son : Adrien Gentizon
Assistantes de production : Elisabeth Hirner & Manon Haase
Directrice de la compagnie : Kerstin Schroth
Production Mette Ingvartsen / Great Investment // Coproduction Volksbühne (Berlin) ; Steirischer herbst Festival (Graz) ; Kunstencentrum BUDA (Kortrijk) ; Dansehallerne (Copenhague) ; CCN2 – Centre chorégraphique national de Grenoble ; Dansens Hus (Oslo) ; SPRING Performing Arts Festival (Utrecht) ; Le phénix, scène nationale de Valenciennes ; Les Spectacles vivants – Centre Pompidou (Paris) ; Festival d’Automne à Paris // Coréalisation Les Spectacles vivants – Centre Pompidou (Paris) ; Festival d’Automne à Paris // Avec le soutien de The Flemish Authorities & The Danish Arts Council // Spectacle créé le 22 septembre 2017 au steirischer herbst Festival (Graz)

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