Willy Loman est un homme à bout. Fatigué de son métier de représentant de commerce qui, à plus de soixante ans, l’oblige à écumer les routes. Fatigué par le poids de ses dettes. Fatigué que son fils Biff n’ait pas l’avenir radieux dont il avait rêvé pour lui. Fatigué aussi de sa relation houleuse avec ce même enfant idolâtré. Fatigué enfin de ses illusions qu’il voit s’émietter, fatigué de ce rêve américain qui ne tient pas ses promesses.
La pièce de théâtre d’Arthur Miller de 1949, Death of a Salesman, avant cette nouvelle adaptation au théâtre par Claudia Stavisky en a connu trois principales au cinéma, celles de László Benedek  en 1951, Alex Segal en 1966 et Volker Schlöndorff en 1985.

La fin, évidemment, est dans le titre. Mais malgré cela, Claudia Stavisky, directrice du théâtre des Célestins, parvient à nous tenir en haleine pendant deux heures et demie. Il est vain de s’interroger sur la légitimité de quelque chose de beau, il suffit de l’éprouver, d’en prendre acte, de le constater. Soit. Constatons.

Constatons l’esthétique de la mise en scène, à la fois sombre et lumineuse, qui happe le regard. Passé et présent se mélangent souvent, glissent, s’emmêlent et… nous guident avec délicatesse et, peut-être aussi, une pointe d’amertume.

Constatons l’extraordinaire symbolique de tous les instants qui font de cette pièce une œuvre nouvelle d’une très grande qualité.

Constatons la fascination qu’exercent les décors, de l’ossature de maison semblant une cage à Willy jusqu’à l’obscurité totale entourant un homme prisonnier de son passé.

Constatons la netteté du jeu des très émouvants acteurs, toujours égaux malgré quelques fausses notes uniquement dues aux premières représentations. Se démarque le formidable François Marthouret, idéal en Willy désabusé, dont les épaules croulent sous le poids de la souffrance. On voudrait, souvent, le prendre dans ses bras – ou gifler ses proches, c’est selon. Se distingue de même… eh bien, l’ensemble de la troupe, toujours soudée, toujours prête à amener des larmes aux yeux des spectateurs un peu sensibles.

Constatons aussi malheureusement l’usage de sons un peu surfait, bien qu’on puisse en accepter l’intérêt et la logique.

Constatons l’angoisse qui nous étreint tout au long de la pièce – on en vient parfois à en souhaiter le dénouement, écrasés que nous sommes par le désespoir ambiant – et l’émotion qui nous prend à la gorge lors de la scène finale.

Constatons, tout simplement, que le spectateur est transporté du début à la fin.

La pièce, qui jamais ne sombre dans le pathos, se termine sur une note la plus optimiste qui soit. Et d’une grande beauté. Ces fleurs rouges qui éclosent sous nos yeux font espérer un renouveau, une (re)naissance : celle d’une nouvelle mise en scène de Claudia Stavisky, qui semble ne pouvoir décevoir.

Minyu

Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller
Mise en scène de Claudia Stavisky
Acteurs : Hélène Alexandridis, Jean-Claude Durand, Mathieu Gerin, Sava Lolov, Valérie Marinese, François Marthouret, Mickaël Pinelli, Judith Rutkowski, Matthieu Sampeur, Alexandre Zambeaux

Production – Célestins, Théâtre de Lyon

Il y a quinze ans, je suis née ; il y a neuf ans, j’ai appris à lire ; il y a quatre ans, j’ai été pour la première fois au théâtre… Ce que j’y ai découvert a changé ma vie : le bonheur que procure un bon spectacle. Comme ce jour a aussi marqué le début de ma propre sensibilité artistique, depuis, pour apaiser mon inextinguible soif d’art dramatique, j’écris. J’essaie du mieux que je peux de donner mon avis sur les pièces que je vais voir, en espérant amener ceux qui me lisent à s’y rendre eux aussi…

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