mer 8 février 2023

Rennes. Terreur de la compagnie Caravane, un procès dont vous serez le juré les 13 et 14 janvier

Terreur, la pièce de théâtre interactive de Ferdinand Von Schirach parue en 2017, fait l’objet d’une nouvelle adaptation par la compagnie Caravane. Accompagnée par les Tombées de la nuit, Terreur retrace le procès du Major Lars Koch, jugé pour ne pas avoir suivi les ordres de sa hiérarchie provoquant la mort de 164 civils, contre des milliers s’il n’était pas intervenu. La pièce sera présentée place Hoche, à la faculté de Sciences Économiques les 13 et 14 janvier 2023. C’est sans terreur qu’Unidivers est allé à la rencontre du metteur en scène, Gaël le Guillou-Castel.

À l’heure où le terrorisme sévit en Europe, Ferdinand Von Schirach, publie Terreur en 2017. Cette pièce de théâtre, fictive et interactive, met en scène un procès où le rôle de juré d’assise est confié au lecteur. Ces derniers sont amenés à s’interroger sur la question de la légitimité et de la légalité, le respect de la hiérarchie et l’impératif moral. La compagnie Caravane, dont Gaël le Guillou-Castel est l’un des fondateurs, décide d’en proposer une version qui sera jouée à la faculté de Sciences Économiques les 13 et 14 janvier 2023.

Terreur compagnie caravane
©Julia Riggs Maël le Guillou-Castel

Le format participatif et immersif de Terreur a tout de suite interpellé la compagnie qui explore depuis toujours la manière dont les spectateurs s’intègrent à l’espace de fiction le temps de la représentation. « Il y a quelques années, on a monté un spectacle qui mettait en scène un mariage dont les spectateurs étaient les invités de la noce », explique le metteur en scène. « Il ne s’agissait pas d’un spectacle participatif dans le sens où on ne forçait pas les gens à faire des choses, mais c’était un spectacle plutôt immersif où l’enjeu d’être ensemble autour d’un objet de fiction était important. » 

L’histoire de la pièce de théâtre se déroule en 2013 à Berlin et nous projette au cœur du procès du Major Lars Koch. Pilote de l’armée de l’air allemande, il fut traduit en justice pour avoir délibérément abattu un avion. Ce dernier était piloté par un terroriste qui avait l’intention de détourner l’engin et de le fondre sur un stade rempli de milliers de personnes. Les 164 civils à bord de l’avion n’ont pas survécu… Le major est non seulement tenu responsable de la mort des passagers, mais est surtout jugé pour avoir agi de son propre chef et ainsi rompre la chaîne de commandement.

Terreur compagnie caravane
© compagnie Caravane

La création est à replacer dans le contexte plus général des années 2000. Comme dans une large partie des états occidentaux, l’Allemagne révise sa loi de protection du sol suite aux attentats de 2001 aux États-Unis. Une loi de protection aérienne qui impliquait, en cas de force majeure, la possibilité d’abattre un avion, y compris civil, pour la protection du territoire a été défendue par le ministre de la Défense et votée par le parlement. La loi a ensuite été jugée anticonstitutionnelle au regard de l’article 1er de la Constitution, « la dignité de l’homme est intangible », ce qui signifie, « qu’on ne peut réduire les gens au rang d’objet », comme l’explique Gaël le Guillou-Castel.

Si on prend en compte l’aspect purement institutionnel, le Major Lars Koch est coupable. Sans oublier qu’il n’est qu’un rouage dans la grande mécanique hiérarchique militaire et qu’aucune décision ne peut être prise si l’ordre n’a pas été donné. Mais d’un autre côté, le major désobéit car sa conscience morale le conduit à prendre cette décision en dépit de la rigueur protocolaire. Une centaine de morts contre des milliers, malgré l’issue tragique des deux options, un choix doit être fait pour sauver le plus grand nombre. Vu sous cet angle, il est difficile d’avoir un jugement purement manichéen. Le Major Lars Koch est convaincu d’agir pour le bien et la sécurité de tous et, auquel cas, il peut être acquitté. Où commence et où s’arrête le sens du devoir face aux convictions et à la vision subjective de celui qui pense être juste dans sa lecture du réel ? Agir ou ne pas agir telle est la question…

Terreur
© Compagnie Caravane

Le spectacle se divise en quatre étapes qui reprennent les phases rituelles du procès. L’instruction qui est l’acte d’accusation, l’interrogatoire, le réquisitoire et le plaidoyer, le vote et la sentence. Gaël le Guillou-Castel considère avoir envisagé la pièce « très modestement en tant que metteur en scène dans la mesure où tout est régi par les codes du tribunal qui est aussi un spectacle en soi ». Et c’est à l’avant-dernière étape de la pièce que le public joue son rôle. Après s’être forgé un avis tout au long du procès, il est temps pour les jurés de rendre leur jugement. Acquittement ou condamnation ? Les spectateurs sont alors invités à placer dans une urne prévue à cet effet le résultat de leur réflexion.

Cette manière dont Terreur interroge le public et l’embarque au sein d’une réflexion philosophique complexe, tout en restant impartial, est ce qui ce qui intéresse le plus Gaël Guillou-Castel. « Le spectateur, ou le lecteur, se débrouille seul. Le jeu juridique est fondé sur le débat contradictoire où deux vérités antagonistes sont proposées ». Le metteur en scène souhaite créer un espace de débat et d’échange au sein duquel le spectateur serait poussé à se poser des questions et à mettre ses certitudes à l’épreuve. Six ans après la première lecture de Terreur, Gaël le Guillou-Castel ne sait toujours pas quel parti prendre. « J’ai été complètement retourné par le désarroi intellectuel que la lecture de la pièce a suscité chez moi. Le scénario pose un dilemme où aucune proposition n’est la bonne. Je me rends compte que mes convictions morales, que je croyais pourtant fermées et affirmées, ne le sont pas. Peut-on se fier à nos seules intuitions morales ? »

Terreur compagnie caravane
© Compagnie Caravane

Le théâtre comme lieu de mise en commun et de partage guide la démarche artistique de Gaël le Guillou-Castel. Une autre de ses créations, un seul en scène, aborde le thème de la virilité. Au même titre que Terreur, il lui semble important de partager une réflexion sans prétendre être dans la vérité. Bien que le sujet soit complexe, la pièce s’appuie sur une situation, certes fictive, mais assez proche de la réalité pour que chacun puisse se l’approprier à sa manière et ainsi en faciliter la compréhension.

Terreur mise en scène par Gaël le Guillou-Castel et interprétée par la compagnie Caravane.

Vendredi 13 janvier de 20h00 à 22h30 et samedi 14 janvier de 16h00 à 18h30.

Faculté de Sciences Économiques, 7 place Hoche, 35 000 Rennes

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