Mathias Malzieu ne peut laisser personne indifférent et on peut adorer son univers un peu magique ou bien au contraire ne pas du tout adhérer à sa manière si personnelle de raconter une histoire. Pour ma part, c’est à chaque fois un bonheur de le lire et de me laisser porter par son écriture extrêmement poétique, et découvrir des univers parallèles cachés au sein même de notre vie, des histoires ou l’invraisemblable devient possible.

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Chez Malzieu, il y a l’amour, bien sûr, mais aussi un brin de folie. Ses personnages sont farfelus, voire complètement dingues, mais attachants, drôles, émouvants, loufoques… Ils ont été brinquebalés par la vie, connaissent la souffrance, la solitude, l’angoisse. Mais toujours ils ont cette petite pointe d’espoir, cette petite étincelle de vie qui les fait avancer, croire, espérer.

Véritable magicien des mots, Mathias Malzieu distille au fil des pages nostalgie et humour, tout en finesse. Il joue avec les mots, en invente même. Chez Malzieu, on se non-embrasse et on souffre de mélancolasthme, on applique des sparadramours pour guérir et on trouve son cœur en morceau dans une boite à chaussure ; les filles portent des soutiens rouge-gorge… On fait même l’amour à une femme invisible et bien sûr les perroquets comprennent ce qu’on attend d’eux et ont un flair tout particulier pour repérer les jolies filles !

Mais un mot sur l’histoire ! Le narrateur, inventeur dépressif, vient de voler le plus petit baiser jamais recensé, et s’en trouve tout émoustillé, transformé. Il décide de partir à la recherche de la jeune femme qui lui a offert ce baiser qui vient de transformer sa vie, mais qui s’est littéralement évanouie, est devenue totalement invisible. Il se fait aider par un détective privé à la retraite et son perroquet un tantinet magique, qui part à travers la ville pister les filles jolies qui pourraient correspondre, tout en confiant les détails de sa recherche à sa pharmacienne. Pourquoi la jeune fille disparait-elle ? Est-ce de sa faute à lui, ou bien est-elle trop timide pour se montrer et l’aimer, souffrirait-elle d’un mal mystérieux ? Il se raccroche à cette quête qui devient le centre de sa vie, l’aidant pas là même à oublier sa douloureuse histoire précédente et à sortir de sa torpeur et de son abattement, à la recherche d’un amour absolu.

Même si le lecteur ne sera pas surpris par le dénouement, il refermera ce livre avec un sourire au cœur, heureux de cette jolie histoire sans prétention qui se déguste, aussi délicieuse que les chocolats dont il est question. Car Mathias Malzieu s’est associé avec Hugo & Victor pour faire de son œuvre de fiction une réalité : le chocolatier a créé des chocolats : les plus petits baisers jamais recensés en chocolat, parfumés au caramel et à l’orange sanguine, que j’avoue avoir grignoté avec gourmandise, le tout présenté dans une belle boite ressemblant à un carnet.

Bref, ce roman est un délice pour ceux qui se laisseront porter par sa poésie et son petit brin et folie et dériveront dans ce monde irréel pourtant bien ancré dans la vraie vie. On y rencontre l’amour bien sûr, mais ce conte de fées moderne rassemble aussi des thèmes universels tels que la vieillesse ou la maladie, traités avec l’immense talent et l’originalité de l’auteur.

Le plus petit baiser jamais recensé. Un millième de seconde, pulpe et duvet compris. À peine une effleure, un origami. Une esquisse de court-circuit. Un taux d’humidité incroyablement proche de zéro, quelque chose de l’ordre de la poussière d’ombre. Le plus petit baiser jamais recensé. 

On ne se regardait pas vraiment. On ne se touchait pas vraiment, on ne se disait presque rien. Ses yeux trop grands sur sa peau de porcelaine, et cette manière étrange de s’excuser de sourire. Ses lèvres, qui voletaient à la façon d’un flocon de neige perdu sur une plage en été, et moi, qui essayais de le récupérer avec ma glacière trop grande. Un cataclysme déguisé en baiser miniature. Plus puissant qu’une armée de coups de foudre. Le plus petit baiser jamais recensé. Impact de lumière et puis plus rien. Disparue. »

« Dehors, il neigeait. En quelques heures, les floconfettis avaient recouvert le quartier. Le cirque d’hiver ressemblait à un gigantesque donut saupoudré de sucre glace et les bruits de pas s’assourdissaient sur les trottoirs. »

 « Loto de la poésieEnlever ton soutien-rouge-gorge, C’est comme trouver Platini en vignette Panini.Ça a quelque chose à voir avec gagner au loto de la poésie. »

Alix Bayart

Mathias Malzieu, Le plus petit baiser jamais recensé, Paris, Flammarion, mars 2013, 158 pages, 15€

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