De son nom civil Emile Le Scanff, le grand « barde de petite Bretagne » se baptisa Glenmor (1931-1996) et s’appelait dans la langue des ses aïeux Milig Ar Skanv. Ces trois noms différents, mais tous authentiques rendent bien compte de la complexité paradoxale de ce chantre de l’identité bafouée qui jamais ne fut inféodé aux idéologies ni aux modes. Le libertaire poète (trop facilement défini comme Léo Ferré breton) – anticlérical éructant et tendre mystique la foi bien ancrée au cœur – méritait-il vraiment l’hommage si banalement figé qui trône entre Enfer et volière du parc du Thabor à Rennes ?

 

glenmor thabor

Erigée en 1998 (soit deux ans après son trépas) au cœur du parc du Thabor l’esthétique de la stèle réalisée en hommage à Glenmor par Jean Fréour pose encore question à de nombreux rennais. Bien sûr, les goûts et les couleurs se discutent toujours ! Mais celui qui fut un perpétuel impertinent, véritable trouvère breton, seul héritier en chanson du libre Xavier Grall, qui chantait la liberté des herbes folles et des blés sauvages méritait-il vraiment de voir sa figure ainsi figée parmi des massifs fleuris, agréables certes, mais contrits, forcément, et contraints. Certes, depuis le décès du compositeur de Kan Bale an A.R.B et auteur des superbes romans La Sanguine et La Férule, de nombreuses municipalités de Bretagne lui ont rendu hommage en baptisant des rues de son nom d’artiste (Bannalec, Chateaugiron, Elven, Lanester, Merlevenez, Plonéis, Plouhinec, Pont-Scorff, Poullan-sur-Mer, Quéven, Quimper), pour ne rien dire d’une des scènes principales du festival des Vieilles Charrues dénommée scène Glenmor… Il n’en demeure pas moins que cette étrange stèle au cœur du principal parc d’une ville qui ne fut pas, loin de là, le cœur de son œuvre interroge (bien qu’il ait obtenu en 1952 un diplôme de philosophie à l’Université de Rennes 2). Mais n’est-ce pas là le moins que puisse faire une œuvre d’art ? La question reste posée… et la meilleure des réponses, en tout ironie, sourire et humour se trouvera sans doute dans l’une des nombreuses intemporelles chansons de l’irrévérencieux créateur de l’inénarrable  Princes, entendez bien !

GLENMOR AN DISTRO 

freour glenmorJean Fréour, (8 août 1919 à Nantes /11 juin 2010 à Batz-sur-Mer), est un sculpteur français. Sculpteur figuratif, Jean Fréour fait ses études à Nantes, puis au Maroc. De retour en France, il passe son baccalauréat à Bordeaux et décide de devenir sculpteur. Admis à l’École des beaux-arts de Bordeaux en 1936 il fréquente l’atelier de Charles Louis Malric (1872-1942) puis, pour une courte période, l’atelier de Henri Bouchard à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Il devient rapidement membre du mouvement artistique breton Seiz Breur (les décors muraux en bois de la crêperie Ar Pillig à Rennes demeure un admirable exemple de l’art vivant de ce mouvement artistique bretonnant). Il sculpte ses œuvres dans des matériaux très divers : le schiste, le marbre, le granit, l’onyx, la pierre bleue de Nozay ou des bois venus d’Afrique, comme l’izombé, mais réalise également des statues en bronze. Ses œuvres sont marquées au sceau du régionalisme et d’une identité bretonne imprégnée de la foi catholique. En 1955, il décide de s’établir à Batz-sur-Mer dont il est élu maire durant un an. En 1995 il est décoré du collier de l’ordre de l’Hermine. (photographie : Mikhail Evstafiev)

Sur Glenmor :
Terre insoumise aux yeux de mer, Louis Bertholom et Bruno Geneste, 1997, éd. Blanc-Silex, Quimper
Barde de Petite Bretagne, Yann Goasdoué, 2001, in Cahiers de l’Association bretonne
Glenmor, Barde, Pèlerin & Contrefait, 2004, Xavier Grall, Hervé Le Borgne, éd. Coop Breizh

Texte : Thierry Jolif  Dessin : Michel Heffe

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