Bertrand Belin, chanteur, auteur, compositeur est également romancier. C’est à une lecture vive, baignée dans un accompagnement cinématographique de son second roman Littoral, qu’il nous convie le 5 janvier 2017 aux Champs Libres de Rennes.

 

bertrand belinLa voix d’un artiste est porteuse, singulière et pourtant destinée à tous en ceci qu’elle peut être de partout. Il est souvent bien réducteur de dire qu’il est d’ici ou de là-bas. En dehors de ses attachements personnels et de son goût pour l’océan, rien de très breton donc dans les créations de Bertrand Belin, qu’elles soient musicales ou littéraires. Si on lit, ici ou là, qu’il est né à Quiberon, il précise de sa voix grave et toujours bien modulée : « Techniquement je suis né à Auray, simplement parce qu’il n’y avait pas de clinique à Quiberon et que ma mère a donc accouché de moi à Auray. Même si, âgé de deux jours, je suis arrivé à Quiberon où j’ai vécu jusqu’à mes dix-huit ans, ma fiche d’état civil indique Auray pour lieu de naissance, personne ne peut rien y changer, mais chacun aime se raconter des histoires… »

bertrand belin

De Breton, Belin a peut-être le goût du départ, du voyage, des horizons attirants… Mais ce sont encore de trop vagues généralités et ce qui perce toujours chez lui c’est le singulier, de la voix, du jeu de guitare, des compositions, des textes. Habitué de la scène depuis l’âge de quinze ans, c’est à dix-huit qu’il quitte Quiberon et enchaîne les expériences musicales éclectiques (Stompin’ Crawfish, Sons of the desert, SING SING…) avant de s’engager en solo avec en 2005 un premier album éponyme. Suivra le sensible La Perdue en 2007 puis le rutilant Hypernuit en 2010… Le plus littéraire, n’en déplaise à l’auteur qui, d’ailleurs, est-ce donc un hasard, écrit et compose l’année suivante la fiction musicale Cachalot, dont l’action se situe autour du contre-réservoir de Grosbois, le lac artificiel qui sera au centre de son premier roman, Requin publié en 2015.  Et c’est dès 2016 qu’il récidive dans le romanesque avec Littoral, récit fulgurant et énigmatique jouant avec le flou du récit et de l’Histoire pour mieux interroger les sombres et toujours étrangères profondeurs de l’homme… Dans le même temps, comme pour mieux encore les scruter il monte sur scène et se frotte sérieusement à l’art dramatique, en 2014 dans Spleenorama mis en scène par Marc Lainé puis en septembre 2015 dans la création LOW, mis en scène par Renaud Cojo.

Ecce homo… 

L’homme justement a répondu à quelques-unes de nos menues questions avant sa venue à Rennes :

Unidivers : Bertrand vous êtes né en Bretagne, votre premier roman s’intitule Requin, le second Littoral entretenez-vous en rapport particulier avec la mer, l’océan ?

bertrand belinBertrand Belin : Il semble bien, oui. Il semble bien que j’aie un rapport particulier avec l’océan comme tous ceux qui sont nés au bord de la mer. Je veux dire quand on grandi au bord de la mer on a un rapport particulier avec l’océan, mais enfin l’océan n’est jamais le sujet de mes livres, ce n’est pas le sujet c’est le décor en réalité. Bien sûr ce n’est pas un décor par hasard, il est assez intéressant d’un point de vue romanesque. L’océan c’est le pendant liquide du désert, un désert aquatique, une grande plaine horizontale, vide, c’est comme une immense scène de théâtre sur laquelle il nous incombe de faire tenir des récits. C’est finalement un décor très riche.

U : Et la Bretagne, en tant que telle ?

Bertrand Belin : J’y ai grandi jusqu’à l’âge de dix-huit ans, mais mes parents ont continué à vivre là-bas ainsi que des frères et sœurs qui y vivent toujours et à qui je rends visite régulièrement. Oui je suis très attaché à ma région de naissance, là où j’ai grandi, j’y ai, comme tout le monde, accumulé des souvenirs, nombre d’expériences fondatrices aussi, dont il est parfois question dans mes livres d’ailleurs.

U : Littoral est votre second roman, mais ce n’est pas votre deuxième livre… ?

bertrand belinBertrand Belin : J’ai également en effet écrit un livre qui s’appelle Sortie de route (La Machine à cailloux, 2011) et puis j’ai également écrit un texte pour un livre chez Acte Sud jeunesse qui s’intitule Till en collaboration avec une photographe.

U : Comment mettez-vous en rapport les différents « styles » ou genres de l’écriture ? La chanson, le roman, faites-vous un lien entre poésie et chanson et de ce fait une différence entre écriture poétique et romanesque, littéraire ?

Bertrand Belin : Les textes de chansons non, je ne les aborde pas comme de la poésie, mais comme… des textes de chansons, ce qu’ils sont quoi ! Je laisse les gens se faire leur opinion, bien sûr, la mienne c’est que la poésie si je devais en écrire se serait une poésie écrite sans faire appel au soutien de la musique, la musique ne serait pas son véhicule. Pour moi le véhicule de la poésie c’est le silence, le silence de la page blanche ou le silence au moment de l’énonciation. J’imagine plutôt la poésie parlée, en fait, parlée et éventuellement retranscrite par les caractères d’imprimerie, mais pas vraiment écrite dans le silence du recueillement. Les frontières sont minces en effet avec les chansons, souvent des poèmes ont été mis en musique, mais je fais quand même une distinction surtout par rapport à la notion de musique, le poème est lui-même, j’y reviens, il  n’a pas besoin de musique pour se véhiculer. Par conséquent ça demande un travail assez différent.

U : Alors le rapport entre chanson et roman tient peut-être dans la structure, dans la trame narrative ?

Bertrand Belin : Oui… peut-être y a-t-il quelque chose de commun. Mais dans mes chansons il y a assez peu de narration tout de même. belin bertrand Ce serait plutôt une disposition picturale, une situation vue sous différents angles, hors champ. Je ne raconte pas d’histoire à proprement dit, ce sont des allusions. Une chanson, ça dure trois minutes, ce n’est pas le format pour développer des personnages, des épopées. C’est faisable bien sûr, mais ce n’est pas ce qui m’intéresse. C’est une question de grain en somme, il y a toujours une sorte de flou, pictural, photographique dans mes chansons, qui produit un effet de charme, de filtre au sens magique du terme. Ce qu’il n’y a pas dans les romans où les situations sont plus détaillées. Le travail est vraiment différent, bien que les deux se fassent généralement sans plan préétabli, plutôt avec une sorte d’intuition solide.

U : Le lien se fait pourtant, entre musique et texte, musique et roman, dans la lecture que vous allez donner à Rennes (et ailleurs) de Littoral ?

bertrand belinBertrand Belin : Pas exactement, il s’agit plus d’un accompagnement sonore que musical. Le gars avec qui je fais ça, Thibault Frisoni, c’est un musicien comme moi, mais là il manipule des sources sonores qui ne sont pas strictement mélodiques, c’est une partition sonore contemporaine qui a très peu à voir avec la musique, c’est bruitiste et sonore plutôt comme dans un film. Ce n’est pas là pour divertir ou soutenir gentiment, c’est un environnement sonore.

U : Vous avez également été acteur, comédien, avec une amplification ces dernières années  (mars 2016 : dans Ma vie avec James Dean (Dominique Choisy); août 2016 : dans Autour de Louisa (Olga Baillif), ça aide pour la mise en place de ce genre de lecture ?

Bertrand Belin : Toutes les expériences de la vie servent à ça, y compris évidemment l’expérience de scène en tant que musicien. Je fais de la scène depuis que j’ai l’âge de quinze ans, j’en ai fait un sacré paquet, et vis-à-vis de ce genre d’expérience je pense que ce n’est pas tant le théâtre qui m’a apporté, je ne suis pas très connaisseur en théâtre, mais par contre être sur scène, devant le public, s’adresser à lui je le fais depuis très très longtemps. Le théâtre m’a certainement apporté de nouvelles notions, plutôt sur le travail de préparation d’ailleurs.

Bertrand Belin sera aux Champs Libres à Rennes le 5 janvier 2017 à 20h30 dans la salle de conférences pour une lecture musicale de Littoral accompagné de Thibault Frisoni au clavier, gratuit sur réservation : 02 23 40 66 00

Le roman de Bertrand Belin Littoral, est paru aux Éditions Pol en octobre 2016, 96 pages, 9 €

 

Les Champs Libres Rennes

Les Champs Libres à Rennes

10, cours des Alliés, Rennes Gratuit. Contact et réservation : 02 23 40 66 00, contact[@]leschampslibres.fr.

Crédit photo : Philippe Lebruman

Le vendredi 6 janvier 2017, rencontre, débat avec

Bertrand Belin à la librairie Le Silence de la Mer (Vannes)

À l’occasion de la parution de son nouveau livre, Littoral, Bertrand Belin sera à la librairie Le Silence de la Mer à Vannes, le vendredi 6 janvier, à 18 h.

Librairie Le Silence de la Mer
5, Place Saint-Pierre
56000 Vannes

La culture est une guerre contre le nivellement universel que représente la mort (P. Florensky) Journaliste, essayiste, musicien, a entre autres collaboré avec Alan Stivell à l’ouvrage « Sur la route des plus belles légendes celtes » (Arthaud, 2013)
thierry.jolif [@] unidivers .fr

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