Tinder et Grindr sont des applications de rencontres approfondies sur smartphones. La première s’adresse majoritairement aux hétérosexuels, la seconde aux gays, lesbiennes et bisexuels. La France est le 5e pays au monde à utiliser le plusTinder et le 3e pour Grindr (30 millions de messages et 2 millions de photos envoyés quotidiennement). Or, l’ubérisation est un phénomène consistant dans l’utilisation de services qui permettent aux professionnels et aux clients de se mettre en contact direct grâce à l’utilisation des nouvelles technologies. C’est là une des caractéristiques de ces applications de rencontres sur smartphones. Au risque de dévoyer la rencontre et le plus si affinités ?

 

Tinder comme Grindr n’offre pas seulement aux personnes de se rencontrer en mettant en relation leurs profils, ces applications utilisent les nouvelles technologies comme la géolocalisation afin d’offrir vous présenter une sélection de personnes proches de chez vous. Reste ensuite à choisir qui vous souhaitez rencontrer. Délocaliser le travail de la rencontre par une application, en réduire le coût (plus besoin de traîner dans les bars et dépenser en conséquence)… En voilà une bonne idée. C’est ce qu’on fait Tinder et Grindr, pour ne citer qu’eux.

Tinder, Grindr : même combat ?

S’il est possible de définir ses attirances sur Tinder, l’application Grindr est, elle, réservée aux hommes bisexuels ou homosexuels. Ce n’est pas la seule différence, il semblerait que l’application Grindr soit plus axée sur les rencontres rapides et principalement à but sexuel. De fait, l’application ne vous signale que les personnes s’étant connectées récemment et proches de vous, vous permettant de sélectionner quelqu’un dans l’optique d’une rencontre… presque dans la minute. L’application Tinder tend elle aussi à privilégier les rencontres a visée sexuelle plus qu’amoureuse, mais ne fonctionne pas sur le même mode. De fait, on peut choisir le périmètre dans lequel on veut se voir présenter nos possibles rencontres. Après s’être « matchés » mutuellement, il est possible d’engager une conversation. Généralement, la rencontre intervient moins rapidement que sur Grindr. Alex*, étudiant en Sc. Politiques, utilise les deux applications ; il ressent bien la différence : s’il existe des personnes souhaitant des rencontres rapides sur les deux applications, c’est uniquement sur Tinder qu’il verra des personnes cherchant plus qu’une rencontre sans lendemain.

Pourquoi une telle différence entre ces deux applications ? Et existe-t-il une application s’approchant de la démarche de Grindr, ouverte aux personnes hétéros ou aux femmes homosexuelles ? Plusieurs applications ont tenté l’expérience, le résultat fut un échec. Une des raisons avancées : le principe de géolocalisation publique de Grindr mettrait un frein à certaines femmes pas forcément à l’aise avec le fait de pouvoir être situées par des personnes mal intentionnées. Ce n’est donc pas que les femmes sont moins friandes de rendez-vous sans lendemain que les hommes hétéros ou homosexuels, mais plutôt qu’elles se sentent moins en sécurité dans le fait de rencontrer quelqu’un d’inconnu dans un cadre géolocalisé. De fait, il y a une certaine intériorisation de la vulnérabilité par les femmes. Tinder offre un espace sécurisant grâce à son inscription liée à Facebook, la possibilité de voir les amitiés en commun ainsi que le lien vers le compte Instagram de la personne si celle-ci l’a autorisée. De plus, Tinder n’autorise la conversation entre deux personnes que si celles-ci se sont « matchées », ce qui permet d’éviter des échanges ou réceptions de photos non voulues. Malgré tout, ces filtres ne sont pas suffisants, Lisa*, également étudiante à Sc. Po., confie qu’elle prévient toujours ses amies lorsqu’elle part en rendez-vous Tinder – par précaution…

Exemple d’une application de rencontres sur smartphone de type Tinder

Mais ces applications répondent-elles aux désirs des adolescents et jeunes adultes et ont-elles transformé notre rapport à la rencontre ? S’il est indéniable que ces applications facilitent les rencontres, notamment pour les personnes isolées ou ne sortant pas spécialement, le désir de rencontre a toujours été présent. Ces applications permettent notamment aux personnes issues de la communauté LGBTQ+ de se rencontrer plus facilement sans nécessairement passer par la case bar ou boîte gay, quand celles-ci existent dans la ville ce qui n’est pas le cas partout. De plus, ces applications étant ouvertement utilisées pour des rencontres sans lendemain, elles suppriment le jugement que certaines personnes peuvent éprouver dans d’autres contextes lorsqu’elles expriment ce désir. Notamment pour les jeunes femmes parfois culpabilisées par leur désir.

Cependant, le concept même d’application de rencontre fondé sur la rapidité et la multiplicité des choix n’exprime-t-il pas une mutation de notre rapport à la rencontre vers un produit de consommation ? C’est ce que regrettent certains. « Ça devient un jeu, un peu comme un supermarché et on oublie qu’il y a des gens derrière les photos. » Soulignons en outre que certains utilisateurs se servent des applications de rencontres à des fins qui relèvent plus du boost d’égo que de la volonté de rencontrer l’intimité de l’autre. Au contraire, certaines mises en relation aboutissent à la création de couples. C’est le cas de Léa* et Thibault*, en couple depuis plus d’un an. S’étant déjà croisés dans la vraie vie, ils se sont réellement rencontrés et parlé sur Tinder. Après s’être parlé quelques jours sur l’application, ils se sont vus et cette rencontre a vite abouti à un début de relation amoureuse. Et plus si affinités.

*Les prénoms des personnes citées ont été modifiés.

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