Thomas Jefferson Cogwill (Book of Black Earth et Teen Cthulhu) mène son projet musical solo sous le nom de King Dude ! Avatar à la fois vantard et ironique. À l’image, décalée, de sa musique, neo-folk épurée teintée de rock sardonique et de post-punk gothique. Productif en diable (cinq albums en cinq ans et une flopée de singles souvent collaboratifs), le King Dude nous a asséné cette année un coup fatal : Songs of flesh and Blood – In the key of light. L’Himalaya de la musique dark folk !

 

king dudeT.J. Cogwill est avec King Dude l’exemple parfait de cette génération qui aura fait le lien entre deux scènes musicales modernes que tout semblait opposer (en dehors de l’art, pas toujours maîtrisé, de la provocation). C’est par l’archaïsme et la mythologie que black métal et néo-folk se sont rejoints. Ultra post-moderne par leur rejet de la modernité et leur fascination, un peu puérile et festive (donc si contemporaine selon les catégories de Philippe Muray), pour un passé aussi immémorial que fantasmé ces deux courants musicaux et « philosophiques » des marges n’ont cessé depuis la fin des années 90 de célébrer leur union dans des projets plus originaux les uns que les autres.

King Dude lui, revient aux fondamentaux tout en ne cessant de les mettre à mal. Ce nouvel opus confirme cette voie et son talent unique. Confirme aussi une voix, de plus en plus et de mieux en mieux maîtrisée et assumée sa tessiture de baryton lui permet de pénétrer avec plus d’emphase et de sardonique sérieux le désertique désespoir des sombres sujets abordés. King Dude apporte toute la profondeur du story-telling de la tradition country, folk americana à l’épuisement apathique et nihiliste de la néo-folk européenne. king dudeDépouillée de la facile provocation des clownesques apparats d’une morne et hypocrite fascination pour le décorum totalitaire et militariste, la dark-folk du King renoue avec les plus beaux aspects de l’existentialisme torve du minimalisme personnaliste de cette jeune tradition musicale. Comme pour marquer cette affectueuse distanciation ce nouvel album s’ouvre par Black butterfly, titre rock épileptique très électrique aux échos gothiques.

Provocateur poétique au confluent de différentes traditions King Dude convoque autour de sa guitare acoustique minimaliste, de ses orgues au romantisme noir, de son chant d’ogre ironique, les relents harmonieusement asphyxiants d’un Nick Cave dialoguant avec Edgar Alan Poe dans les vapeurs chaleureusement opiacées et rougeâtres d’un bouge sublime perdu aux confins du monde connu…

King Dude Songs of flesh and blood – In the key of Light

 

La culture est une guerre contre le nivellement universel que représente la mort (P. Florensky) Journaliste, essayiste, musicien, a entre autres collaboré avec Alan Stivell à l’ouvrage « Sur la route des plus belles légendes celtes » (Arthaud, 2013)
thierry.jolif [@] unidivers .fr

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