Sardes depuis le Paléolithique supérieur, les Sevilla-Mendoza ignorent la normalité. Un père entiché de voyages lointains, une mère perdue devant la vie, une tante plongée dans des amours sans lendemain, un frère sourd à tout sauf à son piano. Celle qui décrit l’étrange et attachante ambiance familiale, avec une impassible candeur, est une adolescente engluée dans une liaison inavouable… Une liaison qu’elle cache à sa famille, où pourtant on parle d’amour et de sexe sans inhibitions. On y parle aussi de Dieu, dont on n’arrive pas à décider s’il existe ou pas. Plutôt qu’à lui, autant s’en remettre à la superstition pour affronter les dangers de l’existence. Celle-ci se déroule comme si on était dans la gueule d’un requin. Un requin qui vous enserre entre ses dents et vous empêche de vivre. On essaye d’en sortir quand il dort… Dans ce livre, le plus poignant de Milena Agus, on retrouve sa voix inimitable, capable de toutes les audaces.

L’auteur a en effet trouvé une recette savoureuse, légère et pétillante pour concocter des romans pleins de féminité, de magie et de poésie. On retrouve dans chacun de ses livres des ingrédients récurrents.

La famille déjantée est au cœur de la toile tissée par l’auteur, avec une mère fragile et craintive, un père volage mais aimant, un frère terrorisé par ses camarades d’école. Ajoutez à cela une bonne louche de sexe sulfureux entre une adolescente et un homme marié, doublé d’un soupçon de sado-masochisme  qui enrobe d’amertume cette histoire aigre-douce. On saupoudre de Dolce Vita et de soleil Sardes, on décore ce joli plat avec quelques mélodrames aisément surmontés par notre fière tribu. Et on s’apprête à dévorer Quand le requin dort.

Si partir d’une recette et la décliner à l’infini peut réjouir les fans de la première heure, enthousiastes à l’idée de se plonger dans le dernier Milena Agus, l’effet de déjà-vu d’un livre à l’autre peut lasser. Entre La Comtesse de Ricotta et Quand le requin dort, les personnalités des protagonistes sont trop proches pour susciter la surprise et l’envie de gratter le vernis de ces personnages baroques. Ce qui tombe plutôt bien si on considère que l’histoire prime sur la consistance psychologique des personnages.

On notera au passage une particularité assez étonnante dans les livres de Milena Agus : l’érotisme y pénètre toujours de façon fracassante, comme par effraction, s’impose sans subtilité et prend parfois une tournure dérangeante. Campées au milieu des drames familiaux et des ruptures amoureuses, ces scènes, décrites avec un vocabulaire cru, créent des ruptures avec le reste du livre.

Quand le requin dort est un bon livre, à conseiller pour découvrir l’univers poétique teinté de tristesse de Milena Agus. Dommage que l’auteur use jusqu’à la corde un filon certes sympathique mais qui ne mérite pas un traitement aussi récurrent.

A conseiller si…

… vous aimez les histoires légères mais pas forcément rose-bonbon, les femmes, l’amour, l’humour et… le sexe torride.

Extrait :

Le message est beau, mais le style n’est-il pas un peu lourd avec trois fois le verbe « savoir » en deux phrases, le pronom « elle » à n’en plus finir? Mais impossible de juger sur une traduction, il faudrait lire en version originale!

Je sais qu’elle est partie sans désespoir, ni colère. Je sais que les derniers temps elle avait semblé forte parce qu’elle savait que ce serait bientôt fini. Simplement, elle a compris qu’elle était de celles qui ne s’en sortiraient jamais et elle s’est enfuie de la vie comme elle se sauvait du cinéma quand les scènes étaient trop dures pour elle.

Hélène

Quand le requin dort, de Milena Agus, Liana Levi, mars 2010 et avril 2012 en numérique, 15,20€

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