LE GARDIEN DE MON FRÈRE. RENCONTRE AVEC RONAN MANCEC

Sur le devant de la scène : des adolescents, une lumière d’été, deux frères: Abel et Jo, et un orage à l’horizon. Ronan Mancec soigne avec sensibilité une pièce de théâtre écrite avec et pour les jeunes: Le gardien de mon frère. Rencontre.

Le gardien de mon frère

Ronan Mancec a toujours écrit. Enfant, il inventait des histoires, avec ses frères et soeurs, remplissait des cahiers de textes et de dessins. Si sa famille ne connaissait pas le théâtre, Ronan Mancec le découvre au collège, puis en le pratiquant, en amateur. Attaché à ce milieu, Ronan Mancec aime dire que c’est l’Éducation nationale qui a élargi ses horizons.  Aujourd’hui, l’artiste se donne aux métiers de l’écriture, de traduction d’oeuvres théâtres anglaises, ainsi que du chant, dans l’ensemble Mze Shina, qui explore les polyphonies géorgiennes.

Unidivers — Comment est née l’idée de la pièce Le gardien de mon frère ?

Ronan Mancec — C’est un texte très personnel arrivé à l’improviste. J’écris rarement en commençant par bâtir une histoire ; je commence par rêver à des personnages, qui parlent et se parlent d’une certaine manière, et c’est de cette confrontation que naissent les histoires, comme des conséquences. Pour Le gardien de mon frère, les premiers mots ont surgi un soir, de manière instinctive, quelques années après une mésaventure personnelle qui cherchait à s’exprimer, me tournant en boucle dans la tête. J’ai ensuite construit tout ça sous la forme d’une pièce de théâtre…

Au départ, j’ai des envies d’atmosphères, d’ambiances ; pour Le gardien de mon frère j’avais envie de passer du temps à l’adolescence, dans le soleil de la fin de l’été, à la campagne… Si le cadre de la pièce est banal et d’apparence sereine, il y a une tension et un drame qui guettent.

Unidivers — Cette pièce est née avec des adolescents, quels ont été leurs liens, leurs interprétations vis-à-vis du texte ?

Ronan Mancec — Le stage auprès d’adolescent·es, à la Maison théâtre de Strasbourg, m’a posé un cadre pour l’une des premières étapes d’écriture. j’avais envie que la pièce n’engage que des personnages adolescents, excluant le regard des adultes sur l’homosexualité des jeunes qui se découvrent. Cela aurait été un autre sujet encore. Le gardien de mon frère est une pièce sur les mécanismes et les injonctions du groupe.

Pendant cette semaine de travail collectif, les ados m’ont parlé des lieux qu’ils fréquentent, de leurs activités, du sentiment de la liberté.

Je n’écris pas toujours seul, parfois j’écris en écoutant les autres parler. Pour moi, écrire du théâtre c’est d’abord de la curiosité ainsi qu’une tentative de démêler ce qui se passe entre les êtres. Les adolescent·es du stage m’ont posé beaucoup de questions qui m’ont forcé à préciser tôt la dramaturgie de la pièce. Par exemple, ils m’ont dit de faire attention à ne pas écrire une pièce trop binaire opposant de front un personnage homosexuel à un néonazi. De leurs improvisations sur scène à leurs présentations en public des premières versions de la pièce, ils et elles étaient volontaires pour parler du sentiment amoureux, des prémisses de la sexualité, ou de la haine qui nous agite.

Le gardien de mon frère théâtre Strasbourg
Crédit photo : Chloé Gendre

Unidivers — Le gardien de mon frère possède-t-il une part autobiographique ?

Ronan Mancec — Oui, c’est une histoire qui m’est arrivée, d’une certaine manière, et à l’âge adulte. Pour que l’histoire privée devienne une histoire à partager avec les autres, j’ai fait le détour par l’adolescence. Je tenais à dépasser la simple dimension réaliste, à l’enrichir par le recours à la parabole, d’où la figure d’un ange gardien, en filigrane à travers le texte… Il ne s’agit pas d’un témoignage, mais d’une interrogation morale à partager, ce que le théâtre permet. Jusqu’où doit-on obéir et se conformer aux injonctions des autres ? Comment s’approcher de soi-même et à quel prix ?

Unidivers — Comment compose t-on une pièce de théâtre ?

Ronan Mancec — J’écris du théâtre avec des personnages. Quand je les fais parler tour à tour, je chausse différentes paires de lunettes. En auteur, je sais et je comprends plus de choses que les personnages n’en disent ; ils voient le monde depuis un endroit où ils sont englués : j’en ai une vision surplombante. Mais j’essaie de me mettre à leur écoute. Ce qui n’est pas dit revêt autant d’importance que ce qui est dit.

Quand j’écris, c’est un va-et-vient entre quelque chose de très privé et quelque chose de partagé

Unidivers — Le texte ne possède aucune didascalie ?

Ronan Mancec — Chaque scène donne assez d’indices pour qu’on sache très vite dans les dialogues où l’on se trouve, à quel moment, et avec qui. L’absence de didascalies invite chaque lecteur et lectrice à se faire ses propres images mentales des épisodes de la pièce, qu’elles soient scéniques ou semblables à la vie réelle. C’est aussi un espace de liberté pour la mise en scène.

Unidivers — Un souvenir adolescent d’un été ?

Ronan Mancec — Oui, un petit, avec mon frère. Il arrivait qu’on trouve sur la plage (sans doute ramenées par la marée) d’énormes chambres à air de tracteurs, encore gonflées. Elles nous servaient de bouées ou de bateaux, mais on les faisait rouler, sinon elles étaient trop lourdes à transporter. Un jour, ce n’était pas une plage de sable, mais de cailloux, et il fallait porter la bouée jusqu’à la mer. On s’était disputés, aucun de nous deux ne voulait la porter, il aurait fallu s’y mettre à deux. Profitant de notre indécision, deux autres garçons s’étaient servis et avaient disparu avec notre bouée géante !

Le gardien de mon frère théâtre Strasbourg
Crédit photo : Chloé Gendre
Le gardien de mon frère, Ronan Mancec, aux Éditions Théâtrales Jeunesse. 8€ — Pour la pièce : 3 filles, 3 garçons et un choeur d’adolescent-e-s.

Ronan Mancec 

Le gardien de mon frère 

Les ressources des Éditions théâtrales jeunesse : ici.

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