Denez Prigent a donné à Rennes le vendredi 11 mai 2018 un concert plutôt novateur dans une carrière déjà bien remplie. S’adjoindre les services d’un orchestre symphonique n’est pas la moindre des choses et la tension du barde breton était perceptible lors de son arrivée sur scène. Son pari a été couronné de succès et le public rennais était debout pour réaffirmer une affection que « Denez » n’a jamais perdue.

Le Couvent des Jacobins n’a rien à voir avec l’ambiance survoltée des festou-noz dans lesquels notre chanteur a l’habitude d’exceller. Il y a sans doute quelque chose d’un peu figé, de nature à brider son enthousiasme naturel, une distance avec le public qui gêne la nécessaire communion du chanteur et des auditeurs. C’est dans un auditorium curieusement enfumé que nous avons pris place.

DENEZ PRIGENT
Antoine Lahay, Thomas Ostrowiecki, Gunnar Idenstam, Denez, Jérome Séguin, Jonathan Dour et Cyrille Bonneau (photo : Laura Mary)

Dès les premières notes, le ton est donné et les musiciens de Denez vont s’en donner à cœur joie. N’hésitant pas à métisser les sonorités, ils adjoignent aux instruments traditionnels bretons, le son de la darbouka, du duduk, ou même du subois. Tout cela ne dénote en rien et Cyrille Bonneau au saxophone et autre instruments à vent, va nous imposer une véritable démonstration de ses qualités musicales. Même remarque pour le violoniste Jonathan Dour, sachant reproduire avec adresse les sonorités aigrelettes d’un musicien autodidacte qui n’aurait pas connu, comme lui, le conservatoire. Tout cela sent le « pur beurre » et aussi bien Jérôme Séguin à la contrebasse que Antoine Lahay à la guitare, tous contribuent à installer le paysage musical que le public attend. Au fond de la scène, s’agitant comme un animal enchaîné dans sa cage, le percussionniste Thomas Ostrowiecki ponctue les mélodies, à mains nues, de sonorités exotiques.

DENEZ PRIGENT
Denez Prigent en concert à Ploërmel

Lorsque Denez apparaît, la première impression est celle d’une fragilité et d’une sensibilité préservées, malgré une carrière déjà longue. Il semble que le temps ait peu de prise sur lui et il ressemble très exactement au Denez Prigent vu, il y a de cela une vingtaine d’années, à Morgat, chantant avec Louise Ebrel de vigoureux Kan a diskan. Il nous faudra attendre le troisième morceau pour voir apparaître l’orchestre et faire connaissance des arrangements spécialement composés par Frédérique Lory. Les premières mesures regroupant à l’unisson le pupitre des cordes dans une mélodie plutôt basique ne sont pas forcément convaincantes. Il en sera autrement un peu plus tard.

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Denez en concert au Couvent des Jacobins le 11 mai 2018 (photo : Thomas Gachet)

Il faut attendre le quatrième morceau pour retrouver totalement le Denez Prigent que nous apprécions. De toute évidence, la connexion avec le public est établie, et sa voix, comme à l’habitude, entraîne l’assistance dans des paysages poétiques et oniriques. Rien n’est plus émouvant que les tristes mélopées appelées « gwerz », qui racontent des histoires sombres et belles et dans lesquelles Denez Prigent réaffirme un talent incomparable et une personnalité musicale peu commune.

DENEZ PRIGENT
Photo : Emmanuel Pain

Un bémol, il est fort regrettable que des jeux de lumière tout à fait incongrus soient venus un peu gâcher la fête, en éblouissant régulièrement le public et les musiciens, les privant d’une bénéfique pénombre, très en accord avec l’atmosphère. L’ambiance va peu à peu monter et tels « les gars de Locminé » le public va taper des pieds et des mains pour manifester sa satisfaction.

Les orchestrations de Frédérique Lory prennent la place qu’elles méritent et créent un climat dense et magique, plein de frénésie d’exaltation, allant jusqu’à une certaine violence. Un vrai moment de plaisir. Précisément ce que l’on attendait. Cette impression favorable sera confirmée lors de l’exécution du morceau suivant. Après une introduction aux timbales, comme un appel, les cordes entameront un air à la fois triste et solennel, d’une sombre beauté, qui ne manquera pas de nous faire tressaillir.

DENEZ PRIGENT
photo : Laura Mary

Conteur infatigable, Denez nous dira l’histoire de Yan, tricheur incorrigible, pensant avec naïveté qu’il peut au jeu de cartes se moquer de la mort et lui soutirer 1000 écus. L’Ankou n’est pas si facile à berner !

Après un autre gwerz, qu’avec humour, Denez qualifie « d’aussi drôle » que celui qu’il vient de chanter, c’est une marche pleine d’allant qui nous rapproche de la conclusion de ce concert. Elle se passe entre l’église et le bistrot et nous vous laissons supposer l’évolution rythmique qui s’en suit immanquablement. Le gosier a ses raisons que la raison ignore.

Chant : Denez. Percussions : Thomas Ostrowiecki. Flûtes, bombarde, saxophones : Cyrille Bonneau. Violons : Jonathan Dour. Guitares : Antoine Lahay. Contrebasse : Jérôme Seguin.

samedi 19 mai
20:30
Carhaix
Espace Glenmor

dimanche 20 mai
20:30
Saint-Malo
Théâtre

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