La Promesse est l’exposition photographique minutieusement élaborée par Jérôme Blin. Son oeuvre pourra être appréciée aux Champs Libres du 21 mars au 3 septembre 2023. À travers ses différents clichés, le photographe donne à voir le quotidien d’une jeunesse rurale, partagée entre ceux qui restent et ceux qui partent en ville. Très loin d’établir un antagonisme entre ces deux jeunesses, il cherche plutôt à les représenter, à les rapprocher et à briser les injonctions prêtées à ces jeunes vivant à la campagne. 

Après avoir travaillé sur l’ennui de l’adolescence rurale avec son exposition L’Entretemps, Jerôme Blin se penche une nouvelle fois sur les jeunes de la campagne. En réponse à l’appel à projet du territoire de Gacilly, dans le Morbihan, il imagine La Promesse. Cette exposition photographique s’attarde sur les différents chemins de vie que prennent les jeunes le moment venu de choisir leurs études supérieures. 

Jérôme Blin - La Promesse
© Jérôme Blin expo photo L’entretemps

« Partir en ville » pour rejoindre la fac ou rester près de chez soi et effectuer un apprentissage. Un choix qui a souvent été accompagné d’idées reçues comme le met en avant Jérôme Blin. « Dans l’imaginaire collectif, celui qui est à la campagne c’est comme s’il était déjà mal parti dans la vie. Il y a cette injonction tenace qui associe la réussite au fait d’aller en ville ». Ce constat, il est loin d’être le seul à le mettre en lumière, on le retrouve notamment dans le livre du sociologue Benoît Coquard, Ceux qui restent : faire sa vie dans les campagnes en déclin, dont le photographe s’est d’ailleurs inspiré. Cet ouvrage traite du quotidien des jeunes vivant à la campagne et le contenu a donc naturellement fait écho au travail de Jérôme Blin. Le photographe souhaite faire cohabiter sur un même plan ces différentes configurations de vie (ceux qui restent et ceux qui partent) et qu’elles bénéficient d’une même considération sociale.

Ainsi, le titre La Promesse traduit tout le potentiel d’un milieu affublé de clichés avec lequel le photographe est familiarisé. Venant lui-même d’une famille de paysans, ce projet convoque des souvenirs pour Jérôme Blin, « quand je voyais ces jeunes, je voyais clairement mes potes, je pensais à des gens de mon entourage. Je suis parti en ville parce que mon travail m’y a conduit. Après, est-ce que je suis vraiment un urbain pour autant… c’est une autre question ». À travers son travail avec des étudiants et apprentis du territoire de Gacilly, Jérôme Blin renoue, hors champ, avec sa propre histoire. Les visages fermés et déterminés des jeunes personnes photographiées racontent plus le vécu d’une génération plutôt que celui de vies individuelles.

Jérôme Blin - La Promesse
© Jérôme Blin

Ne pas sourire. Telle était la consigne du photographe qui explique ce choix par souci d’authenticité, « ce n’est pas une action spontanée. A priori, quelqu’un de seul dans la rue ne va pas sourire », et de sincérité, « j’ai l’impression que la position la plus naturelle des gens est de ne pas sourire et je trouve qu’un visage peut souvent être plus expressif qu’un sourire qui peut être forcé ». Cette directive s’inscrit dans la démarche artistique de Jérôme Blin. « Mon travail est à la fois documentaire et poétique. Il est même un peu fictionnel dans le sens ou je raconte des choses à travers eux ».

Jérôme Blin - La Promesse
© Jérôme Blin

À côté de ces portraits, Jérôme Blin capture aussi des lieux significatifs avec l’envie de monter une jeunesse qui cohabite. Montrer des moments où ils se retrouvent, comme le terrain de foot par exemple. Finalement, il s’agit aussi pour Jérôme Blin de révéler une jeunesse unique et prospère quel que soit le choix pris. Sur les portraits, il est d’ailleurs difficile de distinguer les jeunes en apprentissage des jeunes étudiants. 

Une grande partie des clichés est en noir et blanc et s’explique par le fait que la résidence, assez courte, se soit déroulée en hiver. Jérôme Blin craignait que « du fait de la saison, les couleurs et les lumières paraissent relativement ternes et conduisent à véhiculer une image glauque de la campagne ». Finalement, après en avoir testé le rendu, le photographe constate que les photos tirées en couleurs renvoient une certaine douceur et alterne donc entre couleur et noir et blanc. Le photographe effectue tout ce travail à l’argentique, technique photographique qui impose certaines contraintes à Jérôme Blin. « À cause du prix des tirages, on a tendance à prendre moins de photos et donc à mieux choisir ce que l’on photographie ». 

Jérôme Blin - La Promesse
© Jérôme Blin

La promesse célèbre le potentiel d’une campagne à l’initiative d’actions et de revendications. Jérôme Blin observe une jeunesse rurale affirmée, déterminée et décomplexée des clichés qui leurs sont associés.

La Promesse, Jérôme Blin, du 21 mars au 3 septembre 2023 au Champs libres.

Une visite commentée aura notamment lieu le 23 mars dans le cadre du festival Nos futurs qui célèbre, du 21 au 26 mars 2023, la parole des jeunes. 

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