Rennes Expo Musée de Bretagne : J’y crois, j’y crois pas ! Magie et sorcellerie dans 1 novembre 2017-2 avril 2018, Rennes Les Champs Libres Les Champs Libres. Tarif : 4€ à 6€

Jouer au loto un vendredi 13, passer sous une échelle… Quelle place faisons-nous dans notre société à ce que les esprits dits cartésiens appellent l’irrationnel et qui relève d’une autre culture que la culture scientifique dominante ?
Dès la naissance, bonheurs et malheurs s’entremêlent dans nos vies. Nous voyons dans la bonne fortune et le mauvais sort les manifestations opposées de forces invisibles, manipulées ou non par des experts de l’insaisissable, voyants, guérisseurs, sorciers…
Lorsqu’un désenvoûteur, au service de son client, pique avec des épingles l’image d’un jeteur de sort, le fait-il pour le bien ou pour le mal ? Le domaine de la magie est celui de l’incertitude, de l’ambiguïté et du doute. Quand pratiques et rituels s’attachent à forcer le destin au gré des désirs de chacun, c’est l’intention, la bonne ou la mauvaise volonté qui dictent leur loi.
Avec le regard de l’ethnologue, l’exposition invite à se questionner sur un sujet toujours bien présent dans notre société contemporaine, près de nous, en Bretagne, comme partout en France, en s’abstenant de tout jugement, a priori, sur les phénomènes en cause.
Car s’agissant de « croyance », qui d’entre nous peut prétendre qu’il n’a jamais cru et ne croit à rien, ou à rien d’autre qu’à la science ?

Musée de Bretagne magie

MAGIE ET SORCELLERIE J’Y CROIS OU PAS ?
PERCEVOIR LE MONDE
Certains événements semblent échapper à toute explication rationnelle. Aussi, la magie fascine et interroge nos perceptions. N’est-il pas tentant de passer de l’autre côté du miroir, pour « savoir » et éventuellement y croire ?
De la peinture au cinéma en passant par la littérature et la bande-dessinée, notre monde regorge de représentations de pratiques magiques… et de leurs praticiens. Mais pourquoi donc le sorcier est-il si souvent un personnage féminin à l’allure repoussante ou a contrario une métaphore de la tentatrice ?
Dans ce monde complexe et caché, où se côtoient voyants et devins, sorciers et désorceleurs, voici quelques clés de lecture pour « apprivoiser » le sujet et ses codes, ses représentations et pratiques actuelles…

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LES IMAGES DU MAGIQUE
L’évocation du mot sorcellerie surgissent immédiatement dans nos esprits images de bûchers, d’inquisiteurs et de vieilles femmes au nez crochu. Quant à la magie, elle évoque tantôt un personnage bienfaisant, tantôt un esprit maléfique… réunis par un même don : le pouvoir de changer le réel.
Notre compréhension du fait sorcellaire est en effet nourrie depuis des siècles par un mélange de faits historiques et de légendes populaires, amplifiés et transmis par les références culturelles, religieuses et artistiques de notre société. Le Malleus Maleficarum, édité en 1487, se présente comme un véritable traité de chasse aux sorcières. Près de quatre siècles plus tard, La Sorcière de Michelet, dans une veine plus romantique, dépeint un personnage positif, une femme victime et révoltée.
Depuis le 20e siècle, c’est le cinéma qui prend le relais de ce genre toujours très populaire : des Sorcières de Salem au jeune Harry Potter et son école des sorciers, reproduisant certains stéréotypes tout en renouvelant le genre.

QUAND L’INVISIBLE FAIT SIGNE
Les signes sont innombrables pour qui est attentif aux manifestations de l’invisible. « La grande difficulté, c’est de les interpréter » disait le voyant Marcel Belline au début des années 1980.
Dans la tradition occidentale, la divination s’est développée au cours des siècles à partir des astres, du tirage de cartes, des reflets ou du corps.
Point de place pour le hasard : la configuration des éléments célestes ou des matériaux terrestres, à un moment donné, réfléchit nécessairement la situation des individus.
Les « coïncidences » existent-elles vraiment ? Qui d’entre nous n’a pas eu le sentiment d’étranges croisements entre les destinées ?
Cartomancien, chiromancien, astrologue… à chaque expert sa pratique pour un même but : révéler l’invisible.

SIXIÈME SENS
Voyants chez nous, sorciers-guérisseurs en Afrique et chamanes dans les cultures orientales ou américaines : ils ont la capacité de dépasser les données immédiates fournies par les cinq sens.
Dans les images perçues par les médiums, « l’œil n’a rien à voir », comme le disait un voyant à propos de ses incursions dans l’au-delà. Le « troisième œil » de la voyance, représenté traditionnellement en bas du front, relève de la métaphore : « ouvrir » ce troisième œil fait partie de l’apprentissage des médiums, qui cherchent l’accès à un état de conscience modifié leur permettant de percevoir les êtres et les choses au-delà des apparences.
La subtilité des sensations en cause, leur fugacité parfois, fait douter de leur réalité. Hallucinations ? Le danger, c’est la folie. Un tel risque explique toute l’importance des rituels dans le domaine de l’occulte. Leur répétition permet de canaliser les énergies du médium et de sécuriser le lien avec cet
autre monde.

MAGIE BLANCHE OU MAGIE NOIRE ?
Le don qui permet aux médiums d’accéder à l’invisible n’est ni bon ni mauvais en soi. C’est l’intention de ces derniers qui en fait des guérisseurs, des désenvoûteurs ou des sorciers. Les forces mobilisées peuvent être utilisées pour le « bien » ou pour le « mal », catégories toutes relatives selon le côté où l’on se place dans une situation de conflit.
Le désorceleur de l’un n’est-il pas le sorcier de l’autre ? Il en va donc de la magie comme de toute énergie, elle fait, protège et fait vivre, ou elle nuit selon l’intention qui la guide.
Le pouvoir magique permet de propager le mal ou le faire disparaître ; il suit
un processus basé sur la révélation du malheur sorcier et la manière de s’en
défaire ; à l’opposé, il agit pour d’autres à la quête du bonheur sorcier, en amour  ou argent. Quant au sorcier, il dit chercher à satisfaire son client…

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L’AGRESSION MAGIQUE EN QUESTION
En dépit du stéréotype de la sorcière, l’agresseur, porteur du « mauvais œil », a généralement une apparence tout à fait ordinaire. Il est désigné par la rumeur publique ou par un voyant, ou encore suspecté par ceux qui se sentent « pris dans les sorts ». Le malheur  sorcier est révélé par un « annonciateur » qui, devant la répétition de malheurs divers, leur fait découvrir qu’ils sont ensorcelés et par qui. Il s’agit souvent d’un proche avec qui la victime est en situation de conflit.
Le désenvoûteur engage la personne visée à rechercher dans son propre environnement les supports matériels qui auraient servi à son ensorcellement : figurines piquées d’épingles, boules de plumes, ou tout autre objet incongru placé dans ses affaires. Pour assurer le transfert de l’intention maléfique, ces supports comportent souvent des fragments du corps ou des possessions de la victime. Le sorcier est censé avoir procédé au moyen de rituels divers transmis par la tradition orale et des textes de mauvaise réputation, mais les forces psychiques mises en jeu fournissent sans doute la trame la plus redoutable du drame.

« DÉLIVREZ-NOUS DU MAL »
Les victimes des sorts s’adressent tantôt à l’exorciste de leur diocèse tantôt à un voyant qui fait office de désenvoûteur. Dans cet univers inquiétant où le bien et le mal s’affrontent sans merci, seuls des personnages « forts » peuvent, sans danger pour eux-mêmes et efficacement pour les ensorcelés, s’engager dans une sorte de corps à corps avec les forces maléfiques mises en branle par l’agresseur.
Le combat contre les sorts passe généralement par la destruction des supports maléfiques et la purification de l’environnement des victimes. Ces dernières sont invitées à se doter d’objets chargés au contraire de forces protectrices et bienfaisantes, notamment ceux bénis par l’Église ou relevant du répertoire chrétien. Mais, ces objets tirent aussi leur efficacité de l’imaginaire collectif qui s’attache à certaines formes géométriques ou à certaines substances, telle l’eau, toujours purificatrice. Amulettes et talismans, qui font office de contre-sorts préventifs et de porte-bonheurs, obéissent à des logiques symboliques comparables.

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SOIGNER ET SE SOIGNER
Guérisseurs, magnétiseurs, leveurs de feu… s’agit-il de forces « magiques » qui soulagent les patients de maux divers sans même parfois toucher les corps, ou à grande distance ?
Lorsqu’il n’est pas installé comme guérisseur, le possesseur d’un don de guérison ne se fait traditionnellement pas payer : il se pense comme un simple canal entre une énergie qui le dépasse et la personne souffrante. Il soigne parfois à partir d’une photographie ou d’une lettre manuscrite.
Les saints guérisseurs, si proches du « divin médecin », bénéficient d’une forte aura, tandis que les secours accordés par l’au-delà ont fait longtemps l’objet d’ex-votos. Par ailleurs, dans la prévention des maladies et la recherche de la  guérison, certains objets par leur forme ou leur matériau sont crédités  d’une efficacité tangible.
Les patients cumulent fréquemment divers moyens thérapeutiques à leur disposition, depuis la médecine officielle jusqu’aux démarches alternatives, en passant par les recours religieux. En dépit de l’hostilité séculaire de la médecine académique à l’égard de méthodes qu’elle considère comme « superstitieuses », les patients ne voient généralement pas de contradiction entre ces différents modes du combat contre la maladie et la souffrance. Ils recherchent « ce qui marche ». L’efficacité ressentie est ici le critère majeur de leur choix.

LE « DORMEUR DE MAUX »
Magie et sorcellerie donnent lieu à des histoires, des récits et des travaux anthropologiques, telles les recherches de Jeanne Favret-Saada dans le bocage de Mayenne ou les descriptions d’un monde fantastique par Claude Seignolle.
C’est avec un univers de création artistique, celui de la Compagnie de théâtre La Volige et son spectacle Les Malédictions, basé sur le collectage et la marionnette, que le parcours se termine. Il ne s’agit pas ici de donner des réponses mais de donner à voir et entendre une histoire, entre la réalité du collectage et la fiction créative : celle d’un dormeur de maux.
Scénographie et dramaturgie s’articulent autour de la notion d’ancrage dans le réel, à la lisière du théâtre documentaire, en montrant le processus de collectage : récit fictionnel, installations plastiques et moulage d’objets en plâtre, voix enregistrées, témoignages vidéo…
On y retrouve deux motifs familiers aux ethnologues : la cuisine comme lieu de l’action et la contagion magique comme fil conducteur du récit.

CONFORT ET ACCESSIBILITÉ POUR TOUS
Quiz, manipulation d’objets, etc., l’exposition se veut aussi ludique et participative. Divers ateliers permettent à chacun de faire « un état des lieux » de ses croyances et d’aborder des éléments complexes du monde sorcellaire.
Fort de son label « Tourisme et handicap », le musée de Bretagne veille à adapter ses expositions pour les rendre accessibles à tous. Des visites adaptées aux personnes en situation de handicap (visites tactiles, visites interprétées en LSF, etc.) sont prévues. De même, l’ensemble des films diffusés sont sous-titrés, afin d’en assurer l’accès aux personnes sourdes et malentendantes. Sièges et bancs sont également présents tout au long du parcours pour assurer le confort de tous. Pour les visiteurs étrangers, les textes principaux de l’exposition sont traduits en anglais.

PROGRAMMATION CULTURELLE
Rencontres, conférences, ateliers familles, concerts, spectacles et projections accompagnent l’exposition pendant toute sa durée.

QUELQUES RENDEZ-VOUS

samedi 18 novembre à 15h30 : La sorcellerie en France aujourd’hui, conférence par Dominique Camus.
dimanche 3 décembre à 16h : Croyances et superstitions, film documentaire.
jeudi 11 Janvier – 20h30 : Jour de colère film de Carl Theodor Dreyer.
jeudi 8 février à 18h30 : Histoires extraordinaires de sourciers, café histoire avec Thierry Gautier.
mercredi 21 février à 18h et 20h : Révisez vos classiques Médée à l’Opéra (durée : 1h)
samedi 10 mars à 15h30 : Présumées coupables, conférence avec Fanny Bugnon

ET TOUT AU LONG DE L’EXPOSITION
Nicolas Bonneau de la Compagnie La Volige propose au sein de l’exposition, une approche sensible et artistique du sujet.
Le temps d’un week-end : les Jours étranges – du 3 au 5 novembre 2017
Le souffle des Premiers dimanches des Champs Libres va s’installer le temps d’un week-end. 3 jours de performances, partages et découvertes artistiques et culturelles autour de la magie et du mentalisme : spectacles, projections, concerts et autres bizarreries sont présentés en partenariat avec l’association Ay-roop.

New Slaves (Sylvan Jack, Arno de France) : Satan’s techno sur la croisette

Légendes Photos

  1. La sorcière Michaëla, Candido Aragonez de Faria, fin du 19e siècle – début du 20e siècle, Musée de Bretagne
  2. La tombe à la fille, Forêt de Teillay, Alain Amet, fin du 20e siècle, Musée de Bretagne
  3. Le chêne à la vierge, Forêt de La Guerche, Alain Amet, fin du 20e siècle, Musée de Bretagne
  4. Les saints guérisseurs bretons, Hély, 20e siècle, Musée de Bretagne
  5. Pendentif avec khamsa et œil bleu, 20e siècle, Collection Mucem
  6. Marionnettes du spectacle Les Malédictions, La Volige, 2017 © Richard Volante
  7. Madame Carmen, voyante devant sa baraque, Pierre Soulier, 1961, Collection Mucem
  8. Naïa, la sorcière du vieux château donnant consultation, Charles Géniaux, 1890, Collection MuCEM
  9. Rebouteuse, Charles Géniaux, 1890, Collection MuCEM
  10. Remède de bonne femme, Charles Géniaux, 1890, Collection MuCEM
  11. Poupée d’envoûtement, 3e quart du 20e siècle, Collection MuCEM
  12. Rassemblement de druides, Raphaël Binet_1906, Musée de Bretagne
  13. Plaque de porte du cabinet de Belline, 3e quart du 20e siècle, Collection MuCEM
  14. Saint Yves de Vérité protecteur des honnêtes gens et de leur familles, Bazouge veuve (éditeur), 1892, Collection MuCEM
  15. Répétition du spectacle Les Malédictions, Compagnie La Volige, 2017 © Richard Volante
  16. Statue de guérisseur, début 20e siècle, Collection MuCEM
  17. Sorcière favorisant les amours de deux jeunes gens, Charles Géniaux, 1890, Collection MuCEM
  18. Une leveuse de trésors, Charles Géniaux,1890, Collection MuCEM

Accès
Métro : stations Gares, Charles de Gaulle
Bus : arrêts Champs Libres/Magenta, Colombier, Gares Gare SNCF et gare routière à 100 m Parking : Charles de Gaulle
Horaires d’ouverture
Du mardi au vendredi de 12h* à 19h
Samedi et dimanche de 14h à 19h
Fermeture le lundi et jours fériés
* 10h pendant les vacances scolaires / 13h en juillet/août
Tarifs :
6 euros (plein tarif)
4 euros (tarif réduit)
16 euros (Forfait 5 pers.)

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