LIBRAIRIES ET BOUTIQUES CONFINÉES MAIS PAS LE COMMERCE NON-ESSENTIEL EN LIGNE !

La sentence est tombée. Les librairies indépendantes doivent rester fermées lors de ce second confinement. In extremis, le click & collect a été autorisé. Il n’en reste pas moins un sentiment d’amertume chez les libraires indépendants. Principalement au regard de la concurrence de la grande distribution et de la vente sur internet. Une nouvelle décision de Bercy vendredi puis de Castex dimanche a remis (un peu) les pendules à l’heure. Le grand gagnant dans l’affaire, c’est le commerce en ligne dont les produits sont, quant à eux, exemptés des décrets d’application. C’est la chaîne alimentaire : il y a toujours un plus gros pour bouffer ceux qui bouffent les plus petits depuis des années…

À deux mois des fêtes de Noël, les libraires espéraient reprendre souffle grâce aux ventes de fin d’années. Ce reconfinement constitue un nouveau coup dur. Considérées comme « non essentielles, » les librairies se voient contraintes de fermer leurs portes. Elles ont tout de même reçu l’autorisation de vendre des livres en click & collect ou livraison. In fine, les Français ont le droit à un peu d’esprit à emporter dans une société pourtant qui en manque singulièrement. Non essentielle la littérature et son apport à l’imaginaire, la constitution de l’identité et l’esprit critique personnels, la puissance d’évasion et de consolation ? Sans commentaire…

Les librairies s’organisent

En pratique, de nombreuses librairies se sont adaptées à la situation sanitaire et pourraient rester ouvertes en toute sécurité. « Par rapport au premier confinement, on sait ce qu’on fait. Les magasins fonctionnent avec distanciation, masque obligatoire et de nombreux points où se laver les mains. Les caisses sont protégées par des plaques de séparations… il n’y a pas de danger, » explique François-Régis Sirjacq, directeur de la libraire le Forum du livre.

François Régis Sirjacq
François Régis Sirjacq de la librairie Le Forum du Livre

Les libraires avaient tout de même anticipé cette malheureuse situation. « On ne pensait pas être épargnés, on se doutait un peu que ça aller arriver » confie Solveig Touzé, co-fondatrice de la librairie La nuit des temps. Les librairies sont donc prêtes à répondre à la demande, entre click & collect, livraison en vélo ou par voie postale.

Les ventes par retrait en magasin sont-elles une lueur d’espoir pour les libraires ? D’après François-Régis Sirjacq, « le click & collect ne compensera jamais la perte de la vente directe en magasin, ça marche bien, mais nous avons des concurrents redoutables, aux dents de requin gentiment acérées. »

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Un sentiment d’injustice

Dans la ligne de mire, ces concurrents que sont les grandes plateformes en ligne à l’image d’Amazon qui continue patiemment un travail d’extraction de la valeur locale et nationale pour la transférer vers les États-Unis via le Luxembourg puis l’Etat de Delaware, paradis fiscal au sein même des États-Unis. Quant à la Fnac, au matin du 30 octobre, elle annonçait que ses magasins resteraient ouverts. En effet, cette enseigne vend du matériel informatique, un bien indispensable à l’organisation du télétravail. Bien sûr, avec l’eau du bain, le bébé : les autres rayons – dont les livres – resteront aussi ouverts…

Cette annonce a provoqué beaucoup d’amertume. Solveig Touzé déplore une différence de traitement entre les magasins. François-Régis Sirjacq la qualifie de concurrence déloyale. « À Rennes, il y a donc un magasin qui peut vendre des livres en direct au client. On peut comprendre beaucoup de choses, mais pas ça. En mars, il y avait une certaine égalité qui n’existe plus. »

PRIX GONCOURT 2020

Le monde de la littérature s’indigne. Le prix Goncourt, censé être décerné le 10 novembre, est repoussé en solidarité avec les librairies. Solveig Touzé y voit « un geste chouette, surtout lorsqu’on sait ce que génèrent comme ventes l’annonce du prix chaque année. » Nul doute, à l’annonce des lauréats, que beaucoup se seraient tournés vers les grandes plateformes de vente en ligne. 

Nuit temps librairie
Ayla et Solveig de la librairie La nuit des temps

Le directeur du Forum du livre est plus pessimiste. « Le geste compte, mais pour Amazon et compagnie, les ventes du prix Goncourt, c’est une goutte d’eau. On espère plutôt un soutien de la part de nos clients. Ils ont été prévenus de nos nouvelles modalités de vente. » Des clients qui ont déjà répondu présents. « Mercredi et jeudi, on a eu de très grosses journées, comme en décembre, mais sans l’ambiance… Bon, c’est déjà réconfortant, » se réjouit-il à demi.

Et sur les réseaux sociaux ?

Le journaliste et critique littéraire François Busnel a annoncé ce matin qu’il allait lancer une pétition afin de réclamer l’ouverture des librairies. Déjà, le 28 octobre, un communiqué du Syndicat national de l’édition (SNE), du Syndicat de la librairie française (SLF) et du Conseil permanent des écrivains (CPE) appelait à l’ouverture des librairies en cas de reconfinement. Le communiqué met en avant la différence de situation avec le premier confinement. Beaucoup de librairies se sont adaptées et sont “parfaitement en mesure d’accueillir les lecteurs […] dans des conditions sanitaires sûres et éprouvées.

Tweet Sébastien Saunier confinement librairies

Sur les réseaux, les réactions ne se font pas attendre. Certains font part de leur désarroi au regard de l’ouverture des Fnac, mais non des librairies. Ces dernières aussi réagissent, telle que La Nef des fous sur Facebook. Cette librairie rennaise de BD y explique son fonctionnement de commandes et résume « ça grogne dans la profession, au sujet de l’ouverture maintenue de Fnac ou d’espaces culturels pour des raisons ridicules… si si, ils vendent des cartouches d’encre, indispensables au télétravail… ». 

librairie la nef des fous
Corentin Lecouffe de La nef des fous

Résignées, oui, mais les librairies indépendantes n’ont pas dit leur dernier mot. « Je suis un peu abattu, mais ça ne veut pas dire qu’on ne va pas se battre, » annonce François-Régis Sirjacq du Forum du livre. « Je me raccroche à l’idée qu’on puisse rouvrir d’ici la fin de semaine prochaine grâce à la pression. » Conscient que les libraires ne sont pas les seules impactées, il compatit avec les commerces qui n’ont aucune solution, mais souligne qu’un « pays sans culture, c’est un pays qui meurt. »

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photo extrait de Facebook – DR

La bronca enflant, le gouvernement à dû s’adapter en urgence. C’est pourquoi Bercy a obligé la Fnac et les centres commerciaux comme Leclerc à fermer leur rayon livres. Mais, l’incendie ne s’éteint pas pour autant. Plusieurs commerces de vêtements, de jouets ou d’ameublement dans toute la France défient les préfectures en refusant de fermer. Motif invoqué : « pourquoi nous, mais pas la grande distribution qui pourtant nous fait souffrir depuis des années et vide les villes de sa vie commerçante ? » Avec le soutien de nombreux maires.

C’est pourquoi le premier ministre, Jean Castex, a pris la décision dimanche soir que les enseignes et autres centres commerciaux devront dès mardi fermer l’accès à leurs rayons de produits « non essentiels ». Résultat : la petite distribution se retrouve gros-Jean comme devant, la grande distribution enrage, et Amazon rigole.

Quel gouvernement aura le courage de décréter que les commerçants en ligne – français ou étrangers – doivent se conformer aux décrets qui s’imposent aux boutiques qui ont pignon sur rue ? Si les librairies et autres commerces jugés non-essentiels doivent fermer, l’équité impose que la vente en ligne de produits non-essentiels par Amazon, la Fnac, Rakuten, Cdiscount, Pixmania, Rueducommerce, Aramis-Auto, Sarenza et consorts devrait également être interdite. Ou bien, au bénéfice de tous, pourquoi ne pas créer un taxe temporaire (activable dès le déclenchement d’un confinement) sur le chiffre d’affaires relatif aux ventes « non-essentielles » réalisés par les commerçants en ligne ? L’argent engrangé abonderait la caisse d’aide aux commerces physiques qui sont dans l’obligation de fermer.

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2 Commentaires

  1. Un article très pertinent et qui plus est bien écrit ! Judicieux l’idée de cette taxe temporaire sur le commerce en ligne.

  2. Déjà, avec le confinement, on nous imposé davantage d’anglais (alors qu’en France, on n’a pas attendu les anglophones pour faire de la livraison à partir de petits boutiques, ni de créer des réseaux informatiques, ni d’avoir des virus): covid (mavia ou bien encore covi était préférable, non il fallait rajouter de l’anglais, à savoir disease), cluster (au lieu de foyer et plein d’autres termes français), click&collect (au lieu de livraison ou d’un terme comme consodépôt).
    Mais là où cela devient encore plus navrant, on imposer la fermeture des librairies en leur disant en même temps de se mettre au « cliquaine’colette » mais on autorise les magasins de téléphonie, apparemment plus essentiels, alors que le téléphone, quoi qu’on en dise, surtout portable puisqu’il nous rend joignables 24/24, l’est à ce niveau tout autant si on en vient par là.
    Personnellement, je me dispense largement du téléphone portable, par ailleurs objet de consommation dont les gens régulièrement pour avoir la dernière nouveauté qui coûte un smic au bas mot (ah oui le crédit à la consommation en dessous de l’inflation et hop, on en oublie l’écologie hein). Et je ne suis pas un vieux con.

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