Le musée de Préhistoire d’Île-de-France : un chef-d’œuvre de béton et de lumière Musée de Préhistoire d’Ile-de-France, 19 octobre 2019-20 octobre 2019, Nemours.

Le musée de Préhistoire d’Île-de-France : un chef-d’œuvre de béton et de lumière
Le musée de Préhistoire d’Île-de-France, à Nemours (Seine-et-Marne), est un musée départemental à vocation régionale. Il présente la Préhistoire de la région parisienne, des premiers vestiges attestant de la présence de l’Homme (vers – 600 000 ans) à la fin de la période gauloise (fin du Ier siècle avant J.-C.).

Adossé à la pente naturelle du terrain, le musée est installé dans un sous-bois aux essences variées (pins, chênes, bouleaux, charmes, noisetiers, acacias) et parsemé de chaos de grès. Ce site naturel pittoresque appartient à la forêt de Nemours-Poligny qui, elle-même, est une extension sud de la forêt de Fontainebleau.

Achevé en 1980, le bâtiment en béton brut de décoffrage et verre est l’œuvre de l’architecte Roland Simounet (1927-1996) qui a conçu également le Musée d’Art moderne de Villeneuve-d’Ascq, l’École Nationale de danse de Marseille, et mené la rénovation de l’Hôtel Salé à Paris pour y installer le Musée national Picasso. Le musée de Préhistoire de Nemours est considéré, par les spécialistes de l’architecture, comme l’œuvre la plus aboutie de Simounet.

Le bâtiment est inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques (ISMH) depuis octobre 2002 et le Ministère de la Culture et de la Communication lui a décerné le label « Patrimoine du XXe siècle ».

Le parcours du musée est chronologique. Les salles, distribuées autour de patios-jardins présentant la flore des différentes périodes de la Préhistoire, sont largement ouvertes vers l’extérieur par de grandes baies vitrées. Des grands moulages de sols (des sites préhistoriques de Pincevent et d’Étiolles) permettent l’évocation du travail de fouille et offrent l’occasion de montrer les vestiges archéologiques tels qu’ils apparaissent lorsque les archéologues les découvrent.

**Un musée au milieu des bois**

L’insertion dans la forêt fût l’obsession permanente de Roland Simounet dès qu’il découvrit le site. Il fit d’abord réaliser un relevé topographique complet où figurent les arbres et les rochers. Il implanta son bâtiment en fonction de ce plan, afin d’affecter l’existant le moins possible. Simounet adopta le béton brut de décoffrage, dans une sorte de mimétisme avec les rochers de grès environnants. Peu à peu, les années aidant, cette imitation de la nature irait en s’accentuant, le béton se patinant et se recouvrant de végétation comme les grès millénaires du parc.

L’architecte a travaillé aussi savamment les élévations et les surfaces : d’élégantes et graciles modénatures viennent scander les façades et s’élancent en direction des grands pins du sous-bois, les traces des nœuds des planches des coffrages sont conservées imprimant au béton une allure sylvestre. L’architecture se fait arbre, mais la forêt doit aussi entrer dans le musée. Dans l’esprit des préhistoriens, ce sous-bois clair que la lumière du jour transperce de tous côtés évoque les paysages de la fin de la Préhistoire dans la région. Le sous-bois doit donc dialoguer avec les objets du musée. Pour cela, Simounet a créé des ouvertures permettant la fuite vers l’extérieur, quel que soit l’endroit du parcours où l’on se trouve, quelle que soit la direction empruntée par le regard. À l’intérieur, comme dans le sous-bois, la lumière naturelle rentre de toutes parts : par les grandes baies, par les patios-jardins et par les sheds du toit.

**Un programme scientifique contraint**

Le programme architectural, voulu par Simounet et qui a remporté le concours lancé par le Département de Seine-et-Marne en 1974, était néanmoins fortement guidé par les exigences de la commande. Le projet scientifique qui fut livré à l’architecte, par le maître d’ouvrage, était extrêmement précis, imposant des contraintes lourdes et réduisant fortement la liberté de création.

Dans les demandes faites à l’architecte figurait, entre autres, l’obligation de créer un double parcours comportant des salles principales, destinées à un public non averti et censées présenter le quotidien des peuples du passé et de salles secondaires conçues sur le modèle des galeries d’étude ; la référence en la matière étant la galerie d’étude du musée national des Arts et Traditions Populaires à Paris.

**Une œuvre rigoureuse**

La lisibilité et la cohérence d’ensemble du bâtiment tiennent à l’extrême simplicité du plan au sol : un carré de cinquante mètres de côté subdivisé en quatre carrés plus petits qui constituent les modules de bases de la construction. Une seule ouverture conduit au hall d’accueil monumental et volontairement sombre. De là, une rampe majestueuse monte vers la salle d’exposition temporaire et les salles d’exposition permanente, et vers la lumière. Tous ces espaces sont répartis le long de la pente naturelle du terrain et sont reliés entre eux par des rampes qui rattrapent la dénivellation du sol du sous-bois.

L’impression d’unité est renforcée par le travail sur les matériaux et les couleurs qui s’harmonisent en un dégradé de gris allant de l’anthracite des ardoises du sol au blanc laiteux des plafonds.

L’ensemble des éléments muséographiques a été dessiné par Roland Simounet. La muséographie choisie, minimaliste, s’est voulu la plus discrète possible, laissant le devant de la scène à l’objet et à la reconstitution des modes de vie du passé.

**Le musée aujourd’hui**

En raison d’infiltrations d’eau récurrentes, des travaux de rénovation des toitures terrasses et des menuiseries extérieurs ont été réalisés au cours de l’année 2018.

Roland Simounet accordait une grande importance à l’écoulement des eaux de pluie. Il a conçu un système d’écoulement des eaux, de terrasses en terrasses, par un jeu de gargouilles ou exutoires, et de descentes ouvertes en béton aboutissant dans des regards. C’est un système fonctionnel mais les défauts d’étanchéités des toits-terrasses (du reste récurrents sur ce type de couverture) ont posé de réels problèmes de restauration.

La maîtrise d’œuvre a été confiée à l’Agence « 1090 architectes » ; les travaux ont été effectués sous la direction de Guillaume Moine et Floriane Le Bris. Basée à Paris et créée en 2014, « 1090 architectes » est une agence d’architecture spécialisée dans la restauration et l’aménagement d’édifices ou de sites à forte valeur patrimoniale.

Le musée a été fermé au public du 1er janvier au 15 septembre 2018, et les travaux se sont terminés au début de l’année 2019.

Aujourd’hui, le musée a presque 40 ans. Il occupe encore à ce jour une place particulière dans l’imaginaire de nombreux architectes. Pour preuve la publication d’un livre en 2018 consacré au musée de Préhistoire et à Roland Simounet :

« Un enclos dans la forêt. Roland Simounet. Le musée de Préhistoire de Nemours », Ouvrage collectif éd. Les Productions du Effa, Paris, 2018, p. 112 p.

Ce livre constitue une sorte de radiographie de l’état d’un bâtiment quarante ans après son achèvement. Il questionne l’adaptation du musée à son époque : la pertinence de ses fondements théoriques et de ses dispositifs architecturaux.

Rangé, dans les années 1980, dans le courant des architectes « brutalistes », Roland Simounet appartient à la deuxième génération des Modernes, qui réinterprète de façon originale l’héritage de Le Corbusier.

Le musée de Préhistoire participe pour la première fois aux Journées nationales de l’Architecture. Visite libre et gratuite.
Journées nationales de l’architecture
Musée de Préhistoire d’Ile-de-France 48 avenue Etienne Dailly 77140 Nemours Nemours Seine-et-Marne
Dates et horaires de début et de fin (année – mois – jour – heure) :
2019-10-19T14:00:00 2019-10-19T17:30:00;2019-10-20T10:00:00 2019-10-20T12:30:00;2019-10-20T14:00:00 2019-10-20T17:30:00