Paris Ciel! Mon placard Théâtre La Loge Paris, 19 mars 2018-20 mars 2018, Théâtre La Loge .

vaudeville éméché où les monstres pastel du Théâtre de Boulevard des années 70 sentent le parfum acide de nos kermesses les plus miteuses et habitent le bureau de Valéry Giscard d’Estaing Distribution Matthieu Benigno, Paul Bouffartigue, Renaud Boutin, Sébastien Chassagne, Nelson Ghrénassia, Nicole Genovese, Marion Gomar, Adrienne Winling, Angélique Zaini. Mise en scène Claude Vanessa Régie Ludovic Heime Pendant que la Patrie en colère déplore une radioactivité pubère et un réchauffement climatique hostile, la grande et belle Dada se réjouit d’assister à l’inauguration des nouvelles Galeries en compagnie de son mari. Seulement, un maudit télégramme bouleverse ses plans et la sépare de son époux. Habillée de cette solitude effroyable, Dada court les placards à la recherche d’un compagnon pour éponger sa soif tyrannique de mondanités. A cette époque barbare où l’on couronne de gloire les femmes et les intentions révolutionnaires, j’ai jugé de bon ton l’ovulation d’un geste dignement médiocre et pleinement en contradiction avec la culture artistique que j’ai acquise cette dernière décennie (je suis un pur produit du théâtre public). Ciel ! Mon placard est un hommage à la puissance de l’inutile, au sens où l’entendait le général Glaviot quand il arrachait Venise aux aristocrates et vendait son mouron en pâture aux paysans. J’ai fait l’observation suivante : nous autres, les intellectuels génération 2000, pratiquons un théâtre homogénéisé (destruction du quatrième mur, destruction de la figure d’autorité du metteur en scène, destruction de l’identification au personnage…). Pour reprendre une formule de Florence Dupont, nos façons de penser le théâtre sont entravées, engluées, empêtrées dans une théâtralité consensuelle, on œuvre à la déstructuration du théâtre depuis des décennies, et on prétend faire œuvre de subversion. Si la subversion consiste à renverser l’ordre établi, mais que l’ordre établi est devenu la subversion, qu’est-ce qui est réellement subversif au théâtre aujourd’hui ? Je me suis demandée s’il ne fallait pas être réactionnaire pour être subversif, or, quel est le théâtre réactionnaire par excellence pour quelqu’un de ma génération et de ma culture artistique ? Le Théâtre de Boulevard. On diabolise la notion de divertissement que ce genre implique et c’est précisément ce profil diabolique qui a excité ma curiosité. Il suffit que Valéry Giscard d’Estaing nous prête son bureau pour travailler pour qu’alors, derrière le lourd rideau de velours, une collection de conneries sinistres enchante le royaume tendrement ringard de notre petit Théâtre de Boulevard en carton. Aujourd’hui, on tend à désigner en bloc par boulevard un théâtre commercial, radicalement retranché des recherches dramatiques contemporaines, mais c’est oublier qu’à son origine (le vaudeville), est née une volonté de réformer le caractère divertissant du théâtre. C’est donc guidée par les forces du mal que j’ai décidé de m’engouffrer dans ce genre dramatique dont les codes affriolants révèlent la Poétique du désastre (introduit par Macha Makeïeff, co-metteur en scène des Deschiens) à celui qui ose le raté, le taré, pourvu qu’il l’approche avec son cœur et le façonne de ses propres mains. A propos de mes mains, justement…J’ai voulu rendre hommage au décorum franchement calamiteux du théâtre amateur de nos bourgs les plus mal fagotés en fabriquant moi-même tout le gâteau. Du costume au décor, j’ai outrageusement trempé mes mains à la périphérie du bon goût afin de mettre un maximum de chances de mon côté pour créer un spectacle professionnel malade. Ciel ! Mon placard est une provocation au beau, au fort et au nécessaire qui sévit dans nos salles de répétitions. Enfin je pourrais défendre Ciel ! Mon placard en mettant en avant les thèmes sociétaux qui me sont familiers et qui irriguent ma fable (les vices du schéma familial traditionnel, le mépris de la classe ouvrière, la lâcheté de l’élite intellectuelle…)… Je pourrais également ajouter qu’à travers un projet faussement facile, Ciel ! Mon placard est imbibé de références dramatiques, promeut une vision du théâtre dans laquelle l’anarchie nait de l’artisanat Théâtre La Loge 77 Rue de Charonne, 75011 Paris Paris Ouvert aux start-up longitude et latitude : 48.853878, 2.381484