Non, Unidivers Mag ne se penche pas sur la sortie québécoise d’un blu-ray de la trilogie de Coppola. Mais sur un scandale politico-financier qui dure depuis plusieurs mois dans la Belle Province. Il vient de coûter leurs postes aux maires de Montréal et Laval, deux des trois plus grandes agglomérations que compte le Québec. Mais il prouve qu’il existe encore de véritables journalistes d’investigation.

Le feuilleton de la commission Charbonneau – du nom de la juge qui dirige la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction – est aussi passionnant à suivre qu’un épisode des Sopranos. D’ailleurs les audiences du journal Le Devoir et de RDI, la chaine d’information de Radio Canada, sont flatteuses avec 83000 fans ; ce qui représente un fort taux d’audience rapporté à 8 millions d’habitants. Les témoignages des « parrains » de la mafia sont croustillants :  ils impliquent des personnalités politiques et économiques de haut rang et montrent à quel point le système politique est corrompu. À la clé, des pertes de l’argent public qui se montent à des centaines de millions de dollars.

« Tous pourris » – s’exclament nombre de Canadiens écœurés à la lecture de ce déballage éhonté. Il est vrai que  précédent gouvernement Charrest a mis du temps à accepter cette commission demandée à l’époque par les partis d’opposition, dont le Parti Quebecois (PQ) et Quebec Solidaire (QS).  En pratique, tout est parti d’enquêtes de journalistes canadiens révélant des menaces et des malversations dans l’univers de la construction québécoise.

En 2009, c’est le nom de l’entrepreneur Tony Accurso qui sort lors d’une émission d’investigation. Richissime homme d’affaires collectionnant les parts dans des bars, restaurants, centres commerciaux et entreprises de construction, il a fait des dons à de nombreux partis locaux. Mais les contreparties de ces dons ont été révélées : elles ont montré peu à peu l’étendue de la corruption bien au-delà des entreprises de Tony Accurso. D’autres entrepreneurs se succèdent depuis à la barre, comme le truculent Lino Zambito. Il a expliqué, lors de son audition du 3 octobre, comment fonctionne une organisation qui s’emploie à faire élire les bonnes personnes… autrement dit, les personnes qui attribuent ensuite les marchés publics. Une organisation qui réunit hommes politiques, bureaux d’ingénierie, d’avocats, etc.

L’ingénieur Luc Leclerc de la ville de Montréal a ainsi avoué qu’il favorisait des entreprises grâce à la complicité des surveillants de chantier, mais nie que son supérieur ait pu ignorer un tel état de fait. Avec de tels témoignages et la pression de quelques élus municipaux, les têtes commencent à tomber. Les démissions s’enchainent dans les grands partis avant même que l’action judiciaire ait donné des résultats. Les procès auront lieu en 2013. En principe. En attendant, le Québec continue de se passionner pour ce feuilleton diffusé sur RDI.

De l’autre côté de l’Atlantique, ici dans notre bonne France, il est aussi possible de s’interroger sur les conditions d’attributions de gros marchés publics et les concessions octroyées à de grands groupes dont les intérêts ne s’accommodent pas toujours avec ceux des fonds publics. Un feuilleton français n’aurait peut-être pas des personnages à la Don Corleone, mais pourrait dévoiler que le Québec n’est pas le seul à connaître des dérives dans l’exercice du pouvoir. Sans sombrer dans le « tous pourris » qui gangrène la vie politique française, mais précisément pour y mettre fin, faire la lumière sur des pratiques opaques permettrait enfin à la politique comme au monde de la presse de redorer son blason. Nous attendons avec impatience une enquête journalistique similaire à celle réalisée par nos confrères québécois. Pour ce faire, à part le Canard enchaîné, existe-t-il encore des médias français doués d’assez de courage ?

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