ADEC, Maison du Théâtre Amateur ! A comme Art, D comme Dramatique, E comme Expression et C comme Culture. En 2010, l’ADEC a fêté ses 40 ans d’existence. Une représentation donc, qui ne lasse pas les spectateurs ! Si la vie est un songe et le monde entier un théâtre, il fallait bien un endroit pour recueillir tous les amateurs avides de brûler les planches. L’association ADEC est une comédienne de l’ombre. Retour sur une institution rennaise historique.

 

Rennes est-il le théâtre des droits culturels ? La diversité des pratiques et lieux dédiés au théâtre pourrait le laisser penser. Si le Théâtre National de Bretagne permet à la métropole rennaise de quelque peu rayonner au niveau national, voire européen, d’autres institutions participent à la vitalité théâtrale de la ville. Citons le théâtre du Cercle, la Paillette, la Parcheminerie ou, encore, le Vieux-Étienne. Toutes ces scènes accueillent des compagnies professionnelles ou semi-professionnelles. Qu’en est-il des amateurs ?

ADEC Rennes
Quartier Bourg-l’Évêque, rue Papu, le promeneur trouvera un petit théâtre. Si son architecture ressemble à celle d’un cinéma, rien de plus normal. Après-guerre, jusqu’à la fin des années 70, le quartier possédait en effet une salle, le Régent. L’histoire du lieu comme de l’ADEC est passionnante, car elle retrace un siècle de mutations culturelles françaises et rennaises. Au début du XXe, il existait ce qu’on l’appelle des théâtres de patronage. Le diocèse cherchait dans l’éducation populaire à éviter l’oisiveté par des pratiques sportives ou artistiques. Des fédérations laïques ont riposté. Cette émulation a favorisé l’essor des troupes amateurs. L’actuelle Maison du Théâtre Amateur appartenait au diocèse. Il était d’ailleurs attenant à une école privée. Désormais, il est mis à disposition par la Mairie de Rennes.

ADEC théâtre amateurEn 1964, se créée la FECTAF, la Fédération Catholique du Théâtre Amateur Français, sous l’impulsion de Michel Barry, du prêtre Eugène Royer et des nombreuses troupes amateurs qui souhaitaient se fédérer. À l’origine, on retrouve surtout la création d’une bibliothèque spécialisée dans le théâtre, située rue du Pré Perché. Celle-ci demeure, encore aujourd’hui, un pilier de l’ADEC. Le fond comporte 18 000 références et plus de 13 000 documents (textes dramatiques, ouvrages théoriques, revues, manuscrits, DVD). Elle est l’une des plus grandes bibliothèques de théâtre de France, derrière la Maison Jean Vilar d’Avignon. En 2003, Guy Parigot, grand comédien rennais, ancien directeur du Centre Dramatique de l’Ouest (devenu aujourd’hui le TNB), fait don d’un millier de documents à l’ADEC.

théâtre RennesEn 1989, l’ADEC s’installe dans l’ancien cinéma le Régent qui redevient donc un théâtre (avec une capacité de 170 places assises). La bibliothèque aussi, jusqu’à son déménagement en 2004 dans l’ancienne école Papu. Elle prend alors le nom de Bibliothèque Théâtrale Guy Parigot. Cette dernière constitue un pivot dans le projet de l’ADEC, laquelle consiste à promouvoir le théâtre amateur. Les troupes ainsi que les professionnels du théâtre et les étudiants la consultent régulièrement. Elle compte environ 300 adhérents et 70 compagnies. La direction de l’ADEC, dans sa démarche de mise en valeur du théâtre amateur, propose aux dramaturges ou metteurs en scène de trouver dans le fond des textes originaux ou rarement travaillés. De façon plus schématique, on peut dire que la création de l’ADEC et du théâtre procède de deux mouvements fondamentaux : d’un côté l’importance accordée à l’éducation populaire, d’un autre la décentralisation théâtrale.

ADEC rue PapuActuellement, l’ADEC se situe dans cette posture. La Maison du Théâtre Amateur est aussi le siège de la FNCTA, la Fédération nationale des Compagnies de Théâtre Amateur, pour le grand Ouest et le comité départemental 35. Il existait auparavant quatre ADEC pour chaque département breton. L’antenne du Morbihan en porte encore le nom, tandis que celle du Finistère est aujourd’hui regroupée autour de la Maison du Théâtre de Brest. En 2016, l’institution de la rue Papu compte 4 salariés et près d’une trentaine de bénévoles. Pour Yvan Dromer, le directeur, le but reste « d’accompagner les amateurs, de l’écriture au plateau, de la pratique au spectacle ».

En 2015, on dénombrait environ 290 troupes amateurs en Ille-et-Vilaine, pour 315 communes. C’est dire la vitalité de cette pratique. Malheureusement, ces amateurs ont rarement la possibilité de répéter ou de se représenter en milieu théâtral. De même, ils manquent d’un appui artistique, technique, logistique ou financier. L’ADEC se pose donc en épicentre. Sur la saison 2014/2015 : 500 adhérents, 8800 spectateurs et 1140 amateurs en représentation dans le département. Les quatre salariés ont du pain sur les planches ! Pour ce faire, l’ADEC a mis en place stages et aventures, par des professionnels, pour des amateurs. Pour le directeur, « il n’y pas une relation de maître à élève, mais une rencontre ». Des liens se tissent, par exemple entre l’ADEC et le TNB. La Piccola Familia, compagnie fondée par Thomas Jolly, a conduit un stage auprès des amateurs. D’autres partenariats ont eu lieu, notamment avec la Paillette ou l’Arène Théâtre de Rennes 2, que l’ADEC invite chaque année le temps d’un festival.

ADEC théâtre amateur RennesSelon Yvan Dromer, le but est que « chaque citoyen ait la possibilité de pratiquer un art ». Les salariés et bénévoles, en conséquence, ne restent pas seulement au théâtre mais se déplacent dans l’ensemble du département. L’équipe se veut « intermédiaire » et aide chaque troupe « à passer une étape de plus ». Pour la saison 2015/2016, on compte 5 troupes en résidence permanente, 30 troupes en spectacle, pour environ 50 dates. De nombreux autres spectacles sont joués, aussi bien du théâtre que de la danse, du mime ou encore du clown. Chaque année, le festival Les Fleurs du Mail, organisé en partenariat avec l’association de quartier Bourg-l’Évêsque, la Maison Saint Cyr et L’Antre-2 café, propose des représentations de théâtre amateur. Tous les deux ans, le Festival régional de Théâtre Amateur se déplace au Centre Culturel Pôle Sud de Chartres de Bretagne autour d’une quinzaine de spectacles.

ADEC théâtrePour autant, il ne s’agit pas de voir dans l’ADEC le lieu d’une pratique verticale, par laquelle les troupes tendraient à la professionnalisation. L’amateurisme n’est pas forcément une étape. Elle peut être une fin en soi et ne pas sacrifier à l’exigence et la qualité. Néanmoins, certaines troupes, dites en émergence, peuvent toujours s’y former en vue d’un jour réclamer une rémunération de leur travail. En somme, l’ADEC, conformément à son histoire, demeure dans le sillon de l’éducation populaire et se réclame d’intérêt commun. Si les recettes des spectacles reviennent aux troupes, ces dernières payent (une somme moindre, par rapport à la moyenne) pour se voir représenter et utiliser les moyens techniques. Ainsi, un quart des recettes de l’ADEC est généré par l’autofinancement. Le premier financeur de l’institution reste la Mairie de Rennes : outre la mise à disposition gratuite du théâtre et de la bibliothèque, elle a versé en 2015 une subvention de fonctionnement de 35 000 €. La région Bretagne alloue une subvention de 30 000 € et le Département 20 000 €.

À une époque où l’art investit de plus en plus l’ensemble des couches de la vie sociale, le rideau de l’ADEC ne risque pas de tomber. Les plaquettes de programmation, très agréables dans leur présentation graphique, nous apprennent une chose. Le théâtre amateur ne se résume pas à la représentation bégayante d’un vaudeville dans une salle de fête sans coulisses ni projecteurs. Notamment par l’orientation de la bibliothèque spécialisée, des textes dramatiques rares sont et seront joués à l’ADEC, comme cette pièce d’Annie Baker par Benjamin Guyot ou cet Opéra Panique de Jodorowsky. Tous en scène !

Site de l’ADEC – Maison du Théâtre Amateur et ici

Dans les coulisses de Rennes : ADEC ou le théâtre amateur… was last modified: février 23rd, 2016 by Thibault Boixiere

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