La révolution scientifique est en marche. Le professeur Carrington, nobélisable en puissance et grand manitou du laboratoire Lanxis, vient de découvrir l’aire de Dieu à l’intérieur du cortex. Cet homme est l’archétype du scientifique illuminé, capable de repousser les limites de la connaissance au-delà même de ce qu’on peut imaginer. Et bien sûr, tout cela sans se préoccuper ni d’éthique ni des conséquences parfois désastreuses que peuvent entraîner ses expériences. En attendant, si Dieu est dans le cerveau, Dumbleton est capable de supprimer Dieu du cerveau. Et c’est ainsi que des religieux deviennent de farouches athées et que des mécréants se transforment en grenouilles de bénitier. La thèse du professeur est simple : tout, absolument tout, est dans le cortex de l’homme. Et c’est le cortex qui a créé Dieu. Très vite Carrington , ayant maîtrisé l’aire de la religion, se préoccupe d’amour, ou plutôt de sexe…

Jusqu’où la recherche scientifique peut-elle aller ? Y a-t-il des barrières morales à ne pas franchir ? Les laboratoires pharmaceutiques, grâce à leur toute-puissance financière, peuvent-ils tout acheter et tout permettre ?
Dans un livre d’humour noir à la forme originale, Thierry Maugenest plonge le lecteur dans la vie du laboratoire Lanxis où officie une sorte de savant fou, spécialisé dans les neurosciences.

Albert Carrington est un savant reconnu qui effectue des recherches sur le cortex et les aires qui le composent. Son but ? Contrôler toujours plus l’esprit humain, en faisant croire à chacun, par le biais de la presse, que ses recherches seront un jour salutaires pour l’homme. Entourer d’une équipe de scientifiques, il est secondé notamment par une certaine Ayumi Hatsumo qui ne le laisse pas indifférent.
Les travaux menés impliquent des expérimentations et donc des cobayes humains. Cet aspect du livre est intéressant puisque l’auteur démontre qu’Albert Carrington se croit tout permis en raison de l’important dédommagement financier que le laboratoire offre à ces testeurs.
Mais l’argent peut-il tout acheter ? En définissant les émotions et les particularités humaines comme des maladies, ce savant fou justifie ses dérives. Dans le roman, il découvre l’aire de Dieu dans le cortex, puis l’aire de la bêtise et celle de l’amour et la sexualité. En envoyant des décharges électriques, il transforme un moine bouddhiste en acteur de films pornographiques, un « con » en mathématicien de génie puis il détruit le sentiment amoureux chez un jeune couple de tourtereaux.
Sous couvert d’un humour (noir) grinçant, l’auteur dénonce un système scientifique dont les ficelles sont tirées par les laboratoires pharmaceutiques où la question morale est parfois bafouée au nom de la science et de ses nécessaires avancées.

L’originalité du livre tient à deux aspects :
— Le thème du livre ainsi que le choix de le traiter avec humour.
— Et surtout la forme stylistique choisie par l’auteur. Et là, le lecteur se retrouve dans une configuration des plus originales. Le livre alterne des passages de courts dialogues entre individus travaillant au sein du laboratoire Lanxis, et des articles de presse fictifs. Ces articles ont la forme réelle d’une page de journal ou de magazine (à la manière d’illustrations insérée dans l’histoire). Le lecteur a l’impression d’être plongé au milieu de commérages internes lors des dialogues puis en spectateur externe en lisant les articles de presse.

Concernant les personnages, l’auteur ne cherche en aucun cas à susciter quelconque attachement entre le lecteur et l’un ou l’autre des personnages. Les deux seuls dont le lecteur connaît les noms sont Albert Carrington et son assistante  Ayumi Hatsumo. La prouesse est de ne jamais les faire parler : on ne les entend que par ouïs-dires ou par des informations ou entretiens relayés par la presse. Ainsi, ils n’ont ni profondeur ni caractéristiques précises. Quant aux individus qui dialoguent, jamais il n’est fait mention de leur nom ou de leur fonction dans le laboratoire.

En conclusion, un livre hors-norme au sens propre du terme.

Marylin Millon

[stextbox id= »info » color= »0000cc » bgcolor= »ffff00″]Thierry Maugenest, Eroticortex, JBz & Cie, 5 janvier 2012, 133 pages, 15€[/stextbox]

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