OPERA DE RENNES : HAMLET A LA FOLIE !

Si Hamlet est la plus célèbre, la plus intemporelle et la plus universelle des œuvres de Shakespeare, l’opéra qu’en a tiré le compositeur français Ambroise Thomas, créé en 1868, a bien failli tomber dans l’oubli avant un regain d’intérêt ces dernières années. L’opéra de Rennes s’en fait l’écho avec 3 représentations les 6, 8 et 10 novembre 2019. A must be…

Il a fallu attendre la fin des années 80 pour que Gounod, Halevy ou Meyerber cessent de faire de l’ombre à leur contemporain Ambroise Thomas et que son Hamlet – version infidèle, mais qu’importe, de la pièce de Shakespeare – réapparaisse sur les scènes des maisons d’opéra. Être ou ne pas être…oublié. La première d’Hamlet, donnée mercredi soir à l’Opéra de Rennes, a toutes les chances de rester bien gravée dans les mémoires.

opera rennes hamlet nantes

C’est avec plaisir que l’on retrouve Frank Van Laecke pour cette coproduction de l’opéra de Rennes et d’Angers Nantes Opéra. En février 2018, sa mise en scène de Katia Kabanova de Janáček était des plus convaincantes, cette fois encore elle ne déçoit pas. Elle s’articule autour d’un astucieux décor permettant de créer tantôt une atmosphère intime, tantôt, en s’ouvrant sur le fond de scène, d’offrir des tableaux plus fastueux impliquant les solistes et le chœur. L’efficacité de la mise en scène tient tant à la préoccupation esthétique qui manifestement anime Frank Van Laecke qu’à sa volonté de ne laisser aucun temps mort.

opera rennes hamlet nantes

Hormis l’irrésistible pantomime du « meurtre de Gonzague » qui convoque le burlesque dans le tragique, l’esthétique est sombre pour ne pas dire mortuaire. Mais c’est bien la mort le fil conducteur de cette mise en scène, des cendres de son père qu’Hamlet manipule dès son entrée en scène, parfois semblant y chercher une trace du roi défunt, parfois tels des grains de sable évoquant le temps qui fuit, jusqu’à son étonnant suicide lors même qu’il est proclamé roi. Etonnant final qui ajoute du tragique au tragique. Etait-ce nécessaire ? Voire. Efficace ? Certainement, et totalement cohérent avec la psychologie d’Hamlet vu par Van Laecke, oscillant entre détresse et exaltation, marchant vers la folie et l’inéluctable.

Charles Rice incarne brillament ce Hamlet tourmenté, son jeu d’acteur est soutenu par une remarquable diction et une voix, virile mais nuancée,  qu’il projette sans peine au delà de la fosse du début à la fin de la représentation sans le moindre signe de fatigue malgré l’ampleur de son rôle.

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Marianne Lambert nous offre une Ophélie tout à fait convaincante même si c’est véritablement au 4e acte que, l’orchestre se faisant plus discret, l’on peut apprécier pleinement ses qualités vocales. Son « air de la folie » accompagné par un chœur a bouche fermée superbe, est un pur moment de grâce.

Malgré une diction parfois incertaine aux limites de sa tessiture, Julie Robard-Gendre, mémorable Carmen en 2017 à l’opéra de Rennes, campe une Gertrude solennelle et grave, autant Reine que mère, autant altière qu’inquiète face à son fils. Son timbre puissant, allié à sa naturelle élégance, est un atout qu’elle met en avant à chacune de ses interventions.

On regrettera le rôle trop court de Julien Behr, il est un Laërte dont l’air du 1er acte est interprété avec tant de finesse que l’on reste un peu sur sa faim.

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Quant à Philippe Rouillon, passées nos inquiétudes tant son entrée en scène était marquée par une voix plus qu’incertaine, il finira par donner corps à un Claudius très crédible son timbre sombre s’accordant parfaitement au traître qu’il est.

Il nous faut aussi citer Nathanaël Tavernier et Florian Cafiero (Horatio et Marcellus) pour la qualité de leur prestation. Maxime Huet Monceyron, Régis Mazery et Sylvain Saussereau, les irrésistibles artistes de la pantomime. Et enfin Jean-Vincent Blot dont la voix sépulcrale envahit la salle à chaque « apparition » du Spectre. S’il est difficile d’apprécier à sa juste valeur une voix amplifiée à laquelle est ajoutée de la réverbération, on devine tout de même les qualités de cette basse profonde, et, chauvinisme rennais oblige, on se réjouit de le voir faire ses débuts prochainement au Deutsche Oper de Berlin et à la Scala de Milan.

FRANK VAN LAECKE
Frank van Laecke

Il serait injuste d’oublier le chœur d’Angers Nantes Opéra tant chacune de ses interventions, depuis la scène voire la salle, tombe juste. Il faut rendre hommage au remarquable travail de son directeur Xavier Ribes et considérer que c’est un hommage fait à l’ensemble du chœur que d’avoir confié le rôle des fossoyeurs à deux de ses membres : Benoît Duc et Mikael Weill.

Mais rien de tout cela ne serait possible sans l’orchestre. Reconnaissons à Pierre Dumoussaud d’avoir tiré le meilleur de la partition d’Ambroise Thomas. Dévoilant son incroyable richesse, sous la baguette du jeune chef l’Orchestre National des Pays de la Loire en donne une interprétation brillante mais jamais tapageuse, sensible mais jamais doucereuse. A aucun moment l’orchestre, pourtant très présent, ne s’impose devant les voix.

C’est finalement un nouveau succès à mettre au crédit de l’Opéra de Rennes, et un exemple du niveau de qualité que l’on peut atteindre quand deux maisons d’opéra (Rennes et Angers Nantes) s’engagent dans une intelligente et fructueuse coopération.

Mercredi soir le public ne s’y est pas trompé, gratifiant les artistes d’une chaleureuse et reconnaissante longue ovation. Elle était bien méritée.

pierre dumoussaud
Pierre Dumoussaud

Une coproduction d’Angers Nantes Opéra et de l’Opéra de Rennes

Opéra de Rennes

Mercredi 6 novembre 2019 20h
Vendredi 8 novembre 2019 20h
Dimanche 10 novembre 2019 16h

Grand Théâtre d’Angers
Dimanche 24 novembre 2019 16h
Mardi 26 novembre 2019 18h

Direction musicale : Pierre Dumoussaud
Mise en scène : Frank Van Laecke
Décors et Costumes : Philippe Miesch
Lumières : Jasmin Šehić
Chorégraphie : Véronique Lenaers
Orchestre national des pays de loire
Chœur d’Angers Nantes Opéra direction Xavier Ribes
Hamlet : Charles Rice ou Kevin Greenlaw en alternance
Ophélie : Marianne Lambert ou Marie-Eve Munger en alternance
Gertrude : Julie Robard-Gendre
Claudius : Philippe Rouillon
Laërte : Julien Behr
Le spectre : Jean-Vincent Blot
Marcellus : Florian Cafiero
Horatio : Nathanaël Tavernier
www.opera-rennes.com

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