SORTIES MUSICALES DE MARS : LA SELECTION D’UNIDIVERS

Chaque mois, Unidivers vous présente ses coups de cœurs musicaux, sélectionnés parmi les sorties d’albums et d’EPs du mois en cours. À la une de la sélection de mars: l’album We Need Hope de Little Bob Blues Bastards et le premier EP de Lisbone.

En ce mois de mars, le gris de l’hiver se fait plus rare et laisse progressivement la place aux beaux jours du printemps. On aimerait presque y voir le présage d’une éclaircie pour la vie culturelle, notamment dans le secteur musical toujours privé de concerts par la crise sanitaire. Par chance, dans ce contexte toujours aussi complexe, chaque semaine reste l’occasion de découvrir ou de redécouvrir une pléiade de musiciens et d’artistes, dont les nouveaux albums et EPs sont la bande son de nos journées…. ou de nos soirées de couvre-feu. Ce mois-ci, quatre d’entre eux ont rejoint la sélection d’Unidivers que nous vous proposons dans les lignes ci-dessous…

 

LITTLE BOB BLUES BASTARDS – WE NEED HOPE

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Little Bob et ses Blues Bastards (De gauche à droite: Nicolas Noël, Mickey Blow, Bertrand Couloume, Jérémie Piazza, Gilles Mallet et Little Bob). Photo: Ronan Legendre.

Le parcours de Little Bob est l’un des plus étonnants et des plus trépidants du rock hexagonal. Né Roberto Piazza en 1945 à Alexandrie (commune du Piémont italien) , il est le fils de Libero, ouvrier géomètre de formation, dont le père fut militant anarchiste pendant les années Mussolini. Sur sa terre natale au milieu des années 50, c’est à la radio que le garçon découvre le rock’n’roll, par l’intermédiaire notamment des succès d’Elvis Presley et de Bill Haley. Un premier choc émotionnel et esthétique qui change le cours de sa vie et lui ouvre immédiatement de nouveaux horizons. En 1958, sa famille quitte l’Italie pour la France et s’installe au Havre : ce nouveau port d’attache, dont la grisaille tranche avec le soleil latin, donne tout d’abord le mal du pays au jeune adolescent. Ce dernier trouve pourtant une source d’évasion privilégiée dans le magasin de disques, où il se procure les albums des grands groupes rock britanniques, tels les Rolling Stones et les Animals. Un jour, la disquaire lui mets dans les mains l’album éponyme du chanteur et harmoniciste Howlin’ Wolf, dont le titre « You’ll Be Mine » ne tarde pas à le fasciner. Au fil du temps, il développe une véritable passion pour les différents courants du blues. En particulier celui du Delta du Mississippi, répertoire que les formations anglophones remettaient en lumière à l’échelle internationale.

Ces évènements décisifs l’incitent à se lancer en tant que chanteur et très vite, Roberto choisit ce qui restera son éternel pseudonyme : Little Bob. En 1962, il forme tout d’abord un quintette éphémère, The Apach’s, dont les prestations scéniques attirent l’attention des journaux locaux havrais. Avec ses musiciens, Little Bob se produit aussi au mythique club parisien du Golf Drouot. Il s’illustre ainsi sur la même scène que les pionniers du rock français, Les Chaussettes Noires, les Chats Sauvages et, bien évidemment, le jeune Johnny Hallyday. Puis après avoir créé les Shooters et les Red Devils, Little Bob se professionnalise et dès 1971, se créé une nouvelle formation. Dans cette optique, il s’adjoint des talents du guitariste Guy-Georges Grémy, du bassiste Dominique « Barbe Noire » Lelan et du batteur Dominique « Mino » Quertier. C’est la naissance de Little Bob Story, qui sort un premier 45 tours en 1975, comprenant une reprise électrisante de « Don’t Let Me Be Misunderstood » des Animals.

Little Bob et ses Blues Bastards (De gauche à droite: Gilles Mallet, Mickey Blow, Little Bob, Jérémie Piazza et Bertrand Couloume. Photo: Charles Dutot.

L’année suivante, le quatuor dévoile son premier 33 tours High Time. Celui-ci est marqué par un son brut et un rythme souvent débridé, principalement influencé par le MC5. Au fil du temps, la Story de Little Bob fait du Havre l’un des foyers de développement du rock en France, bénéficiant au passage d’une véritable popularité au Royaume-Uni en pleine explosion punk. Pendant près de 13 ans, Little Bob et ses compères mènent une carrière véritablement dantesque : articulée autour de 9 albums studio, elles est rythmée par des milliers de concerts, dont 350 prestations données en Grande-Bretagne entre 1976 et 1980.

Suite à l’enregistrement de l’opus Ringolevio en 1986, Little Bob ne se sent malheureusement plus en phase avec les propositions artistiques de ses musiciens. Trois ans plus tard, il décide donc de dissoudre le groupe, non sans une douleur dont il se remettra difficilement. Il n’abandonne pas pour autant ses rêves et poursuit sa route en solo, enregistrant une série d’albums jusqu’à Time To Blast, paru en 2009 sur le label Dixiefrog. Trois ans plus tard, il renoue enfin avec la dynamique de groupe et forme les Blues Bastards. Il est cette-fois-ci épaulé par des anciens compagnons de route de la période précédente: le guitariste Gilles Mallet et l’harmoniciste Mickey Blow, auxquels s’ajoutent Nicolas Noël aux claviers, Bertrand Couloume à la contrebasse et son neveu Jérémie Piazza à la batterie. Dans un registre orienté blues rock, la formation dévoile son premier album Break Down The Walls, auxquels succèdent les opus Howlin’ en 2015 et New Day Coming en 2018. Aujourd’hui, Little Bob et ses Blues Bastards reprennent du service et nous présentent We Need Hope, leur nouvelle création qui sort aujourd’hui vendredi 19 mars chez Verycords.

We Need Hope s’ouvre par sa chanson titre, caractérisée par son atmosphère grave et rugissante de fureur. Celle-ci s’incarne dans les notes répétées du contrebassiste Bertrand Coloume, rejointes par les riffs rageurs de Gilles Mallet, semblables à ceux des frères Malcolm et Angus Young au sein d’AC/DC. Ces éléments reflètent ici la soif de changement qui anime Little Bob, face à un monde en proie à l’effondrement et miné par les égoïsmes des puissants. Un délitement annoncé que la crise actuelle nous a forcé à reconnaître et que l’artiste pointait déjà dans l’album Howlin’ en 2015. Cette indignation est également la trame de « Walls And Barbed Wires », écrite autour de ces mêmes mutations. L’artiste y dénonce l’emprise exercée par les « maîtres de la guerre » et de l’argent, que dénonçait déjà Bob Dylan en 1963 dans « Masters Of War », mais dont le pouvoir est aujourd’hui remis en cause par les mouvements citoyens du monde entier. L’objet de ces mouvements de révolte ? Une liberté que beaucoup d’entre nous cherchent à préserver et qui se trouve souvent mise à mal. C’est bien elle que Little Bob convoque explicitement pendant sa relecture explosive de « Freedom », morceau jadis improvisé par Richie Havens au festival de Woodstock en 1969. On la retrouve aussi à l’écoute de sa reprise de « Bella Ciao », célèbre chant révolutionnaire porté par les ouvrières des rizières piémontaises, devenu un véritable hymne antifasciste pendant la Seconde Guerre Mondiale. Peut-être, aussi, peut-on y voir un hommage appuyé à l’engagement contestataire légué par son grand-père.

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Littler Bob et Mickey Blow (harmonica). Photo: Charles Dutot.

Dans certains textes de We Need Hope, Little Bob met donc en mots et en musique les préoccupations que lui suscite l’état actuel de nos civilisations et de la planète. La création de cet album fut aussi l’occasion pour lui de se souvenir de certains moments de sa vie, qui ont fait de lui l’homme qu’il est aujourd’hui. En outre, il célèbre et conjugue, avec ses musiciens, les deux répertoires musicaux auxquels il a consacré l’essentiel de son existence : le blues et le rock. Ainsi, le groupe poursuit avec éloquence son exploration d’un blues rock « bâtardisé », selon l’expression du Havrais. On le perçoit notamment à l’écoute de « Ready To Fly », morceau marqué par une rythmique de batterie syncopée et les improvisations plaintives de Mickey Blow à l’harmonica, inspiré entre autres d’Howlin’ Wolf et de Little Walter. S’y illustre aussi le jeu pianistique de Nicolas Noël, dont les accents presque « barrelhouse » nous évoquent aussi les instrumentistes de la Nouvelle-Orléans tels qu’Allen Toussaint et Huey « Piano » Smith.

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Little Bob. Photo: Charles Dutot.

Côté rock, Little Bob reste fidèle à la ligne artistique qui fut la sienne depuis ses premiers pas musicaux, il y a bientôt 60 ans. Comme à l’accoutumée, il a agrémenté We Need Hope de trois reprises dont deux tirées des répertoires de deux grandes légendes du rock britannique : parmi, elles, une réinterprétation passionnée de « Natural Born Boogie » immortalisé en 1969 par Humble Pie. Loin de se cantonner aux relectures, l’artiste partage aussi cet attachement indéfectible à travers l’écriture même de ses compositions. En effet pendant « I Was A Kid », Little Bob se remémore et nous transmets ses premiers émois d’enfance liés au rock’n’roll et ses pionniers. Une musique au charme transgénérationnel, à laquelle fait écho sa rythmique entraînante, ainsi que le jeu d’inspiration « honky tonk » du guitariste Gilles Mallet. Le solo de ce dernier, d’ailleurs, semble témoigner de l’héritage musical laissé par Chuck Berry. Quant au piano percutant de Nicolas Noël, il nous rappelle, à certains égards, les styles dynamiques de Jerry Lee Lewis et de Little Richard.

Cet album, Little Bob l’a surtout écrit en hommage à celle qui partagea sa vie pendant plus de 32 ans : son épouse Myriam Piazza, dite « Mimie ». Rencontrée lors d’un concert à Paris en 1986, elle était devenue progressivement le pilier de sa vie personnelle, autant qu’une aide précieuse dans sa vie professionnelle. Sa disparition le 29 mars 2019, après un long combat contre la maladie, a longtemps laissé Bob inconsolable. C’est donc ce chagrin incommensurable qu’il laisse s’exprimer dans le poignant « You Can’t Come Back ». A ce moment-là, les Blues Bastards se font plus effacés que sur les titres précédents, privilégiant une expression plus placide et minimaliste. Et, se joignant à la voix emplie de sanglots de Little Bob, le contrebassiste Bertrand Couloume livre au milieu de la chanson un beau solo sensible, à la teneur élégiaque.

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Little Bob pendant la Lockdown Session du 20 décembre 2020, au Rockin’ Records Studio du Havre. Photo: Ronan Legendre.

Heureusement, c’est l’amour de la vie qui triomphe et sur d’autres compositions, Bob ne manque pas de célébrer la beauté des moments passés avec Mimie. Des sentiments qu’il exprime de façon solaire dans les paroles amoureuses de « Ready To Fly », ainsi que la ballade « Made For Me » et « Il Bello Della Vita », écrit dans sa langue maternelle. A côté de l’amour de sa vie, l’amitié, elle non plus, n’est jamais loin dans les souvenirs de l’artiste. Dans un tout autre registre, ce dernier a aussi écrit le sémillant « Looking For Guy Georges » comme un appel à l’un de ses anciens compères : le guitariste Guy-Georges Grémy, dont il perdit brusquement la trace à la fin des années 70, lorsque ce dernier quitta la Story.

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Little Bob et ses Blues Bastards (de gauche à droite: Jérémie Piazza, Mickey Blow, Little Bob, Gilles Mallet et Bertrand Couloume). Photo: Charles Dutot.

A l’écoute de We Need Hope, on a le sentiment qu’il ne pouvait trouver meilleur titre dans la période actuelle. A travers leurs 13 nouvelles chansons, Little Bob et ses Blues Bastards nous gratifient d’un opus à fleur de peau, qui porte avec verve la passion inaltérable de son leader. Après 45 ans de carrière et 23 albums à son actif, l’artiste y porte un regard à la fois nostalgique et ancré dans le présent, sous lequel il poursuit sa route sans se laisser détourner. L’histoire n’est pas encore terminée et l’infatigable Havrais est loin d’avoir dit son dernier mot. Il n’a même qu’une seule hâte : défendre ses nouvelles chansons lors d’une prochaine tournée, dès que la Covid s’éloignera enfin de nos vies. Dans cette attente, ce nouvel opus devrait contribuer à raviver la flamme de cet espoir si précieux pour Bob… comme pour nous tous.

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Pochette de l’album « We Need Hope » de Little Bob Blues Bastards. Photo: Charles Dutot.

Sorti le 19 mars 2021 sur Verycords.

 

LISBONE – LISBONE (EP)

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LIsbone. Photo: Melvin Israel.

Comme nombre de ses pairs, Benoît Jalabert-Therre alias Lisbone a connu un parcours artistique fait de moult remous. Né en 1984 à Montpellier, la musique s’invite très tôt dans son enfance, passée à Castries (34) auprès d’un père guitariste et d’une mère chanteuse lyrique. A cette période, il débute son éducation musicale en apprenant le saxophone alto puis ténor dans l’école de musique de son village. Cette première expérience lui permet alors de rejoindre plusieurs formations à dominante jazz, mais explorant aussi d’autres styles comme l’afrobeat et le hip-hop.

Dans le même temps, il tombe sous le charme de la guitare et développe une véritable passion pour l’écriture : les images que convoquent en lui la sonorité des mots suscite une véritable créativité chez le jeune artiste. Ces passions dévorantes l’amènent à créer en 2005 un premier projet de chansons en français, sous le pseudonyme de Mortek Brazùk, accompagné du batteur Romain Castéra, du pianiste Dorian Dumont et du contrebassiste Nicola Lancerotti. Influencé autant par Sonny Rollins et Charlie Parker que Serge Gainsbourg et Georges Brassens, il fusionne dans son répertoire ses influences mutuelles du jazz et de la chanson française. Un univers aux textes décalés et aux allures de bestiaire, que le quatuor dévoile en 2008 dans un premier album Un tourniquet dans un salon, sorti en autoproduction. Avec sa formation, l’artiste écume tout d’abord les cafés de Montpellier, avant de quitter sa ville natale pour s’installer à Bruxelles. En 2008, il devient lauréat de La Biennale De La Chanson Française, dont il ressort avec un 3ème prix. S’y ajoutent l’année suivante un premier prix des Lycéens et un troisième prix du jury lors du festival Alors, Chante ! de Montauban, ainsi qu’un coup de coeur des Trois Baudets à Paris.

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Lisbone. Photo: Melvin Israel.

Entre 2010 et 2011, le musicien participe avec son groupe à de nombreux festivals francophones, notamment le Montreux Jazz Festival et les Francofolies de Spa en Belgique. Il s’installe à Paris en 2012, où il connaît une longue traversée du désert. Trois ans plus tard, il retourne vivre à Montpellier et il remet le pied à l’étrier en compagnie de Romain Castéra. Tous deux s’associent pour former le duo des Frères Ginsburg, rendant hommage au répertoire de Serge Gainsbourg à l’occasion d’une série de concerts donnés sur les scènes et dans les bars du Sud-Ouest.

L’année 2017, quand à elle, est celle du renouveau. Benoît Jalabert opère alors un changement de cap et prend un nouveau pseudonyme : Lisbone, acronyme évocateur de « Libre Individu Sous la Beauté Opaque d’un Nouvel Exil ». Comme première pierre de son nouveau projet, il dévoile en juin 2018 une reprise inspirée du « Voyage Voyage » (Dominique Dubois/Jean-Michel Rivat) de Desireless, rapidement suivie de son remix « discolite » créé par son compère Gauthier Quatelas. Cette deuxième version suscite alors, auprès de plusieurs médias spécialisés, un engouement qui permet au Montpelliérain d’engranger de plus en plus de soutiens. Près de trois ans plus tard, il prépare la sortie son premier EP Lisbone, qui réunit l’ensemble de ce nouveau répertoire. Attendu initialement pour l’automne, il est enfin paru le 5 mars dernier sur le label Helice.

Dans cet EP, on retrouve ainsi la voix chaude et sensuelle de Lisbone, dont le timbre semble se situer entre le lyrisme langoureux et le chuchotement. Elle lui permet ici de porter des textes qui reflètent et subliment chacun à sa manière des sentiments mêlés et des épisodes de sa vie qui furent autant de sources d’inspiration pour son nouveau projet. Le premier d’entre eux, « Un loup pour l’homme », tire son propos et son titre du célèbre proverbe attribué à Thomas Hobbes et que l’artiste de 36 ans entendit de la bouche d’un sans-abri, dans les rues de son Montpellier natal. Sous une instrumentation dynamique et a priori exaltante, il y retransmets le désespoir et la précarité d’un homme jeté à la rue, qui ne parvient plus à trouver de réconfort et de soutiens dans le monde qui l’entoure et le rejette froidement. Dans un autre registre, « Le Vietnam sous la neige » tire son origine de la mythomanie d’un ami de Lisbone qui lui soutenait avoir participé à la guerre qui opposa les Viet Minhs aux soldats américains de 1965 à 1975. De façon étonnante, l’artiste parvient à transformer cette affabulation en un véritable objet poétique et musical, aussi sombre qu’émouvant :

Le quidam s’imagine encore
Dans les rues de Saigon
Où les larmes tombaient nettes des avions,
Incendiaires le long du cœur.

C’est donc avec un mélange de subtilité et de sensibilité qu’il retranscrit le spectacle horrifiant des bombardements des hélicoptères américains qui mirent le pays d’Hô Chi Minh à feu et à sang. Le tout est servi par une trame narrative captivante, associée à une mélodie vocale ciselée et des arrangements orchestraux réalisés par Lisbone et David Darmon, qui évoquent autant l’Histoire de Melody Nelson de Serge Gainsbourg que certaines des plus belles chansons de Benjamin Biolay.

Sur le plan stylistique d’ailleurs, chaque chanson de cet EP semble avoir son identité propre et illustre une ambiance particulière, qui nous conquiert chacune à sa manière. Si Lisbone y signe la musique et les textes de quatre de ses six chansons, il a également fait appel à des musiciens émérites pour habiller chacune d’entre elles. Ainsi, les arrangements de la plupart de ses titres sont co-signées avec son fidèle compère Gauthier Quatelas ou encore Romain Preuss, un ami de longue date qui a récemment travaillé avec Pauline Croze et Ours. Ils viennent ainsi ajouter leur patte et enrober des titres comme « De plus que moi » et « Un loup pour l’homme » d’instrumentations électro-pop, esthétique qui tranche avec le projet précédent de l’artiste.

En parallèle, l’EP est également marqué par des moments plus organiques, qui lui confèrent parfois une tonalité tour à tour chaleureuse ou vibrante de passion. Une dimension qui se révèle notamment à l’écoute de « Michel », hommage que rend Lisbone à l’un des amis disparu prématurément. C’est également le cas de sa relecture de « Voyage Voyage », mixée par David Darmon : de fait, l’artiste s’est joliment approprié ce célèbre titre, au point de lui faire prendre une dimension plus contemplative et un magnétisme supplémentaire. Tout en conservant son énergie initiale, il fait cohabiter des nappes de synthétiseurs avec le jeu plus organique du piano et des cordes, au jeu tantôt langoureux tantôt percutant. Dans le même temps, le musicien fait aussi résonner sa guitare acoustique avec une rythmicité proche de celle du flamenco, l’une de ses multiples inspirations musicales.

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Lisbone. Photo: Melvin Israel.

Avec ce premier EP, Lisbone semble amorcer un nouveau départ plus que réussi. Au fil de ses six chansons, le Montpelliérain délivre une véritable force esthétique et poétique au goût doux-amer, qui nous emmène et nous retient dans des paysages intérieurs contrastés et inspirants. Qui sait, cet opus sera-t-il l’un de nos sains refuges pour fuir l’inertie qui continue de plomber nos existences. En attendant de pouvoir, on l’espère, voir enfin l’artiste nous offrir ces chansons sur scène. Affaire à suivre de près…

 

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Pochette de l’EP éponyme de Lisbone. Photo: Hugues Coudurier.

Sorti le 5 mars 2021 sur Helice (distribution: Alter K)

 

NOS AUTRES COUPS DE COEUR

 

PICADILLY – BLEU(S)

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Piccadilly. Photo: Moonrise Photography.

Le duo Piccadilly est né en 2020 de la rencontre des univers musicaux de deux amis d’enfance : d’un côté, le multi-instrumentiste Grégoire Jokic est admirateur de Nils Frahm et de Jon Hopkins. De l’autre, le chanteur Romain Lebon-Mialdea est plutôt influencé par les chansons d’Alain Souchon et de Barbara. Un soir, tous deux décident de mettre en commun leurs talents respectifs et élaborent progressivement une musique hypnotique, dont le style est situé entre electronica et chanson française. Quant à leurs textes, ils trouvent principalement leur source dans les errances de nos existences débridées que la crise sanitaire a aujourd’hui mis entre parenthèses, trop souvent au profit de pâles « ciels artificiels ».

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Piccadilly. Photo: Moonrise Photography.

Premier fruit de cette collaboration, leur EP Bleu(S), mixé au DiscoCasino Studio de Rennes, est sorti le 13 mars dernier en physique et sur les plateformes. Peu avant, le duo nous avait dévoilé le 9 mars le clip d’« Etoile minimum », extrait de ce premier opus que nous avons intégré à notre playlist. Sous un discours musical solaire, son propos retranscrit avec poésie cette condition de « tout petits géants », qui s’imposait à nous dès le premier confinement. Elle met aussi en lumière l’espoir certes malmené mais obstiné de jours meilleurs, dont certains de nous restent animés un an plus tard….

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Pochette de l’EP « Bleu(S) » de Piccadilly. Photo: Moonrise Photography.

Sorti le 13 mars 2021.

 

GEORGE KA – PAR AVANCE

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George Ka. Photo: Thomas Brandy.

Le projet artistique de George Ka (Camille Clément à la ville) a d’abord commencé après ses années lycée, sous la forme de voix off écrites pour des documentaires et des portraits vidéos. Il prend un nouveau tournant en 2018 : cette année-là, la jeune parisienne se retrouve à une soirée slam, au cours de laquelle elle improvise une performance autour de l’un de ses textes. Cet évènement, suivi de sa participation à plusieurs autres scènes ouvertes de la capitale, pose alors les bases de sa nouvelle carrière en tant qu’autrice-interprète. Dans la foulée, elle collabore avec le compositeur Siegfried de Turckheim qui l’a remarqué lors d’une de ses prestations en open mics. Sur les instrumentaux du beatmaker, tour à tour funk, pop ou hip-hop, elle déploie des textes à l’écriture ciselée, très souvent imagée et au réalisme parfois saisissant. Un style situé entre rap et chanson française, qui puise une partie de ses influences chez des artistes comme Oxmo Puccino et surtout Gaël Faye, dont le Pili pili sur un croissant au beurre (2013) avait résonné chez l’artiste comme une révélation des années plus tôt.

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George Ka. Photo: Leila Macaire.

En 2019, la jeune artiste dévoilait plus amplement son univers envoûtant à travers le clip de son premier morceau officiel :« Saigon ». George Ka y dépeint avec une apparente justesse les tiraillements de son identité métisse, ballottée entre la France et le Vietnam. Aujourd’hui, elle s’apprête à nous présenter son premier EP Par avance, qui sortira le 26 mars prochain sur le label Excuse My French. Parmi les 6 chansons qui le composent, figure en outre « Garçon manqué, fille manquante », dont le clip vient juste de sortir. A travers ce spoken word percutant, elle pointe avec acuité les stéréotypes de genre qui ont longtemps été les marqueurs de nos éducations et qui, encore aujourd’hui, nous restent à déconstruire…

Sortie : le 26 mars sur Excuse My French.

 

Certains des morceaux présentés dans cette sélection sont à retrouver dans la playlist d’Unidivers:

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Deezer

Journaliste musical à Unidivers, Pierre Kergus est titulaire d'un master en Arts spécialité musicologie/recherche. Il est aussi un musicien amateur ouvert à de nombreux styles.

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