Avec Ravie, Sandrine Roche propose une réécriture pulsée de La Chèvre de Monsieur Seguin d’Alphonse Daudet. La situation : un petit propriétaire possessif, une chèvre, un cœur de chèvres passées à trépas, des choix existentiels, la question de la liberté et de la beauté ainsi que, bien entendu, un grand méchant loup…

Blanquette est la septième chèvre de Monsieur Seguin. Ravie par ce dernier, elle ne le restera pourtant pas longtemps. Ravie. Comme ses précédents congénères, il ne lui faut que deux jours pour commencer à se languir terriblement des vastes espaces (notamment escarpées), enfermée qu’elle est dans l’enclos de son maître. Elle a soif de liberté. Elle veut voir la montagne. Elle veut voir le loup !  Le loup et sa beauté. Sa beauté qui mène à l’ultime inconnue.

sandrine rocheIl faut dire que le chœur des chèvres qui hante ses nuits pour lui dépeindre un loup séduisant et effrayant à la fois, un Seguin possessif, intraitable et froussard,  excitent les gambettes de la belle Blanquette. Elles sont comme entraînées par un bip proche d’une pulsation jazzy, à l’image de la langue rythmée et sonore de l’auteure. Sandrine Roche joue avec les mots, comme certains pianotent sur un saxophone.

Elle transforme toutes ces chèvres enfermées dans la cabanette du maître en passionarias éprises de liberté. Au-delà de la simple histoire de biquette, elle pose la question de l’aspiration à la liberté ou à libération en ces termes : de quoi avons-nous si peur ? Quel type de menaces notre société distille-t-elle pour nous conduire à renoncer à la libération, autrement dit à un déconditionnement des déterminations et contradictions psychosociétales ? Quelle type d’angoisse notre société distille-t-elle pour réduire les espaces de liberté de telle sorte que certains finissent par se suicider ?

carne, sandrine rochePartie d’une commande d’écriture faite par le marionnettiste Luc Laporte en 2013, Sandrine Roche s’est attachée à revisiter la fable de Daudet, délaissant la violence de l’histoire pour se concentrer les contradictions de l’existence individuelle et collective. Que ce serait-il passé si Blanchette était restée chez Monsieur Seguin ? Dans tous les cas, l’issue demeure fatale. Quoi que… Ultime question, la mort peut-elle faire sens, voire le devenir ? Ultima necat.

Ravie, Sandrine Roche, Théâtrale Jeunesse, mars 2014, 36p., 8 € 

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Autrice, comédienne, metteuse en scène, Sandrine Roche, née en 1970 à Saint-Étienne, a étudié les sciences politiques avant de s’installer à Bruxelles pour y suivre une formation de comédienne. En 2002, tout en continuant à jouer, elle commence à écrire pour le théâtre. En 2008, elle crée l’association Perspective Neski*, avec laquelle elle réalise un travail de plateau autour de son écriture. En 2010, elle s’installe à Rennes où elle commence un travail théâtral avec des enfants qui donne naissance au texte Neuf Petites Filles (Push and Pull), lauréat des Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre et publié aux éditions Théâtrales en 2011, créé par Philippe Labaune et Stanislas Nordey en 2014.

 

Animula blandula vagula : Âme de diaphane intimité, hôtesse et compagne de mon corps, tu verses vers des lieux délavés, escarpés et dénudés, où ne résonnent tes jeux d’esprit…

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