Quel gamin n’a pas rêvé de construire sa cabane où se réfugier hors du regard des adultes ? Simon Augade est un (très) grand garçon qui réalise ses rêves. Il vient de livrer une cabane géante construite en mode participatif avec les élèves de l’IME (Institut médico-éducatif) et de l’ITEP (Institut thérapeutique éducatif et pédagogique) de Chantepie.

Le principe du volume s’apparente à l’œuvre de Ricardo Serra au Guggenheim de Bilbao, on peut y déambuler (jusqu’à une caravane), mais là, pas de prouesse industrielle, juste un défi artistico-éducatif, tendance baba-cool. Le résultat enchante Yves Liégeois, directeur de l’IME : « il y a deux ans, nous avions organisé un atelier-spectacle pour les jeunes avec le cirque Métropole. C’était très riche en émotion. Cette fois, nous avions envie de faire quelque chose de fédérateur entre nos deux structures, une sorte de “village” au cœur de notre site ». Alban, éducateur spécialisé a eu l’idée de proposer une résidence à Simon Augade lorsqu’il a vu son œuvre sur la place du Parlement en mai 2013 pour le festival Oodaaq.

« Ni éducateur, ni pro du milieu éducatif, je ne connaissais pas leur pathologie, du coup on s’est retrouvés peinards dans une relation hors autorité » indique le jeune diplômé des beaux-arts de Lorient. Une relation durable puisque son travail s’est étalé sur cinq mois, à raison de 4 jours par semaine. Les trois autres, il « pionne » au lycée Zola d’Hennebont. En chemin, Simon fait son shopping, principalement chez Emmaüs où il récupère des portes, des volets, des façades de meubles, et autres surfaces planes qui vont constituer la structure, ici auto-portée, entre deux bâtiments préfabriqués et appuyée sur un bosquet de bouleaux. Les marteaux ont rythmé l’évolution de l’œuvre.

« Beaucoup n’avait jamais planté un clou ! » s’amuse l’artiste adepte de l’arte povera (mouvement né en Italie qui privilégie le processus à l’objet fini, avec le recours aux matériaux modestes). Les notions de « rupture, d’équilibre, de précarité, de parasite, de rebut et d’interstices » sont pour lui « autant de façons de poser des actes de résistance ». Ces actes qui rendent signifiant les objets insignifiants interpellent ici « par une lecture physique et directe notre image admise et confortable face à notre environnement construit ». Ignorants sans doute de ces concepts, les jeunes ont fait de l’art contemporain comme monsieur Jourdain de la prose. Sans le savoir. Mais avec beaucoup de plaisir. Et de fierté.

Sculpture visible jusqu’au 3 juillet. Un événement, Rencontre(s), clôturera les trois derniers jours (1, 2 et 3 juillet) avec des conférences, des débats, de la musique, du théâtre et l’exposition de l’artiste photographe Lise Gaudaire, au terme de sa résidence. EDEFS 35, rue d’Hallouvry, Chantepie (35)

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mc.biet [@] unidivers .fr Architecte de formation, Marie-Christine Biet a fait le tour du monde avant de revenir à Rennes où elle a travaillé à la radio, presse écrite et télé. Elle se consacre actuellement à l’écriture (presse et édition), à l’enseignement (culture générale à l’ESRA, journalisme à Rennes 2) et au conseil artistique. Elle a été présidente du Club de la Presse de Rennes.

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