SORTIES MUSICALES DE FEVRIER. LA SELECTION D’UNIDIVERS

Chaque mois, Unidivers vous présente ses coups de cœurs musicaux, sélectionnés parmi les sorties d’albums et d’EPs du mois en cours. À la une de la sélection de février : les albums Standing on the Shore de Jacques Pellen & Offshore et It’s Ok de Fantomes.

En ce début d’année 2021, le couvre feu reste en vigueur mais la musique, quant à elle, est toujours contrainte au confinement. Dans ce contexte des plus difficiles pour les professionnels comme pour les artistes et des plus pénibles pour les publics, les sorties d’albums viennent égayer nos heures, dans l’attente interminable de la reprise des concerts. Raison pour laquelle nous maintenons notre nouveau rendez-vous mensuel et vous présentons notre sélection parmi les nouveaux albums de février qui nous ont marqué. La voici donc, dans les lignes ci-dessous…

 

JACQUES PELLEN & OFFSHORE – STANDING ON THE SHORE

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Offshore en quartet. De gauche à droite: Sylvain Barou (flûtes), Karim Ziad (batterie et percussions), Jacques Pellen (guitares) et Etienne Callac (basse). Photo: Clara Abi-Nader.

Pendant sa longue carrière, Jacques Pellen a oeuvré à sa manière au renouvellement et au métissage des musiques traditionnelles celtiques. Né à Brest en 1957, il grandit au village côtier de Porstall, dans la commune finistérienne de Ploudalmézeau. Au sein de sa famille mélomane et musicienne, il apprend la guitare classique dès douze ans et il est mis au contact des répertoires de la musique savante européenne, dont les pièces de Maurice Ravel, d’Olivier Messiaen et de Francis Poulenc. Mais dans le même temps, le jeune Jacques est conquis par les mélodies des chants liturgiques bretons qu’il entend à l’église, pendant les messes du dimanche. Egalement attiré par le revival folk et le rock américains pendant les années 60, il trouve une parfaite cohérence entre ses deux intérêts lorsque se consolide la vague du folk et du rock celtique au début de la décennie suivante. C’est dans ce contexte qu’il tombe sur le « Pop Plinn » (1972) d’Alan Stivell. Cette transposition rock d’une danse traditionnelle costarmoricaine, dont le thème inspiré est réalisé à la guitare électrique par Dan Ar Braz, le fascine et lui ouvre de nouveaux horizons pour sa pratique musicale.

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Jacques Pellen. Photo: Clara Abi-Nader.

Sa seconde révélation survient pendant son adolescence, au lycée Kerichen de Brest. A cette période, il découvre les esthétiques modernes du jazz à l’écoute entre autres des guitaristes Pat Metheny et John McLaughlin, dont le langage harmonique et mélodique l’interpellent. Dans cette dynamique, sa découverte des morceaux de Joe Pass fait naître en lui le besoin de renouveler son expression artistique, en mêlant les musiques traditionnelles bretonnes avec les codes du jazz contemporain. C’est ainsi qu’il abandonne ses études à l’Ecole Normale de Quimper pour devenir musicien professionnel. Au milieu des années 1970, il fait ses premières classes en la matière au sein des groupes Gwalarn et Bleizi Ruz dans les festoù noz. En parallèle, il accompagne plusieurs musiciens de la nouvelle scène bretonne, notamment Mélaine Favennec et la chanteuse Annkrist. Puis en 1979, il fonde avec Bruno Nevez un duo de guitares entre jazz et musiques celtiques, qui devient quartet après l’arrivée de du bassiste François Daniel et du batteur Peter Gritz.

Pendant les années 80, le Brestois réalise plusieurs autres collaborations avec des pointures du jazz international, dont le fameux trompettiste Kenny Wheeler et Riccardo Del Fra, ancien contrebassiste de Chet Baker. C’est avec lui, entre autres, qu’il fonde en 1988 la Celtic Procession, un véritable big band « à géométrie variable » qui apporte un vent nouveau dans le champ des musiques bretonnes. L’artiste y regroupe alors des musiciens issus d’horizons musicaux différents, mais réunis par une passion commune pour l’improvisation. Un an plus tard, sort le premier album de la formation, intitulé Pellen 4 et publié sur le label Caravan. La décennie suivante, l’artiste enchaîne les concerts avec son groupe tout en s’illustrant par de nouvelles participations réussies, avec de nombreuses personnalités des musiques bretonnes : parmi elles, il apporte sa pierre au célèbre Héritage des celtes (1994) de son mentor Dan Ar Braz, qu’il accompagne également en tournée.

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Offshore en quartet. De gauche à droite: Sylvain Barou (flûtes), Jacques Pellen (guitares), Karim Ziad (batterie et percussions) et Etienne Callac (basse). Photo: Kévin Antoine.

En 2004, alors qu’il sort d’une nouvelle pérégrination avec la Celtic Procession, il forme un nouveau combo en compagnie du bassiste Etienne Callac, accompagnateur entre autres de Brigitte Fontaine et de George Moustaki et du batteur Karim Ziad, connu notamment pour avoir accompagné des artistes comme Khaled et Cheb Mami. C’est la naissance du trio Offshore, qui enregistre un album éponyme en 2011, dans lequel le groupe mêle musiques bretonnes, jazz moderne et répertoires traditionnels africains. Quelques années plus tard, le trio se mue en quatuor après l’intégration de Sylvain Barou, flûtiste aussi rôdé aux répertoires celtiques qu’orientaux et qui fut auparavant l’un des membres de la Celtic Procession. Fort de cette nouvelle mouture, Jacques Pellen et son groupe créent un nouvel opus Shorewards, qui sort en avril 2017. 4 ans plus tard, Offshore est rejoint par le claviériste Patrick Péron et prépare un nouvel album : Standing On The Shore. Un opus sorti le 8 février dernier sur le label Paker Prod.

Cet album s’ouvre sur sa chanson titre « Standing on the Shore », reprise instrumentale d’une chanson composée à la fin des années 60 par Terry Woods et Johnny Moynihan, membres du groupe folk irlandais Sweeney’s Men. On se laisse tout de suite porter par la musique envoûtante et majestueuse de Jacques Pellen et les musiciens d’Offshore. Celle-ci se caractérise au premier abord par une superposition harmonieuse de textures et de rythmes, ici associée à un parcours harmonique économe et duquel il se dégage une aura apaisante. Il est également ponctué par un solo final de Jacques Pellen à la guitare folk, dont les glissendi et les blue notes évoquent le blues rural, exemplifié autrefois par des artistes comme Charley Patton et Robert Johnson.

Ce premier titre nous introduit ainsi dans l’univers musical bigarré de l’artiste, que d’aucuns qualifient de « crossover » stylistique. En effet, on y retrouve le travail de synthèse que Jacques Pellen s’attacha à suivre tout au long de sa carrière : fusionner les mélodies et les répertoires celtiques avec les techniques d’improvisation et le langage des courants contemporains du jazz. De fait, la plupart des morceaux qui composent Standing on the Shore sont construits autour d’une alternance thème/improvisation soliste qui constitue l’une des bases du jazz, y compris dans certains de ses avatars les plus récents. Un répertoire auquel semble faire écho les rythmiques complexes et parfois irrégulières de Karim Ziad à la batterie, parfois proche des musiques progressives. Il transparaît également à travers les solos parfois étourdissants de virtuosité de Jacques Pellen, qui n’hésite pas à explorer par moments un jeu out digne des plus grands instrumentistes de be-bop et de jazz fusion.

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Offshore en quintette. De gauche à droite: Karim Ziad (batterie et percussions), Patrick Péron (claviers), Etienne Callac (basse), Sylvain Barou (flûtes) et Jacques Pellen (guitares). Photo: Eric Legret.

Dans le même temps, on remarque aussi que l’influence des répertoires celtiques traverse cet opus et sont perceptibles à différents niveaux. A certains égards, d’autres aspects du style guitaristique de Jacques Pellen l’apparentent au son délicat d’une harpe celtique et font écho à ces répertoires traditionnels auxquels il se confronta dès ses débuts. Un ancrage que semblent appuyer les mélodies lyriques jouées par Sylvain Barou à la flûte irlandaise pendant « Standing on the Shore », ou au uilleann pipes (cornemuse irlandaise) sur « Lark goes to the Borders ». En parallèle, d’autres titres de cet opus nous rappellent également l’ouverture de l’artiste aux répertoires extra-européens, notamment à certaines musiques traditionnelles africaines, dont les emprunts étaient déjà présents sur le premier album du groupe en version trio. Parmi eux, le morceau « Ella » est construit autour d’un thème dont la structure semble inspirée des modes mélodiques des musiques arabes et méditerranéennes. Dans un registre différent, pendant « Nagarif », le bassiste Etienne Callac déploie des lignes mélodiques sinueuses proches de celles de la musique gnawa, un style traditionnel marocain et une culture dont Karim Ziad est d’ailleurs l’un des fervents défenseurs.

Parallèlement à l’omniprésence de Jacques Pellen et de ses musiciens, on remarque d’emblée que c’est la mer et plus généralement la thématique aquatique qui est le fil conducteur de Standing On The Shore. Une inspiration illustrée autant par la photo côtière qui orne sa pochette que par le titre de la plupart des morceaux. Ici, la mer est décrite sous différents reflets et l’on ressent tour à tour la présence majestueuse des vagues retranscrites par « Standing on the Shore », ou leur fracas retentissant pendant le farouche orage suggéré par « La danse des tempêtes ». Quant à « Seamen’s Lament », il fait résonner la plainte déchirante des marins, qui trouve une parfaite traduction dans le jeu polymorphe et les mélodies de Sylvain Barou au bansuri indien et au duduk. Cet instrument, indissociable des musiques arméniennes, est en outre considéré par beaucoup comme l’un des plus proches de la voix humaine.

Dans son dernier album solo A-hed an aber, Jacques Pellen portait un regard sensible sur son parcours musical riche et hétéroclite, habité par de multiples sources d’inspirations. C’est un état d’esprit similaire que l’on retrouve sous d’autres formes dans Standing on the Shore : car l’artiste y côtoie certaines des figures qui furent déterminantes dans sa vie et son parcours. Ainsi, « Seamen’s Lament » est l’un de ses morceaux co-écrits avec Kristin Nogués. Une harpiste renommée et ancienne cheville ouvrière de la coopérative Névénoé, qu’il accompagna dès 1978 et avec qui il partagea sa vie et sa musique, jusqu’à la disparition de la musicienne en 2007. De même, le Brestois et son groupe ont également choisi de reprendre « La danse des macareux », l’un des morceaux de son mentor Dan Ar Braz issu de l’album Acoustic (1982) et ici revisité avec beaucoup de verve et de créativité. Le fameux guitariste quimpérois apporte d’ailleurs une belle participation au sublime « Lark Goes To The Border », y décochant son jeu clair de guitare électrique si reconnaissable, avec un timbre et à une sensibilité comparable à celle de Mark Knopfler ou de de J.J. Cale.

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Offshore en quartet. De gauche à droite: Etienne Callac (basse), Sylvain Barou (flûtes), Jacques Pellen (guitares) et Karim Ziad (batterie et percussions). Photo: Kévin Antoine.

En fin de compte, Standing on the Shore résonne comme une ultime incarnation de l’entreprise musicale de Jacques Pellen, un artiste à la carrière fascinante, que son ami Dan Ar Braz décrit comme un « ovni » dans le champ du jazz et des musiques celtiques. Véritable passeur entre ces deux mondes, il se qualifiait lui-même comme un « chercheur d’une esthétique jazz sous influence bretonne ». Et près de 3 ans après A-hed an aber, cet opus à la fois vertigineux et empreint de sensibilité et de subtilité, aussi dense que magistral, est une belle illustration de cette quête artistique. Le décès brutal du guitariste, survenu en avril 2020 des suites de la Covid-19, laisse un grand vide tant pour ses proches qu’auprès de tous ses admirateurs. Mais si cette tragédie ne lui aura pas permis de partager directement ces chansons avec son groupe et son public, peut-être l’écoute et la réécoute de cet album captivant nous permettra-t-il de participer à entretenir la mémoire de l’artiste et l’héritage de son œuvre hors du commun…

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Pochette de l’albuml « Standing on the Shore ». Visuel: Eric Legret & Gaël Loison.

Sorti le 8 février 2021 chez Paker Prod (distribution Coop Breizh).

 

FANTOMES – IT’S OK

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Fantomes (Paul Bourcart & Mustapha Bennacer). Photo: Lou Beauchard.

Au départ, l’histoire de Fantomes commence tout simplement comme un exutoire entre amis. Cette formation est composée du guitariste Paul Bourcart et du batteur Mustapha Bennacer alias Mus, que beaucoup connaissent au sein du groupe Bagarre. La rencontre entre les deux musiciens a lieu un beau jour au bar La Mécanique Ondulatoire, considéré comme l’un des haut lieux parisiens du rock et qui accueille de nombreux groupes de la scène rock indépendante. Un établissement dans lequel Mus et Paul travaillent comme serveurs, tout en rêvant de briser leur routine interminable. Cette frustration renforce chez eux l’envie de se réaliser davantage comme musiciens. Dans le même temps, ils ne tardent pas à se trouver des affinités communes tant sur le plan personnel que musical. Il n’en fallait pas plus pour que les deux acolytes décident de s’associer en duo, sous un nom révélateur de leur impression d’invisibilité sociale: Fantomes.

Peu à peu, les deux artistes commencent à se créer leur propre répertoire en partageant leurs compositions respectives. Et après plusieurs répétitions, ils donnent enfin leur tout premier concert sous leur nouveau nom le 16 juin 2014 à La Mécanique Ondulatoire. L’année suivante, sort « Back With The Sun », première pierre officielle de leur aventure commune, publiée sur leur compte SoundCloud. Engrangeant leurs premiers soutiens, ils donnent une nouvelle prestation sur la scène du Point Ephémère de Paris, en première partie du groupe Casamance. Puis le 28 avril 2016 sort un 45 tours éponyme, qui est publié sur le label Pigeon et Pilule Records. Progressivement, le projet prend de l’ampleur et au mois de novembre, le duo se retrouve à assurer la première partie des Irlandais Kaiser Chiefs au Trianon. L’année suivante, c’est l’artiste américain Hanni El Khatib qu’ils accompagnent lors de leur première mini-tournée, avec un passage à La Cigale le 10 novembre 2017. Dès lors, Paul et Mus multiplient les prestations et, le 22 avril de la même année, ils retournent sur la scène du Point Ephémère pour la Convention des Labels Indépendants, sur l’invitation de la maison de disques Pan European Recording. Cette dernière, connue notamment pour abriter dans ses murs les projets de Flavien Berger et Poni Hoax, signe le groupe et intègre sa chanson « Mountain » sur leur compilation Voyage III sortie en avril 2018. Quelques semaines plus tard, le 18 mai, le duo publie sur le label un EP éponyme qui les révèle auprès d’un public plus large.

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Fantomes (Paul Bourcart & Mustapha Bennacer). Photo: Lou Beauchard

Suite à la sortie de cette première œuvre, les choses s’accélèrent pour Fantomes : en 2019, ils voient leur morceau « Along » figurer dans la bande originale de la série Vernon Subutex de Cathy Verney, diffusée sur Canal + et adaptée de la saga de Virginie Despentes. La même année, ils se lancent dans une nouvelle série de concerts, marquée notamment par leur passage sur la scène du Vieux Saint-Etienne de Rennes le 6 décembre, à l’occasion des Bars En Trans. Après une année 2020 assombrie par l’arrêt brutal des concerts suite à la crise sanitaire, les deux compères s’apprêtent à nous dévoiler leur tout premier album, It’s Ok. Ce dernier fut enregistré à Paris au studio Delta de Thomas Bunio et mixé aux Etats-Unis à Long Beach dans le Jazz Cats Studio par Johnny Bell, bassiste d’Hanni El Khatib. Il sortira le 26 février prochain chez Pan European Recording.

Parmi les 10 chansons d’ It’s Ok , on retrouve entre autres les deux titres « Back With The Sun » et « Rain », qui figuraient sur leur premier EP et côtoient désormais 8 nouvelles compositions. Toutes résonnent comme le développement de la ligne artistique suivie par Fantomes depuis la fondation du groupe. Leur musique puise effectivement son inspiration dans les différents avatars du rock alternatif des années 90, une myriade d’esthétiques que Paul et Mus partagent parmi leurs influences communes. On plonge ainsi dans cet univers dès son titre d’ouverture, « Rainbow ». Un morceau rugueux aux accords de guitare saturés et percutants, dans laquelle la voix erraillée de Paul Bourcart rappelle celle caractéristique de Kurt Cobain au sein de Nirvana. Une référence visiblement majeure pour le duo, ce que semblent confirmer les rythmiques agiles et percutantes de Mus à la batterie, parfois similaires à celle de Chad Channing, le premier batteur de Nirvana sur leur album Bleach (1989). On remarque également que certaines des inflexions vocales et des aspects du phrasé de Paul Bourcart évoquent tour à tour la vocalité de Black Francis des Pixies et celle de Doug Martsch de Built To Spill. Dans un registre légèrement différent, le morceau « Rain » peut évoquer le style instrumental de groupes britpop tels qu’Oasis. Quant à l’électrisant « Sometimes », sa rythmique survoltée et ses lignes de guitare fuzz semblent attester d’une certaine influence du rock garage, un registre auquel Paul Bourcart se familiarisa à ses débuts.

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Fantomes (Mustapha Bennacer & Paul Bourcart). Photo: Lou Beauchard.

Sur d’autres aspects et à l’instar de leurs modèles, les Fantomes parsèment leur musique de nombreuses références stylistiques aux ressorts instrumentaux et vocaux des chansons pop et rock des années 50-60. Un répertoire incarnant une certaine candeur, auquel font référence non seulement certaines des refrains entêtants inteprétés par les deux compères au chant, mais également des rythmiques entraînantes de shuffle twist comme dans « Easy », ou encore les onomatopées en voix de tête qui résonnent pendant « Rain ». Mais comme chacun sait, les apparences sont parfois trompeuses. Car sous ce vernis de naïveté, le propos de Fantomes vise depuis ses prémices à mettre en mots et en musique une revanche : celle sur le fait « de ne pas avoir la vie dont on rêvait quand on était des kids ». Cette insatisfaction s’exprime ici sous différents états d’âme, lesquels se succèdent au gré des tempos contrastés. Ainsi, le dynamisme insufflé par « Sometimes » retranscrit l’intensité du sentiment amoureux, renforcé par l’euphorie d’une soirée passée dans un état second. Il laisse également transparaître un mal-être et un désœuvrement qui trouve sa pleine expression dans « City At Night » : dans une ambiance douce amère, les paroles de cette chanson mettent en scène un personnage qui tente de tromper son ennui lors d’une nuit d’ivresse en ville.

Par moments, le désenchantement retraduit par Fantomes va de pair avec l’expression d’une certaine nostalgie. Cette dernière est d’ailleurs la trame de « Brother », dont le propos aborde l’amer délitement des amitiés masculines, qui fuient avec le temps. Fantomes aborde aussi, de façon subtile, le chagrin que laisse la perte d’un être cher à travers le texte de « Parker Lewis ». Cependant, le duo laisse entrevoir une dimension plus solaire, explicitée par le titre « Back With The Sun ». De fait, son approche instrumentale créé une ambiance qui semble réchauffante et lumineuse, partageant un sentiment a priori plus sincère. C’est aussi ce que reflète son texte, exprimant l’espoir d’un avenir plus radieux auprès de ses proches, à la faveur d’un road trip vers des contrées ensoleillées.

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Fantomes (Mustapha Bennacer & Paul Bourcart). Photo: Lou Beauchard.

Avec It’s Ok, Fantomes délivre un album des plus enthousiasmants, caractérisé par une humeur nuancée qui oscille entre bouillonnement émotionnel et sensibilité délicate. Paul Bourcart et Mustapha Bennacer y manient un art habile du contraste, créant une musique à la portée cathartique certaine et bienvenue en ces temps de morosité ambiante. Le duo parvient d’autant plus à sublimer les troubles, les obsessions et les tourments qui, bien souvent, se révèlent à l’adolescence mais ne cessent de nous poursuivre pendant notre vie d’adulte. Sans doute une des raisons pour lesquelles cet opus devrait faire d’eux l’une des belles promesses de la scène actuelle du rock hexagonal.

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Pochette de l’album « Its OK » de Fantomes. Visuel: Lou Beauchard & Diane Pellotieri.

Sortie : le 26 février 2021 chez Pan European Recording.

 

NOS AUTRES COUPS DE COEUR

HOORSEES – HOORSEES

 

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Hoorses. De gauche à droite: Alexin (guitare/chant), Zoé (guitare/chant), Thomas (basse) et Nicolas (batterie). Photo; Florentin Convert

A l’image de ses collègues de Fantomes, Hoorsees tire lui aussi une partie de ses influences dans le rock alternatif de la décennie 90, notamment du côté de formations comme Pavement et Weezer. Depuis sa création, le quatuor parisien développe plus généralement des mélodies efficaces, inscrites dans une musique qui navigue entre une mélancolie placide et une énergie contagieuse. Après avoir dévoilé cet ADN musical dans deux EPs, dont le second Major League sorti en octobre 2019, il nous présente aujourd’hui son tout premier album éponyme. Sorti aujourd’hui via les labels Howlin’ Banana Records, In Silico et Kanine Records, il s’ouvre sur la chanson « Overdry », premier extrait dévoilé par le groupe et qui tourne actuellement sur notre playlist. Placée sous le signe de l’urgence, sa rythmique marquée et revigorante y est associée à de délicieuses lignes de guitare électrique avec effet chorus, nous évoquant à certains égards les meilleurs morceaux de la new wave des années 80.

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Pochette de l’album éponyme d’Hoorses. Visuel: Clothilde Carton.

Sorti le 19 février 2021 sur Howlin’ Banana/In Silico/Kanine Records.

 

Altin Gün – Yol

 

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Altin Gün. De gauche à droite: Jasper Verhulst, Erdinç Ecevit Yıldız, Daniel Smienk, Gino Groeneveld, Ben Rider et Merve Dasdemir. Photo: Daphne Oude Geerdink.

C’est à la fin de l’année 2017 qu’est né le groupe néérlandais Altin Gün. Créé à Amsterdam à l’initiative de Jasper Verhulst (connu comme bassiste pour Jacco Gardner), il est porté au chant par la voix enchanteresse de Merve Dasdemir et développe depuis ses débuts une musique enracinée dans le folk et le rock anatolien des années 70. Ce style, combinant l’influence des musiques traditionnelles turques et du rock psychédélique anglo-saxon, se trouve ainsi réactualisé par le sextet et bénéficie aujourd’hui d’un nouveau coup de projecteur. Après deux premiers albums sortis en 2018 et 2019, la formation est déjà de retour avec Yol : un troisième opus par lequel elle opère une nouvelle évolution artistique et dont la sortie est attendue le 26 février prochain sur le label allemand Glitterbeat Records. Pour vous en donner un aperçu, nous vous partageons la chanson «  Yüce Dağ Başında » issue de cet album et dont le clip fut dévoilé le 13 janvier dernier. Un morceau résolument dansant, dont les cocottes funky à la guitare, les accords de synthétiseurs réverbérés et les lignes de basses mouvantes lui confèrent des accents disco savoureux.

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Pochette de l’album « Yol » d’Altin Gün. Visuel: Anne Caesar van Wieren.

Sortie : le 26 février 2021 sur Glitterbeat Records

Certains des morceaux présentés dans cette sélection sont à retrouver dans la playlist d’Unidivers, accessible via les liens ci-dessous:

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Deezer

 

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