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© Jean de Solminihac

Le groupe de rock breton SBRBS fera résonner les sonorités de son nouvel album sorti le 31 mars dernier, The Devil you know, au festival Les Vieilles Charrues, vendredi 14 juillet 2023. Au rock britannique qui les a fait connaître, le trio ajoute des pointes de pop et façonne un son impétueux et efficace. Un nom qui a perdu ses voyelles, mais dont les premières notes jouées sans être annoncées le 4 mai dernier, dans la pénombre de la salle rennaise mythique qu’est l’Ubu de Rennes, en a fait sursauter plus d’un…

La salle de spectacles de l’Ubu, à Rennes, a vu sa température grimper en flèche jeudi 4 mai 2023, lors du concert gratuit du Label Charrues, dispositif d’accompagnement des Vieilles Charrues. Le dérèglement climatique ne fut pas en cause cette fois-ci, ou peut-être est-ce le groupe breton SBRBS qui est à l’origine de tout ? Après avoir foulé la scène de l’Ubu huit ans auparavant, sous le nom de The 1969 Club, et traîné un nombre incalculable de fois là-bas en tant que spectateur et spectatrice, Marie Herbault et Hadrien Benazet, aujourd’hui accompagnés de Franck Richard, sont venus présenter leur dernier album The Devil you know, sorti le 31 mars dernier. Le trio a fait forte impression par leur présence sur scène, leur énergie contagieuse et la qualité d’un rock britannique puissant et savamment composé par des musiciens du cru.

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© Jean de Solminihac

La relation qu’entretiennent Marie Herbault et Hadrien Benazet avec la musique est aussi ancienne que leur propre relation. Depuis leur rencontre en 4e dans un collège de Saint-Brieuc, ils ne se sont plus quittés. Leurs pères respectifs étant guitaristes, ils ont été bercés par la musique dès leur plus jeune âge.

Adolescents, ils sont impressionnés par le mélange des genres que propose le groupe Linkin Park : un mélange de rap, métal avec tout de même une pointe de pop qui permet de chanter facilement leurs morceaux. Ils sont biberonnés aux sons de Lep Zepellin et de Black Sabbath et électrisés par le premier album des Arctic Monkeys. « Le bagage est très divers et large, mais le tout début, c’était ça », déclare Hadrien Benazet, guitariste et chanteur. Cette sensibilité particulière pour la musique anglaise a rapidement confirmé leur orientation musicale. « C’est pas un désamour de la langue française, mais on a toujours associé la langue anglaise au rock », poursuit-il avant d’ajouter : « On aime beaucoup le flegme anglais, il y a une sorte de désinvolture dans tout ce qu’ils font. On était vraiment admiratifs et on voulait partir dans cette imagerie-là du rock. »

Ils forment un premier trio avec Théo, un ami d’enfance rencontré également à 14 ans. Avec Marie à la basse et au chant, Hadrien à la guitare et aux chœurs et Théo à la batterie, l’intense The 1969 Club canalise les caractéristiques du rock britannique et du rock garage en intégrant des petites touches de musique psychédélique. En 2012, le trio foule les scènes des Vieilles Charrues, d’Art Rock et du Printemps de Bourges avec leur premier EP The Red album. L’œil aiguisé du patron des Transmusicales, Jean-Louis Brossard, les repère et leur ouvre les portes du dispositif d’accompagnement des Trans. Après un second opus fin 2013, Ivory, le départ du batteur, leur frère de cœur, clôt un chapitre de leur histoire musicale pour en ouvrir un nouveau, avec un nom différent.

En 2017, Marie, Hadrien et le nouveau batteur Franck Richard prennent le nom de SBRBS (à prononcer “suburbs”). « On s’est découvert une passion pour trouver des noms un peu compliqués », s’amuse Hadrien. Ce joli palindrome signifie “quartiers résidentiels” en anglais et désigne les quartiers huppés à la Desperate Housewives. « Mais quand tu grattes un peu, tu t’aperçois que les intérieurs sont complètement délabrés », précise-t-il. « Et il ne se passe pas grand-chose là-bas, c’est d’un ennui profond. » Cet ennui leur rappelle leur adolescence à Saint-Brieuc, petite ville bretonne à l’écart et un peu sous-cotée, et dont ils se sont sortis en faisant de la musique.

Faisant table rase du passé, SBRBS reflète aussi l’évolution de leurs goûts musicaux. « On a voulu préciser notre musique. On a découvert des groupes comme les Royal Blood, bien plus tights [“carrés” en anglais, NDLR] dans le genre. On voulait composer des morceaux courts et efficaces. » La voix grave et sensuelle d’Hadrien s’élève dorénavant aux côtés de celle profonde de Marie sur un même pied d’égalité. Parfois douces, d’autres fois féroces, leurs voix créent une symbiose qui donne une puissance scénique dans la mouvance de Band of Skulls, à l’origine de ce revirement. « Chanter à deux voix, ça a été un gros déclic pour nous. Ça nous a permis d’explorer d’autres terrains avec les harmonies de voix », nous apprend le guitariste.

Après la sortie de l’EP By Lust and Gold en 2019, le trio sort l’album The Devil You Know fin mars 2023 avec, avec lui, une imagerie tout de rose vêtue, une couleur appréciée du groupe et que l’on n’a pas forcément l’habitude de voir dans le milieu rock. Composé en grande majorité par Marie et Hadrien, ce dernier assoit leur appétence pour le rock britannique, mais est enrichi de sonorités plus pop. SBRBS conserve une grande force instrumentale qui va à l’essentiel à la manière de Queen of stone age, Royal Blood et Arctic Monkeys. « Franck vient d’un univers plus pop et hip hop. Il a un jeu très actuel là où Marie en a un peut-être plus vintage, on voulait qu’il apporte cette patte sur les morceaux. » Terriblement impétueux et efficace, le trio basse-guitare-batterie porte des textes forts qui traitent des relations humaines. Sont abordées leur propre relation et celles plus globales que l’on entretient les uns envers les autres.

Le morceau « The Devil you know » évoque la relation forte et fusionnelle du duo tandis que « Be brave » sonne comme un leitmotiv à l’attention de tous et toutes. La lettre “U” portée disparue est quant à elle retrouvée pour un court moment de douceur dans la chanson « UU ». L’album se ferme sur « Meet your maker » dont les débuts au piano et les voix à l’unisson d’Hadrien et Marie embarquent dans une dernière chanson aux allures de ballade introduite par des notes de piano avant qu’elle n’emporte l’auditorat dans une instrumentation plus abrupte. Des vagues musicales qui clôturent l’album en beauté.

Les retombées de l’album commencent à arriver et avec, les dates de concert. La rentrée risque de commencer sur les chapeaux de roue, mais l’été sera calme et tranquille. SBRBS jouera prochainement au festival On lâche rien sauf les chiens, les 7 et 8 juillet prochains avant de monter sur la scène Grall du festival Les Vieilles Charrues vendredi 14. La période ensoleillée sera alors propice à la réflexion et aux prémices de l’écriture du futur album, mais avant toute chose, une surprise se prépare nous dit-on. La rencontre autant musicale qu’humaine avec le rappeur brestois Reynz, le deuxième lauréat du label Charrues, laisse présager de futures expérimentations musicales qui pourraient aboutir à une collaboration. « On ne fait pas du tout de rap, mais on est quand même de gros fans de rap français et hip hop américain et lui, à l’inverse, est un grand fan de rock et de métal. » Un cocktail qui, une fois secoué, risque de profondément réveiller tous les quartiers bretons et d’ailleurs.

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