La fin du SIDA est-elle pour demain ? C’est ce que laisse croire la récente annonce d’un futur vaccin contre cette terrible maladie. Des premiers tests sur humains sont prévus en 2014.

Les équipes des professeurs Andrieu  et Wei-Lu  à Montpellier ont annoncé avoir soigné 15 singes sur 16 auxquels ils avaient inoculé le Virus d’Immunodéficience Simienne (VIS). Le VIS est un rétrovirus, considéré comme l’équivalent du VIH chez le singe, mais disposant de nombreuses souches. Comme pour l’humain, ces dernières sont subdivisées à l’aide de numéros et  lettres. Telle souche du virus est portée par une espèces et ne se développe que lors du passage de l’une à l’autre. Ainsi la souche d’un chimpanzé est susceptible de provoquer un VIS chez un macaque Rhésus (une fait qui renforce la théorie du transmissions d’une souche du VIH à l’homme sur ce modèle).

Les professeurs Andrieu et Wei-Lu ont réussi à empêcher l’activation des lymphocytes CD4 qui sont la porte d’entrée du virus dans l’organisme… Mais uniquement dans le cas du VIH-1, non dans la VIH-2, la plus répandue en Afrique. Toutefois, la souche VIH-1 est réputée être la principale et la plus virulente. Le traitement conçue par les chercheurs entraîne l’activation de lymphocytes de type CD8 et MHC-lb/E « autrefois inconnues », selon le communiqué de presse. (Pas si inconnues que cela puisque leur découverte remonte aux années 60.) En pratique, ce lymphocyte CD8 se lie à un MHC (Complexe Majeur d’Histocompatibilité) et un antigène (molécule stimulant le système immunitaire) pour agir.

Toutefois, ce type de lymphocyte dont l’action est également connue dans le cas de l’hépatite B présente un revers : son rôle encore mal connu dans le développement de l’arthrite (comme le démontre l’étude des professeurs Taneja en 2002, notamment). Comme souvent dans l’immunologie, agir sur un type de cellule induit une modification de l’organisme dans des proportions difficiles à prévoir. Et ce, hors de l’interaction médicamenteuse, principal souci de l’industrie du médicament et de la médecine.

Il convient donc de rester dans l’expectation devant cette annonce. D’autant que les précédentes promesses de vaccin fondées sur ce même type d’étude animale ont abouti à une impasse. Du reste, quelques avancées ont été faites avec des tests sans utilisation du modèle animal. A l’heure actuelle, le professeur Andrieu en appelle à une validation de ses travaux par un laboratoire indépendant. Espérons que cette annonce qui condamne des milliers d’animaux ne décevra pas les millions de malades du SIDA qui attendent un traitement efficace.

2 Commentaires

  1. Je relève dans votre article plusieurs erreurs, surprenantes:
    1- Si je lis leurs travaux parus dans Cell Reports, et le communiqué de l’Université de Paris-Descartes, ces deux chercheurs n’ont pas annoncé avoir « soigné » 15 singes mais « prévenu » de l’infection, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.
    2- Vous écrivez « Uniquement dans le cas du VIH-1, non dans la VIH-2, la plus répandue en Afrique ». Faux: c’est le contraire.
    3- Vous dites que la découverte des CD8 MHCIB/E non cytotoxic remonte aux années 60. Faux: elles n’avaient jamais été découvertes.
    4- En conséquence dire que l’action de ce type de lymphocyte est également connue est faux, puisqu’elles étaient inconnues
    5- sur l’impasse ce ce « même type d’étude » : cette piste n’avait jamais été envisagée!

  2. Qu’il est dur en effet de vulgariser sur un tel sujet !
    1°) je suis d’accord puisque dans un cas on injecte le « vaccin » sur un individu atteint et dans l’autre on met en présence l’individu « vacciné » de la dite maladie.
    2°) Il s’agit d’une coquille de relecture car le VIH-2 est plus présent en Afrique de l’Ouest mais n’est pas LE plus présent.
    3°) Précision importante, en effet, dans le sens où l’action des lymphocytes CD8+ sont connues mais pas ce type spécifique de CD8+ n’est pas encore connu. La bonne phrase aurait été que l’action des lymphocytes est connue depuis les années 60 mais des connaissances supplémentaires, notamment sur les actions des lymphocytes CD8 et du MHC ont été apportées au cours des années 1990 à 2010 et se poursuivent avec ce sous type.
    4°) Dire qu’elles sont totalement inconnues est également faux et réducteur car parallèlement, des interrogations sur le rôle néfaste de leurs proches parentes subsistent. Il serait donc intéressant de rapprocher ces études.
    5°) Quand on parle d’impasse de ce type d’étude, il s’agit d’études basées sur l’utilisation de souris et de singes dans une phase de validation et non du type d’étude basée sur ce type même d’inhibition ou de désactivation de ce type de cellules. Il est étonnant que la parution de cette étude se fasse alors que justement la validation paraît très fragile au regard de la diversité des virus et des risques de modifications d’autres paramètres dans le métabolisme des singes ou des humains.
    Merci en tout cas pour ces précisions techniques qui seront à développer à travers les contre-expertises à venir dans les revues scientifiques. Le but de l’article était surtout de se méfier du triomphalisme qui semble atteindre un peu trop le milieu scientifique dans les conférences sur le Sida.

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