Le 2 octobre 2015, La Picolla familia a ouvert la saison 2015/2016 du Théâtre National de Bretagne avec la première de Richard III mis en scène par Thomas Jolly, pièce qui clôt la tétralogie shakespearienne. Compte-rendu.

 

7542-2015_Richar_03Thomas Jolly – ancien élève du TNB ayant reçu le Molière du meilleur metteur en scène pour sa pièce-fleuve Henry VI – était très attendu par le public rennais. Dans l’entrée du TNB, les groupes se formaient alors qu’une question unissait le public en attente : « Est-ce que Richard III sera à la hauteur d’Henry VI ? » La question ne devrait pas reposer sur ce parallèle puisque Henry VI s’étend sur dix-huit heures et représente une véritable performance théâtrale qui ne peut être comparée avec une pièce de quatre heures. Richard III s’inscrit dans une continuité, à la fois au niveau de l’intrigue – après la mort d’Henry VI, Richard fomente un plan pour prendre le pouvoir – et esthétique. La mise en scène de cet épilogue est donc une synthèse, une clôture sinistre de la fresque historique de Shakespeare. Il semble donc cohérent que la Piccola familia reprenne la même « recette » qui avait fait le succès de la mise en scène d’Henry VI. Cependant, une partie du public attendait une apothéose, un spectacle qui dépasserait l’excellence, un spectacle qui confirmerait le talent de Thomas Jolly. Ne voulait-on pas voir tomber l’enfant chéri du théâtre contemporain ?

7545-2015_Richar_06À la sortie, quelques-uns percevaient en Richard III un goût de réchauffé, mais pour une grande majorité du public  – en ovation à la fin du spectacle – Thomas Jolly a signé un épilogue sensationnel. De fait, le public a pu retrouver les attributs d’une scénographie innovante et bien pensée, n’en déplaise à certains, toujours aussi efficace. La continuité entre les deux pièces était exhibée grâce à des écrans diffusant des épisodes d’Henri VI, ce qui permettait au public de se repérer dans les méandres de l’intrigue shakespearienne, riche en retours en arrière.

Saluons également les comédiens, tous égaux dans la qualité exceptionnelle de leur jeu. Thomas Jolly interprète Richard III, ce roi machiavélique, maladif et boiteux, en rock star fascinante, à la fois détestable et attractif.

Lady Anne : Que l’insomnie habite la chambre où tu couches !
Gloucester : Elle y habitera, Madame, jusqu’à ce que je couche avec vous.
Lady Anne : Je l’espère

7546-2015_Richar_07La déchéance du royaume et la monstruosité aussi bien esthétique que morale sont parfaitement rendues sur scène ; pour exemple : Richard III, en costume à plume, gravit avec difficulté les marches menant au trône pour donner un concert rock décadent.

Thomas Jolly a réinvesti le texte de Shakespeare avec audace et intelligence, qualités qui peuvent manquer à la scène théâtrale habituellement programmée. Ce jeune metteur en scène semble défendre un théâtre populaire et novateur. Ce faisant, il réussit à contenter aussi bien les amateurs de théâtre que les moins avertis.

RICHARD III
de William Shakespeare
traduction Jean-Michel Déprats
mise en scène et scénographie Thomas Jolly
compagnie La Piccola Familia
Avec Damien Avice, Mohand Azzoug, Etienne Baret, Bruno Bayeux, Nathan Bernat, Alexandre Dain, Flora Diguet, Anne Dupuis, Émeline Frémont, Damien Gabriac, Thomas Germaine, Thomas Jolly, François-Xavier Phan, Charline Porrone, Fabienne Rivier
Collaboration artistique Alexandre Dain, Pier Lamandé et Julie Lerat-Gersant
Assistant à la mise en scène Mikaël Bernard
Lumières François Maillot, Antoine Travert et Thomas Jolly
Musiques originales et création son Clément Mirguet
Costumes et accessoires Sylvette Dequest, Christèle Lefèbvre et Sylvain Wavrant
Production La Piccola Familia
Production déléguée Théâtre National de Bretagne/Rennes
Coproduction Odéon – Théâtre de l’Europe
La Piccola Familia est conventionnée par la DRAC Haute-Normandie, la Région Haute-Normandie, la Ville de Rouen et soutenue par le Département de Seine Maritime.

Crédit photos : t-n-b.fr

Au théâtre Richard III : Thomas Jolly confirme son audace scénique was last modified: octobre 26th, 2015 by Mélissa Leclerc

Un commentaire

Laisser une réponse

SVP rédigez votre commentaire
Merci d'inscrire votre nom