L’opéra souffre toujours d’une image élitiste. Art populaire au 16e siècle, il est devenu l’apanage de l’aristocratie et de la bourgeoisie par la suite. Si la réalité est autre, il est encore nécessaire de tordre le cou à quelques idées reçues pour aider à franchir le pas et oser pousser les portes de ces édifices qui impressionnent toujours un peu. Samedi 14 mars, l’Opéra de Rennes s’y est employé. Compte-rendu.

 

Régulièrement l’Opéra de Rennes ouvre ses portes, à des publics spécifiques (scolaires, associations caritatives, personnes à mobilité réduite, mal voyants…) ou au plus grand nombre lors des journées du patrimoine ou des opérations Opéra ouvre-toi. opera-rennes-viiteIls étaient nombreux les Rennais venus samedi découvrir, souvent pour la première fois et en famille, l’envers du décor.

Tout commence par une visite. Par petits groupes on découvre d’abord la partie émergée de l’iceberg. Le foyer du public offrant la plus belle vue sur la place de la Mairie et la maison commune. L’occasion pour notre guide de rappeler l’historique de l’édifice conçu par Charles Millardet et bâti par Pierre Louise. Ici bien sûr tout rappelle la musique – les plus grands compositeurs sont évoqués – mais aussi la Bretagne pour l’œil aiguisé qui repérera des représentations de bombardes et cornemuses. Tout naturellement le groupe se dirige vers la salle. Si elle impressionne par ses rouges et ors opulents nombreux se l’imaginaient plus grande. Il faut dire qu’avec ses 642 places c’est l’un des plus petits opéras en France. On est loin des 2000 places de l’opéra Garnier ou des 2300 du Liceu de Barcelone, mais dans cette petite salleopera-rennes-coursive à l’Italienne on profite pleinement du spectacle, des voix et de la musique. Bien sûr il y a les places de choix, les loges du premier balcon, autrefois dévolues aux aristocrates, ou le parterre dont devaient se satisfaire les bourgeois. Par la suite la loge centrale deviendra la loge du maire, quant aux loges d’honneur -donnant directement sur l’avant-scène – l’une sera celle du préfet l’autre celle du général. Si elles ne permettent qu’une vision médiocre du spectacle, elles offrent une vue imprenable sur la salle. Voir et être vu… Pour ce qui est du poulailler, le dernier balcon, les plus modestes s’y retrouvaient serrés comme des volailles. Certes la vision de la scène est loin d’être la meilleure, mais l’acoustique y est remarquable. Et si le terme poulailler est rebutant appelons le paradis on y est plus près…du ciel, le plafond peint par Jean-Julien Lemordant.

opera-rennes-backstageVient enfin le moment de découvrir l’envers du décor, direction les coulisses. La porte qui y mène est à l’image de ce qui va suivre, exiguë. Si le plateau offre des volumes impressionnants, il n’en est rien des loges destinées au maquillage et à la coiffure. Les chanteurs s’y succèdent, parfois trois heures avant le début du spectacle, puis attendent dans le tout aussi spartiate foyer des artistes. Hors de question de remonter dans leurs loges, une jambe cassée ou un ascenseur bloqué et la représentation est annulée…

opera-rennes-costumesDe coursives en escaliers on arrive à l’atelier costumes. Dans cet antre, on trouve quelques souvenirs des spectacles passés, le bonnet de bouffon de Rigoletto, et des éléments des productions à venir. D’autres coursives et escaliers mènent à la passerelle technique. Coursives, passerelles, on se croirait dans un navire. À ce sujet, les machinistes étant par le passé souvent issus de la marine, certains mots sont à proscrire.

Parlez de câbles, filins et autres, mais surtout pas de c… Cela porte tout autant malheur que les congénères de Bugs Bunny qui n’ont pas droit de cité en ces lieux. Petit détour par la régie offrant une vue plongeante sur la scène et direction la forêt. Une forêt ? Oui, une forêt de piliers métalliques qui soutiennent les dalles constituant la scène. C’est de ce dessous de scopera-rennes-machinerieène que l’on peut faire apparaître un Méphistophélès diabolique ou disparaître un Don Giovanni englouti par les flammes de la géhenne. Après le paradis, l’enfer… La visite se termine par la salle de répétition. Au moment de s’y rendre, chacun est un peu désorienté. Il faut dire que l’opéra de Rennes est un dédale tortueux et étroit et si 34 personnes constituent l’équipe permanente il faut imaginer qu’ils sont jusqu’à 150 à y circuler lors d’une importante production. C’est en fait à l’arrière de l’opéra que nous nous trouvons, près de l’entrée des artistes. Dans cette salle aux mêmes dimensions que la scène plane le souvenir de Pierre Nougaro, le père de Claude, qui dirigeât cette maison par le passé avant même qu’elle devienne l’Opéra de Rennes en 1993. La salle porte son nom. Retour à la billetterie au carré Lully qui accueille l’exposition Sur un air de fêtes, collection de documents d’archives sur les événements festifs qui ont marqué Rennes du 16e au 20e siècle.

Opéra Rennes

La visite terminée il y a encore des découvertes à faire. L’atelier Dessine-moi un bracelet, s’il permet aux plus jeunes d’exprimer leurs talents artistiques, apprend au plus grands que Rossini remplaça la pantoufle de verre du comte de Perrault par un bracelet afin d’éviter aux chanteuses de l’époque de devoir exhiber leurs pieds lors des représentations de la Cenerentola, l’une des versions lyriques de Cendrillon. Puis détours par la loge, maquillage et coiffure de spectacle, histoire de se refaire une beauté avant d’aller regarder Tintin et les bijoux de la Castafiore ou de participer au quizz interactif sur tablettes et smartphones. Un quizz qui vise surtout à montrer que l’opéra est bien plus accessible qu’on veut bien le croire.

L’opéra, c’est cher. Les premiers billets sont à 4 euros (2 euros pour les bénéficiaires du dispositif Sortir) avec les concerts Révisez vos classiques. Les autres spectacles sont accessibles à partir de 8 euros. Tout de même nettement moins cher que notre Johnny national…

L’opéra, c’est difficile d’y avoir des places. Certes il y a un public d’abonnés, mais la part des places hors abonnement augmente. Les plus vigilants ne manqueront pas la date d’ouverture des locations, pour les autres il y a toujours une possibilité d’obtenir des places en dernière minute.

L’opéra, il faut s’habiller pour y aller. Il n’est pas interdit d’y venir en robe de soirée pour les femmes et smoking pour les hommes, peut-être risquez-vous de vous sentir un peu seuls. Ici chacun vient comme il le souhaite, et si un effort de toilette vous permet de rendre la soirée encore plus belle, alors tant mieux.

L’opéra, je n’y connais rien. Allons bon, l’opéra nous raconte des histoires qui nous touchent tous. Amour, haine, jalousie, trahison sont les ressorts de ces histoires qui nous entrainent souvent dans des univers merveilleux qui stimulent notre imaginaire. Nul besoin d’être un expert pour comprendre ces histoires, Carmen ou La flûte enchantée sont bien plus accessibles que Matrix et tant d’autres blockbusters.

L’opéra, on ne peut pas y venir avec les enfants. Pas toujours en effet, mais certains spectacles sont particulièrement destinés aux familles, comme Opéra, un bestiaire enchanté début avril. D’autres spectacles, comme Révisez vos classiques, proposent une garderie gratuite pour les plus petits (à partir de 7 mois).

L’opéra c’est élitiste. Non, l’opéra rencontre un public varié, jeunes et moins jeunes, actifs, demandeurs d’emplois et retraités, experts érudits ou simples amateurs de beaux spectacles.

opéra ouvre-toiCertes il reste beaucoup à faire pour amener à l’opéra, et à la culture en général, celles et ceux qui n’y accèdent que très peu. À ce titre Rennes ne peut que se féliciter de l’action de médiation culturelle mise en place par l’opéra sous l’impulsion d’Alain Surrans secondé dans cette vaste tâche par Marion Étienne. Celle-ci multiplie les relais au plus près de la population pour permettre au plus grand nombre de vivre cette belle expérience. Mais comme le confie Rozenn Chambard, secrétaire générale, la crise que nous vivons depuis quelques années rend la mission toujours plus ardue. La crise réussira-t-elle à décourager cette belle équipe ? Manifestement pas, tous en donneront la preuve le vendredi 5 juin en permettant la diffusion place de la Mairie de la Cenerentola de Rossini sur grand écran. Populaire, vous dit-on !

Retrouvez le programme de l’opéra de Rennes : ici

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