Dans le cadre de la 20e édition du festival Les Embellies de Rennes, du 20 au 24 mars 2018, l’association Patchrock s’est associée à Vitrine en Cours afin de réaliser des ateliers artistiques avec les enfants de l’école élémentaire Moulin du Comte. C’est l’histoire de « La Petite Fabrique d’Images », superbe projet d’initiation des enfants à la pratique artistique durant une année scolaire…

VITRINE EN COURS ET ECOLE ELEMENTAIRE MOULIN DU COMTE
Chris Raclet et Nicolas David accompagnés de Joris Le Guidart

Le collectif Vitrine en Cours est né en 2006 quand Chris Raclet, opérateur projectionniste de cinéma et Nicolas David, amateur photographe se sont retrouvés. Comment est né le projet de création de votre collectif ?

Nicolas : Il est né de la rencontre du cinéma, de la photographie et du graphisme et des retrouvailles de Chris et moi-même. Nous nous connaissons depuis le lycée. Nous avons suivi chacun notre parcours et nous nous sommes retrouvés il y a une dizaine d’années à Rennes : lui avec un projecteur 16 mm et moi avec un projecteur diapo. C’est marrant, car chacun de notre côté nous avions commencé à projeter des images lors de soirées privées. Quand nous nous sommes retrouvés à Rennes, nous avons rassemblé notre matière et nous nous sommes mis à associer, mélanger et superposer ces images. Nous avons été rejoints par la suite par Yoann qui a apporté son univers. Il est aussi dans le monde de l’image et du graphisme.

VITRINE EN COURS

Vous réussissez à métamorphoser un espace à partir de projections d’images et de films argentiques. Comment travaillez-vous et où trouvez-vous votre source d’inspiration ?

Nicolas : Nous mélangeons tout : à la fois des images chinées, récupérées, trouvées sur des vide-greniers, dans des braderies, sur internet, dans la rue, dans des déchetteries, partout … Nous recyclons cette matière argentique, analogique. Nous la mélangeons avec des choses plus actuelles, des prises de vue originales, des photos personnelles, des dessins, des films que nous avons pu réaliser nous-mêmes. C’est un mélange d’images d’archives et d’images contemporaines. Par rapport à nos projecteurs et à cette image analogique, nous allons être étiquetés « vintage », ça ne nous dérange, mais pour nous notre travail est actuel. Notre source d’inspiration est le monde qui nous entoure tout simplement. Parfois nous rigolons, car sur les premiers événements, les diapos que je projetais étaient les diapos de mes vacances que nous mélangions avec beaucoup de choses.

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Combien de temps dure un projet en général ? Vous réalisez des projections en Belgique et en Écosse. Cela vous demande-t-il de vous installer dans le pays pendant la durée du projet ou pouvez-vous travaillez à distance ? Comment procédez-vous ?

Nicolas : Cela dépend des projets. En Belgique, c’était sur un événement. Nous avions des photos et des images du lieu que nous devions habiller et il y a eu un travail en amont là-dessus. Sinon nous sommes arrivés la veille de l’événement pour avoir le temps de s’installer et faire des essais, mais nous prenons possession du lieu vraiment sur place. Sur des projets d’installation ou de création, il y a quelques fois un travail en amont. En général, c’est surtout le lieu qui nous inspire. Le support et donc le lieu est parfois plus important que l’image projetée.

Chris : Il y a deux types de travaux. Il y a de l’habillage d’espace où nous travaillons en live, nous ne faisons pas de répétition, c’est au feeling. Nous allons créer des tableaux gigantesques qui vont remplir l’espace. Après nous avons une partie création où nous travaillons avec des musiciens, une danseuse par exemple. Nous passons du temps en résidence de création ce qui n’est pas du tout le même travail en utilisant toujours notre matière argentique.

Nicolas : Pour le festival des Embellies cela va être de l’installation. Ce sont des créations, mais pas de l’habillage comme nous avons pu faire au festival Travelling ou au festival des Rockomotives à Vendôme où là vraiment nous métamorphosions le lieu en mélangeant, superposant et associant nos images. Nous avons commencé en faisant de l’habillage et de la décoration. Petit à petit nous sommes davantage partis vers la création, la collaboration. Maintenant, de plus en plus, le côté installation, performance nous plaît aussi.

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Avez-vous un projet qui vous a particulièrement plu jusqu’ici ?

Nicolas : Sixteen est une création, une performance avec trois musiciens et deux projectionnistes. C’est une création à double sens aussi bien au niveau de l’image que de la musique. Musique et image se sont mutuellement inspirés. C’est un projet hébergé par La Station Service (structure de création, production et diffusion artistique). Nous jouons au Mans, à Châteauroux…

Chris : Nous avions déjà fait des créations avec les musiciens. Ils venaient avec leur musique, leur album et on créait à partir de cette musique. Là, à l’inverse, et c’est pour ça que ça nous tient à cœur, nous avons demandé à trois musiciens de créer de la musique sur ces images.

Nicolas : Ces images sont à 80 % tournées par nous-mêmes. Nous avons fait la prise de vue, le développement. Ce n’est pas que de l’accompagnement de musiciens où nous recyclons de la matière. Là c’est de la matière originale. Nous avons écrit, tourné, développé.
Le projet de « La Petite Fabrique d’Images », cette intervention à l’école élémentaire Moulin du Comte sur une année scolaire grâce à l’association Patchrock était aussi nouveau pour nous. Nous revoyons les enfants, il y a un suivi, c’est assez chouette. L’échange qu’il y a pu avoir avec les enfants, leur curiosité face à la matière analogique et la projection de leurs petites créations est chouette.

Cette année le projet était de mettre en relation les élèves avec le collectif Vitrine en Cours. En quoi consiste l’expérience artistique exactement et quelles en sont ses principales étapes ?

Nicolas : Nous avons proposé aux enfants de travailler sur les différents supports, comme des diapositives et du film de 16 mm, de dessiner, gratter la pellicule, colorier et peindre et voir ce que ça donnait en mettant l’image dans le projecteur. Il y avait un côté très tactile, très manuel dans l’expérience. Il n’y a pas d’étape ordinateur. Ce qui est intéressant c’est de faire quelque chose de cette matière. Ce n’est pas juste de l’animation. Nous allons utiliser une partie de cette matière dans le cadre du festival des Embellies pour les installations au théâtre du Vieux Saint-Étienne.

Chris : Il y avait dans « La Petite Fabrique d’Images » l’idée de leur montrer comment nous pouvions utiliser des images sans ordinateur, mais aussi les projeter avec différents appareils et en mélangeant deux images en créer une troisième. C’est ce que nous allons aussi essayer de leur montrer au Vieux Saint-Étienne. Nous l’avons fait à Noël au sein de l’école lors d’une restitution. Il y avait un projecteur 16 mm, un projecteur diapo et un rétroprojecteur. Il y avait tous les travaux qu’ils avaient réalisés. Ils venaient avec leurs parents et pouvaient mettre une diapo et par-dessus mélanger le rétroprojecteur, une boucle de 16 mm… C’était une façon de leur montrer qu’avec le travail de « La Petite Fabrique d’Images » en projection nous pouvions vraiment créer une autre image.

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Le collectif Vitrine en Cours et les élèves de l’école élémentaire Moulin du Comte

Comment les enfants ont-ils réagi face à cette proposition et pendant son déroulement ?
Chris : Au tout départ ils ont été enchantés, car c’était un travail manuel. Les premiers travaux étaient axés sur le dessin. Suivant les âges, ils faisaient des choses différentes. Les plus petits, les CP faisaient des dessins sur des transparents qu’on pose ensuite sur un rétroprojecteur. Plus ils avançaient en âge plus ils commençaient à dessiner, gratter puis peindre la diapo. Les plus grands le faisaient sur de la pellicule 16 mm. Ils ont adoré. Ils ont beaucoup aimé pouvoir tout de suite mettre l’image dans l’appareil et voir l’image projetée. Ils étaient aux anges.

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Quelles ont été les réussites réalisées et les difficultés rencontrées ?

Chris : Les difficultés étaient de travailler avec des classes entières. C’était la première fois que nous étions confrontés à des classes entières. C’était des ateliers de 45minutes, une heure. L’avantage est que nous étions aidés par l’équipe pédagogique qui est super. Il y avait Amandine et Chloé de Patchrock qui étaient là pour nous aider à encadrer les enfants. C’était une grande aide. Il y a eu une fois où nous avons été un peu débordé sinon ça s’est bien passé. C’est vrai que ce n’est pas évident quand on a jamais été confronté à cela. Les retours des professeurs des instituteurs et institutrices ont été très positifs. Plusieurs enfants qui d’habitude ne participaient pas ont osé s’exprimer par ces ateliers. Nous avons été surpris par les travaux. Certains enfants ont fait des choses vraiment très chouettes.

 

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Est-ce une expérience que vous souhaiteriez renouveler ?
Chris : pourquoi pas. L’équipe pédagogique ici est vraiment chouette et c’est ce qui nous a motivés. Ce n’est pas quelque chose vers laquelle nous serions allés naturellement. Nous sommes venus rencontrer l’équipe pédagogique, nous avons senti une énergie et nous nous sommes décidés sinon nous ne l’aurions pas fait. Donc, pourquoi pas.

VITRINE EN COURS ET ECOLE ELEMENTAIRE MOULIN DU COMTEFestival Les Embellies. Du 20 au 24 mars. Installations au théâtre du Vieux Saint-Étienne, Rennes.

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