Tandis que les opérateurs promettent sans les respecter monts et merveilles et engorgent les tribunaux de France, alors qu’Arnaud Montebourg retourne sa veste sur le cas Free, se multiplient les informations contradictoires quant à la responsabilité des suppressions d’emplois dans la téléphonie mobile. Il est temps de faire un peu de tri entre info et intox…

L’arrivée en France d’un 4e opérateur a fait chuter les prix des forfaits et permis de généraliser l’usage du web mobile, comme ce fut déjà le cas avec Free pour l’ADSL et la Voix sur IP. Mais les bénéfices des 3 autres opérateurs ont chuté, suite à cette guerre des prix, sachant qu’ils avaient auparavant été condamnés pour entente illicite sur les tarifs. Avec la 4G, les forfaits ont à nouveau augmenté…jusqu’à ce que Free inclut cela dans ces habituels forfaits. Ce qui fait dire au ministre du redressement productif que Free est responsable des suppressions d’emplois du secteur.

Situation des débits 4G

Avec un nombre d’antennes limitées et une bande-passante censée être moins performante, Free part avec un handicap dans la 4G, handicap équivalent à ce qu’avait connu Bouygues Telecom à ses débuts et qu’il avait compensé avec… des tarifs plus bas. Mais les mesures de débits relevés en 4G sur les différents opérateurs sont bien loin des promesses. Orange reste globalement le plus performant suivi par… Free et SFR, mais dans des zones très limitées, Free alternant le très bon et le catastrophique (Source ZDNet). Free se retrouve donc à la queue en débit moyen. Bouygues, malgré un réseau plus étendu (réutilisant les antennes 2G), a un débit moyen inférieur de 10 à 30 % à Orange, qui paradoxalement a un fort taux d’échecs en téléchargement. Mais les débits mesurés sont la plupart du temps 8 à 10 fois supérieurs à ceux d’un réseau 3G+ en download, mais affichent des gains importants en Upload (source Clubic)

Chute des débits 3G ?

Des consommateurs ont noté des chutes des débits en 3G. Certains ont vu une façon de privilégier les forfaits 4G, plus rentables. Mais l’explication pourrait être aussi ailleurs. En effet, derrière les antennes, parfois surchargées dans les zones denses, il y a des câbles qui reçoivent aussi des demandes de bande passante de plus en plus importante avec les profusions de vidéos, appels visio ou streaming audio (écoute avec téléchargement progressif). Malgré des investissements de chaque opérateur, il subsiste des goulets d’étranglement et chaque opérateur peut jouer avec des « robinets » pour faire passer ou pas plus ou moins de bande passante. La guerre Free-Youtube en fut l’illustration et il est fort probable que pour démontrer l’intérêt de la 4G, les opérateurs privilégient les connectés 4G par rapport à ceux qui restent en 3G. L’équilibre se fera petit à petit avec un peu plus de constance dans les débits 4G qui sont très aléatoires, quel que soit l’opérateur.

Et si on parlait finance ?

Mais regardons un peu ce que chacun de ces opérateurs font des bénéfices ? Tout d’abord, il y a les dividendes versés :

benefices

On remarque le décalage marqué sur le versement des dividendes dans les groupes ayant une activité autre que la pure téléphonie. Si en 2012, Orange a versé plus de dividendes qu’il n’a eu de bénéfices en 2011, il n’en est rien sur 2012-2013, mais les dividendes sont bien plus importants que chez Illiad-Free en pourcentage des bénéfices. Il faut noter que les dividendes sont restés constants chez Bouygues et Vivendi alors qu’Orange a consenti une baisse très nette cette dernière année.

Et puis il y a la part d’investissement par rapport au chiffre d’affaires. Nous trouvons ici un taux important chez les opérateurs outsiders avec même un investissement conséquent chez Bouygues dont 50 % est dû à la 4G. Ceci explique aussi son leadership en antennes compatibles. La guerre des prix n’a pour l’instant pas eu d’impacts sur les niveaux d’investissement.

invest

Et les emplois ?

Il y a 1 an et demi, nous avions les chiffres suivants en ce qui concerne la seule activité mobile pour les centres d’appels :

Si des boutiques ont été fermées par les 3 opérateurs historiques, d’autres (mais moins) ont été ouvertes par Free, mais combien n’étaient pas propriétés des opérateurs ? 600 départs chez Bouygues, 800 chez SFR, et non-renouvellement de postes chez Orange, comme chez d’autres… contre 16000 à 30000 emplois chez Free Mobile selon une estimation d’experts mandatés par l’opérateur. Mais le chiffre donné par Free est sur plusieurs années en tenant compte d’emplois sous-traités. Les profils des postes ne sont pas forcément comparables et le pouvoir d’achat augmenté de 7 euros selon 60 millions de Consommateurs avec l’arrivée de Free peut très bien être un trompe-l’œil si des emplois sont délocalisés. Dans les faits, la téléphonie mobile induit justement des emplois locaux pour la maintenance des antennes et des réseaux de données. La proposition de mutualisation des antennes par Bouygues et SFR ne va pas dans le sens des emplois, mais d’économies d’échelle, voire d’amélioration de la santé publique (ondes émises).

Après des années de statu quo organisé, l’arrivée d’un quatrième opérateur a bouleversé momentanément la donne. Si l’on compare à ce qui s’est passé sur l’ADSL, chaque nouvelle technologie / invention modifie les parts de marché, mais ce sont aussi les regroupements qui ont été fatals à l’emploi. Mais le plus inquiétant reste cette course au débit qui ne peut aboutir qu’à des saturations et des pannes de plus en plus fréquentes. L’investissement dans des solutions robustes et des maintenances compétentes sera la clé des parts de marché dans le futur.

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