Rennes est-elle au bord de l’explosion sociale ? La violence est-elle omniprésente ? Les mères se lamentent-elle sur le corps meurtri de leurs chères têtes blondes ? Rennes ne serait plus un espace protégé par la République…

Vous allez me dire : d’où vient une si terrible idée ? Eh bien, vous avez certainement remarqué la montée en puissance du passage des automobiles des forces de l’ordre depuis la rentrée de septembre. Sur les quais de Rennes, notamment, au lieu des 3 ou 4 sirènes qui filaient chaque semaine il y encore quelques mois, on assiste depuis la rentrée scolaire au passage tonitruant de 5 à 10 voitures de police chaque jour.

Devant cet envahissement de l’espace géographique et sonore, Unidivers a contacté la préfecture pour tenter de comprendre : quelle est la raison de cette explosion de la présence des forces d’intervention ? La question posée à notre interlocutrice, fonctionnaire de police, était simple : Rennes connaît-elle une explosion des crimes et délits ? La réponse est sans bavure (!) : « non ». Est-ce une nouvelle politique de communication ? La réponse est sans appel(s) : « c’est possible ». Si elle ne nous a pas matraqué sa réponse, elle nous l’a confirmée.

Chers lecteurs, nous laissons à chacun de vous le soin de comprendre les tenants et aboutissants d’une communication qui privilégie l’omniprésence de la sirène. Autrement dit, à qui profite le crime ?

Animula blandula vagula : Âme de diaphane intimité, hôtesse et compagne de mon corps, tu verses vers des lieux délavés, escarpés et dénudés, où ne résonnent tes jeux d'esprit…

Un commentaire

  1. Article précédent sur les chiffres de la sécurité publique :

    – Selon le directeur de la sécurité publique (DSP) d’Ille-et-Vilaine, la délinquance a diminué à Rennes en 2007 de 18 % (courbe descendante depuis 5 ans). À savoir une baisse des affaires de mœurs, des vols avec violences et de la délinquance sur la voie publique (cambriolage, dégradation, vol de voiture). Mais les blessures volontaires (violences gratuites, rixes et violences intra familiales) augmentent de 20 % ; ces derniers faits étant souvent liés à des contextes concernant des conduites sous emprises d’alcool ou de stupéfiants.

    Réaction : Ses chiffres appellent plusieurs commentaires :

    Premièrement, le DSP met en exergue une diminution de 18 % d’une catégorie d’infractions précise au détriment d’une augmentation de 20 % d’une autre où sont casées les violences gratuites qui, au demeurant, nous concernent au premier chef, et qui sont indéniablement induites par les effets de l’alcoolisation massive. Au final, si l’on comprend bien cette interprétation en comptabilisant les deux chiffres présentés, cela ferait une augmentation réelle de 2 % de la délinquance.

    · Deuxièmement, deux remarques doivent être effectuées au regard de cette méthode quantitative. Le chiffre qui donné est celui du « chiffre blanc » de la délinquance : celui des infractions constatées qui ont fait l’objet d’une plainte. Mais le vrai chiffre de la délinquance est le « chiffre noir », celui, plus large, qui prend en compte toutes les infractions déclarées en plus de celles qui n’ont pas été suivies d’un dépôt de plainte. Cet indicateur est beaucoup plus intéressant pour connaître l’image réelle de l’insécurité. Surtout quand on sait que déposer une plainte s’apparente parfois au parcours du combattant.

    Un exemple illustre parfaitement cette « déflation » forcée : les tapages nocturnes. Actuellement, les policiers ne mettent jamais un PV au premier déplacement pour troubles au voisinage. La réponse du ministère de la Justice concernant ce problème a été de dire (à l’Association des Victimes des Troubles du Voisinage) qu’« il n’existe aucun texte qui interdise de verbaliser dès la première infraction. Cette coutume répond probablement au souci des autorités de ne pas sanctionner un fait qui peut être exceptionnel ou découlant d’un différend de voisinage subtil ». À cette occasion, les membres de cette association ont répondu à la conseillère technique du ministère qu’un dépassement de vitesse pouvait être également considéré comme exceptionnel ! En conséquence, très peu de personnes arrivent à porter plainte sur simple constat de police pour réparer les préjudices qu’elles subissent. Pourtant ces troubles de voisinage génèrent de nombreux problèmes – principalement de santé publique mais aussi de délinquance. Le ministère de la Justice étudierait d’ailleurs actuellement la possibilité de faire passer ces infractions de la catégorie des contreventions à celle des délits. Imaginez alors une police qui serait obligée d’appliquer la loi à chaque intervention… Il en résulterait certainement une inflation du chiffre de la délinquance. Et les gens crieraient au scandale en dénonçant cette intrusion dans leur vie privée. Alors que cette adaptation pénale ne serait que la conséquence logique d’une inaction qui a laissé croire à certains qu’ils avaient tous les droits – même celui de gêner leurs voisins en toute impunité. Et puis lorsqu’on voit que la « violence gratuite » a augmenté de 20 %, il y a incontestablement en amont de cette violence une kyrielle d’incivilités non constatées – et surtout une culture festive mal contrôlée et peu socialisante, qui produit tôt ou tard des effets dévastateurs.

    2- Du coup, la commission annonce que « l’occupation de l’espace public, la vie nocturne et la lutte contre les conduites addictives sera un des cinq thèmes de travail en 2009 ». Avec comme mesures phares la mise en place d’une charte avec les commerces vendant de l’alcool près des établissements scolaires et l’instauration de stage de sensibilisation aux dangers de la drogue dans les tribunaux.

    Réaction : Bien maigre programme ma foi en comparaison de l’ampleur du problème. La commission n’est même pas capable d’établir des liens entre l’explosion des violences gratuites et l’alcoolisation massive !

    3- Selon elle, la police n’a rien pu faire dans l’affaire du squat de la rue Lenée car la Justice l’assimile à un domaine privé.

    Réaction : Très facile de se dédouaner sur la Justice. Il n’empêche que la police nationale et le maire – par le biais de sa police municipale à laquelle il aurait pu confier des missions élargies à la nuit – auraient pu faire des rondes dans les rues attenantes à ce squat. Cette précaution aurait peut-être sauvé une vie…

    4- Le quatrième point concerne les arcades de la République. De nouveau, la police nationale a sorti la méthode technocratique en produisant des chiffres qui la dédouanent. 630 interventions en 2008, dont 209 depuis septembre. 30 personnes interpellées et placées en garde à vue pour stupéfiants. Plus 42 affaires de violences aux personnes. Et la police et la Ville ont promis une réflexion sur des aménagements pour sécuriser ce lieu.

    Réaction : Quand il s’agit de justifier son travail, la police nationale sort miraculeusement un nombre d’intervention qui lui permet de sauver la face. À contrario, lorsqu’elle veut démontrer la baisse de la délinquance, elle utilise le chiffre des plaintes réellement déposées ! Les partenaires publics locaux souhaitent aussi aménager le lieu pour le sécuriser. Bien, mais pourquoi ne l’ont-ils pas fait auparavant ? Et puis aménager dans leur esprit cela ne veut-il pas signifier y amener de la vidéosurveillance ? De toute façon, cela ne ferait que déplacer le problème ailleurs.

    En conclusion, il est utile de souligner qu’il y a toujours un écart conséquent entre les chiffres que produit la police et la vraie réalité de terrain que subissent les gens. Que l’ampleur du problème lié à la surconsommation d’alcool dans notre société, n’a pas été sérieusement pris en compte. Que la police municipale n’est pas présente là où elle devrait être. Et que le refus de s’occuper réellement de problèmes repérés géographiquement (arcades de la Poste, rue de Saint-Michel, rue Pont au Foulon) conduit toujours à une aggravation de la répression par voie technologique et administrative en lieu d’une action sur le terrain.

    Pour mémoire, rappelons-nous ce qui a été dit durant la campagne des municipales. Pour mr Delaveau, Rennes « reste une ville calme ». En parallèle de cet aveuglement, il s’est vanté de l’existence de 1350 caméras dans le métro – sans qu’aucune fois les Rennais n’aient été consultés sur le sujet ! Un membre de sa liste a même été jusqu’à railler le modem rennais en public parce qu’il voulait armer les policiers municipaux de tonfas. C’est dire de ce que saisissent réellement ces élus de la réalité locale ! Bien sûr, eux n’ont jamais été inquiétés et ne subissent pas des incivilités au quotidien. Mr le maire, habitant dans un quartier résidentiel, est loin des profondeurs de la nuit rennaise. On ne lui demande pas d’ailleurs de tout connaître…

    Mais l’élu pourfendeur du PS devrait, lui, savoir qu’un policier non armé s’apparente à un garde champêtre. C’est bien la raison pour laquelle les policiers municipaux rennais ne sont pas présents au milieu des groupes de jeunes qui ont investi le pavé sous les arcades de la poste, rue Pont au Foulon ou devant le squat de la rue Lenée.

    S’ils ne sont pas armés, et surtout s’ils ne remplissent aucune mission de police sérieusement, alors appelons ces policiers municipaux différemment, et laissons les garder les parcs et l’entrée de la mairie – ce qu’ils font sûrement très bien.

    D’autres personnes à Rennes, à gauche, se sont uniquement focalisées durant la campagne sur ce fameux tonfa, dont nous proposions d’équiper la police municipale, en décrivant le Modem comme des obnubilés du bâton. À ce propos, il est utile de rappeler que dans de nombreuses villes bretonnes, dirigées par la gauche – une gauche moins éthérée – comme à Lorient par exemple, la police municipale est bien équipée de ces tonfas. Et remplit sa mission de lutte contre les incivilités de manière beaucoup plus satisfaisante qu’à Rennes.

    Quand donc notre gauche rennaise fera-t-elle sa petite révolution culturelle dans le domaine de la gestion des incivilités et de la délinquance ? Lorsque la situation se sera dégradée à Rennes au point qu’elle ne sera plus rattrapable ?

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