BD. LONGUE VIE AU FILS DU ROI ET À STANISLAS MOUSSÉ

À peine six mois après la publication du premier opus Longue vie, paru aux éditions Le Tripode, l’illustrateur Stanislas Moussé revient avec Le Fils du roi, la suite de son roman graphique muet. Cette aventure digne des grands romans d’heroic fantasy nous replonge dans son univers peuplé de chevaliers et de monstres, de châteaux forts et de forêts sauvages.

« Face au mal incarné, Je ne peux rester coi, L’amour saura m’aider, Je suis le fils du roi », Le Fils du roi, Stanislas Moussé.

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Stanislas Moussé © Éditions Le Tripode

Ces quelques lignes, annonciatrices d’une histoire aussi bien épique que romantique, seront les seuls mots que l’illustrateur laissera échapper. À l’instar de Longue Vie, la suite des péripéties imaginée par Stanislas Moussé ne sera faite que de planches de dessins en noir et blanc. « J’ai commencé avec l’illustration donc je voulais vraiment me concentrer sur le dessin. J’ai essayé de réaliser une bande dessinée avec le même traité graphique, en ajoutant des bulles, mais je me suis arrêté en cours de route. Plus j’avançais, plus le projet perdait de son sens selon moi… le texte cachait le dessin que je souhaitais primordial dans mon travail. » Bien que le format A4 du tome 2 et les planches divisées en cases flirtent davantage avec la bande-dessinée que le premier opus, Stanislas Moussé signe une nouvelle fois un travail d’illustration pure et confirme son talent. « On peut transmettre beaucoup avec le dessin, sans avoir recours aux mots. » En parcourant les pages, le lecteur ne peut que donner raison à l’illustrateur : nul besoin de textes pour captiver l’attention jusqu’à la dernière page.

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Planche « Longue Vie » de Stanislas Moussé. Les Editions Le Tripode

Comme beaucoup d’épopées d’heroic fantasy, Longue Vie commence par une histoire de vengeance : au milieu de la forêt vit paisiblement une famille jusqu’au jour où des renégats détruisent leurs habitations et tuent tout le monde. Sauf le personnage principal, seul survivant… Le tome 1 se terminait par la mort du berger devenu roi et père d’un petit garçon. Dans Le Fils du roi, Stanislas redonne vie à ce monde imaginaire où les chevaliers côtoient les monstres, où les batailles épiques répandent le sang et la destruction… les scènes sanglantes rappellent d’ailleurs ce que l’on a vu de mieux en matière de fantastique, tel que la célèbre série Game of Thrones et l’indétrônable saga Le Seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien. « J’ai toujours aimé l’Histoire et c’est encore le cas. Enfant, j’adorais les histoires de chevaliers et Le Seigneur des anneaux m’a beaucoup marqué quand j’étais adolescent. Plus que la période historique (Stanislas Moussé a une licence d’histoire, ndlr.) c’est l’univers médiéval fantastique qui m’intéresse. Il permet une infinité de possibilités », souligne t-il.

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Planche « Longue Vie » de Stanislas Moussé. Les Editions Le Tripode

L’univers de la saga captive et le style graphique impressionne par sa précision. Un style construit avec le temps, en autodidacte, en parallèle à son travail de gardien de troupeau dans le massif des Bauges. Le lieu semble idéal pour laisser libre court à son imagination débordante… « Déjà enfant, je dessinais avec énormément de détails sans que ce soit réellement un dessin construit au préalable. Les stylos à plume Rotring 0.2 ont une pointe très fine ce qui permet un trait hyper fin à base d’encre de chine. Le rendu, d’un noir profond, est très propre. » Dans une accumulation de motifs, le dessin méticuleux de Stanislas prend des allures de mandala revisité, graphique et contemporain. Chaque détail semble avoir son importance. Le regard se déplace de droite à gauche, de haut en gauche, une fois, deux fois… il ne faudrait manquer un élément, une information. Cela ressemble à un jeu de piste, « Où est Charlie ? » graphique et artistique, et la ligne arrivée marque la fin de l’histoire. On imagine l’attention, la concentration nécessaire à l’illustrateur et le risque de commettre une erreur également. « C’est exactement ça – répond-il en rigolant. Je réfléchis beaucoup en termes de texture. Dans Longue Vie, il y a trois types d’arbres, trois ou quatre types d’oiseaux, etc. Je me garde ce cadre, car il m’apporte une sorte de sécurité et me rassure au final. »

« Il y a tellement de dégradés possibles avec le noir. Ce n’est plus seulement du noir et blanc, mais des nuances et des contrastes de gris », Stanislas Moussé.

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Planche « Le Fils du roi » de Stanislas Moussé. Les Editions Le Tripode

Dans cette suite, le héros prend les traits d’un jeune homme plein de bonnes intentions, innocent, peut-être un peu naïf. Au fil des pages, il va apprendre de ses erreurs et découvrir un monde différent, inconnu, riche. Plus qu’un roman graphique, Stanislas Moussé livre une fable, un roman initiatique où le personnage principal se construit, notamment avec la présence d’une femme, dès les premières pages. « Face au mal incarné, je ne peux rester coi, l’amour saura m’aider, je suis le fils du roi. » Cette mystérieuse dame de la nature, personnification de la féminité, intrigue autant qu’elle fascine.

Tour à tour sauveuse, puis guide, voire chamane, ce personnage atypique ne semble avoir peur de rien et ne faire qu’un avec les forces de cette nature qui les entourent. De par sa coiffure, on ne peut que penser à Medusa, aussi appelée la Gorgone, figure de la mythologie grecque dont les yeux pétrifient tout mortel qui croise son regard. « J’avais envie de créer un personnage féminin graphique et atypique, notamment avec un grand œil. D’un point de vue graphique, les cheveux sont marrants à dessiner – souligne-t-il avec humour. Il m’arrive aussi de m’inspirer de mes propres expériences et des rencontres que j’ai pu faire. Ce personnage féminin fait référence à mon propre parcours et renvoie à ma compagne. Ce côté nature qui émane d’elle est très présent dans notre vie. » Elle fait découvrir un autre monde à notre jeune cyclope et lui ouvre d’autres perspectives. « Je suis justement en train d’écrire la suite et j’aimerais développer ce personnage. »

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Planche « Le Fils du roi » de Stanislas Moussé. Les Editions Le Tripode

On taira la fin pour laisser le suspens à son comble, mais mon petit doigt me dit que Stanislas Moussé n’a pas fini de nous faire rêver. « Pour l’instant, je me sens bien dans cet univers donc je pense y rester un petit moment, tant que j’ai des idées. Pour la suite, je me sens attiré par les projets jeunesse, et la couleur aussi. Il y a tellement de choses à faire avec la couleur, ça donne envie. » Une approche différente, mais qui laisse présager un avenir graphique des plus colorés…

Tome 1 : Longue Vie de Stanislas Moussé aux éditions Le Tripode. 208 pages. Prix : 20 €. Parution : 28 mai 2020.

Tome 2 : Le fils du roi de Stanislas Moussé aux éditions Le Tripode. 126 pages. Prix : 20 €. Parution : 12 novembre 2020.

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Du 11 décembre 2020 au 31 décembre 2020. Exposition des planches originales de l’ouvrage Le Fils du roi à la galerie Huberty & Breyne à Paris.

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Stanislas Moussé lors de l’exposition à la galerie Hubert Breyne, à Bruxelles

Biographie :

Stanislas Moussé est né en 1986 à côté de Nantes. Diplômé d’une licence en histoire, il a ensuite passé le brevet professionnel de libraire et a travaillé deux ans à la librairie Coiffard, à Nantes. Au cours d’un été, il découvre le canton du Valais, en Suisse, et commence à travailler dans les alpages. Il partage depuis son temps entre son travail de gardien de troupeau dans le massif des Bauges et la création de bande-dessinées. Le lieu idéal pour laisser libre court à son imagination débordante… Son premier album, Chaos, a été publié en 2018 par Super Loto éditions.

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