Notre rédaction a reçu ce matin un appel de la scène musicale rennaise que nous reproduisons ci-après. Un appel qui traduit l’inquiétude d’une cinquantaine d’associations organisatrices et promotrices de concerts dans Rennes devant des évolutions urbaines qu’elles estiment défavorables à la vitalité de la scène musicale locale. Benoît Careil a souhaité répondre à cette appel (voir à la suite).

 » Faut-il réoccuper la Maison du Peuple? Faut-il rouvrir les squats ? Faut-il organiser une free party place Ste Anne ?  »

Nous, organisateur.rice.s de concerts amateurs, musicien.ne.s et spectateurs.rice.s, nous sommes les utilisateur.rice.s au quotidien des bistrots et cafés-concerts. Pour avoir une scène musicale vivante, il faut disposer de tout le panel : de la salle à grande capacité jusqu’à l’arrière-salle de bistrot en passant par la salle intermédiaire. Comme dans toute chaîne, si l’un des maillons disparaît, c’est l’ensemble qui s’effondre ou, du moins, perd son sens.
Aujourd’hui ces petits lieux sont menacés et c’est tout l’écosystème musical qu’on appelle « scènes locales » qui est par conséquent menacé. Quand Rennes brandit la démocratie culturelle et se gargarise d’être une « ville-rock » pour faire joli dans ses dépliants destinés aux Parisien.ne.s, en réalité elle entreprend un travail méthodique de destruction culturelle et de muséification de son centre-ville. Alors que les fermetures de ces petits lieux se sont multipliées ces dernières années, que des décisions préfectorales et municipales, cachées sous le faux-nez de la légalité, imposent des mises aux normes impossibles, que les poursuites pour nuisances ont opportunément explosé, que des rumeurs inquiétantes de listes d’établissements à nettoyer se font de plus en plus insistantes, nous souhaitons tirer la sonnette d’alarme !

Idéologiques, politiques et économiques : tous les éléments concourent à la disparition prochaine de la scène rennaise.
Idéologiques, car certains de ces lieux abritent parmi les derniers vrais espaces de dialogue, d’hétérodoxie, de contestation que beaucoup aimeraient voir disparaître au profit de lieux stérilisés et compatibles avec notre pourtant déjà bien moisie « start-up nation ».
Politiques, car ces endroits font tache dans le processus de gentrification du centre-ville en général, et de la place Sainte Anne en particulier, appuyé par l’interdiction d’installation à moins de 50 mètres d’un autre établissement et le gel des créations de licence IV.
Économiques, car la concentration de la quasi-totalité des établissements aux mains de quelques entrepreneur.euse.s qui spéculent à la hausse, ajoutée aux interdictions légales de nouvelles installations et à l’explosion des tarifs immobiliers se conjuguent pour, au final, venir à bout des derniers endroits du centre-ville qui accueillent nos scènes artistiques.

Si nos lieux disparaissent, nous serons toujours là, n’en déplaise à certain.e.s, avec la même envie féroce et irrépressible de concerts alors, question : faut-il réoccuper la Maison du Peuple ? Faut-il rouvrir les squats ? Faut-il organiser une free party place Ste Anne ? »

Benoît Careil, Maire-adjoint en charge de la culture :

 » Le problème de la survie de lieux musicaux alternatifs qu’exprime cet appel est réel et je comprends très bien l’inquiétude des assos et leur envie de défendre leurs lieux de vie culturelle. 

Mais il n’y a pas de solution toute faite à ce problème.

Nous devons ensemble bien observer de quelle réalité on parle, engager le dialogue entre les différentes parties concernées et accepter d’expérimenter des solutions concertées.

Les collectivités ont des devoirs envers tous et toutes, vers les habitants qui revendiquent des conditions acceptables de vie et vers ceux et celles qui ont besoin de partager des temps de fête musicale collective. 

Les citoyen.nes ont également des devoirs de respect de la liberté des autres. 

Les cafés savent qu’ils ont des devoirs réglementaires pour exercer leur activité.

Le respect des devoirs de chacun.e ne suffira pas, on le sait, à résoudre tous les problèmes, notamment la liberté d’expression et le droit de vivre sa culture en relation avec d’autres.

Ma porte est donc grande ouverte pour entamer ce dialogue et rechercher ensemble des solutions.  »

Associations signataires :

ALK recordings
Astral Tofu
Beast Records
BreakBoost
Brume
Capital Taboulé
Carnival Of Sound
Casa Bonita
Chevreuil
Club Z1Z1
Comme Ça
Consternation
Damaged Good
Dream’in Noise
Erato
FTTT
Ideal Crash
In My Bed
Kepler
Kerviniou Recordz
Kfuel
Klub Del Krash
La Choze
L’Alambik
La Fleur au Fusil
La Tangente
La Villa Diodati
L’Effroyable Association Sataniste des Soviétiques de l’Ouest
Les Disques Anonymes
Les Enlaidies
Les Pies Chicaillent
LENA
Les Bottines
Le Twist Komintern
Lost Dogs
Match Festival
Merci
Midi Deux
MikrokosA
Motif
Mourir Vite
Musique Sans Lendemain
Ô oui
ÖND
Osmoz
PassageFaune
Percept
Poch Records
Pulse Msc
Prix Libre Records
Rituel111
Silent Kraft
Symbol
Tripalium
Tek Hilarant
Troglodisques
Turtle Corp

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