Nicolas Hulot nous dit : « Il faut écouter cet homme là ! » Pierre Rabhi, pionnier de l’agriculture biologique est enchanté par la vie. Son expérience avec la nature nous invite à ouvrir les yeux : la crise planétaire conduit à une récession mondiale économique aux conséquences imprévisibles. « Changer pour ne pas disparaître » dit Pierre Rabhi. Prendre conscience de l’inconscience individuellement pour construire les bases d’une nouvelle époque de mieux être.

 

Depuis plus de 40 ans, Pierre Rabhi s’engage à concilier l’homme avec la nature. Ses messages écologistes et humanistes transmettent une volonté d’action pour changer :

– Respecter la terre comme planète à laquelle nous devons la vie

– Favoriser l’avènement d’un humanisme planétaire.

Des facteurs modernes tels que le machinisme, l’agrochimie apportent des conséquences destructrices sur l’environnement naturel : pollution des eaux, perte de la biodiversité animale et végétale. La nourriture laisse la place à la bouffe, matière surabondante, frelatée, manipulée. Un tsunami alimentaire mondial se profile…Avant l’ère industrielle, existait l’autonomie sur les nécessités vitales. Les paysans utilisaient leurs savoirs traditionnels. Ils sont considérés comme des attardés. Alors pour accroître la production, les paysans font la connaissance des intrants trilogiques (engrais chimiques, pesticides et semences sélectionnées) indexés sur le baril de pétrole. La concurrence internationale augmente, les paysans s’endettent et se détruisent entre eux asservis par les gros propriétaires. Certains vont jusqu’au suicide.

Les populations rurales émigrent vers les villes. La misère engendre la délinquance, la drogue, la prostitution…

Pierre Rabhi observe et confirme : cette agriculture moderne contribue à affamer en détruisant le patrimoine vital, la terre, l’eau, les variétés animales et végétales. Pourtant ce sont des biens communs garants de la vie et de la survie de tous. Les ravages et les aberrations de cette agriculture néfaste instaurent le principe de la fragmentation et de la segmentation, des dissensions et des violences à la vie alors que la vie est indivisible de nature.

La conscience collective de la société contemporaine est de mettre en avant le concept du développement avec la mise en place d’une industrie lourde pour, par exemple, extraire de la matière minérale combustible ou non, comme le charbon et l’acier. Cette irruption brutale, comparable à un séisme historique, demande à une main d’œuvre renforcée par de grandes immigrations européennes et extra européennes. La colonisation de territoires a permis un pillage civilisé par le transfert de colossales richesses.

La consommation énergétique donne une civilisation de la combustion qui développe le machinisme et augmente la productivité. Chaque citoyen est éduqué, besogne et consomme pour élever le PIB et le PNB, références de mesure des résultats monétaires obtenus. Des acquis matériels monnayables génèrent des disparités colossales sur la planète. La planète considérée comme un gisement de ressources inépuisables amène une compétitivité exacerbée entre les nations.

Le Nord technologiquement avancé invite le Sud à s’engager dans la voie de l’énergivore. Harry Truman, à l’aide de stratégies destinées à hausser le niveau de prospérité des nations avec la référence exclusive de l’argent bouleversera l’ensemble du système humain. L’idéologie d’avidité et d’extension illimitées rendent les richesses non monétaires des nations artificiellement pauvres pour rendre les pays riches encore plus prospères. Le démantèlement, le pillage, la pollution, l’épuisement des ressources nous font assister à une sorte d’apothéose, d’une logique sans âme et sans avenir. Les dysfonctionnements biologiques, climatiques, prennent les allures d’un ultimatum adressé à notre conscience. Le constat de cet échec planétaire a suscité la naissance d’un nouveau mythe : le développement durable. Ce nouveau mythe n’empêchera pas le pillage de la planète. Le danger de s’installer dans un système généré de violence, d’injustice et de détresses multiformes touche aussi le cœur des nations les plus prospères. Le manque d’inspiration à un véritable humanisme amène le recours à l’humanitaire qui permet à l’être humain de se manifester pour soulager les détresses provoquées par les cataclysmes et dédouanent ainsi les décideurs politiques de leurs responsabilités. Nos miracles technologiques nous éloignent des réalités les plus élémentaires de la vie. Il y a confusion de l’intelligence universelle avec les aptitudes techniques, intellectuelles et scientifiques. La planète recèle de biens pour nourrir le corps, l’esprit et le cœur. 80 % des consommateurs ne veulent pas les OGM. Pourquoi les Etats ne respectent-ils pas et valident ce choix ? Les médias distillent la morosité des citoyens, empiétés dans une société consommatrice qui ne sait pas ce qu’elle veut ni où elle veut aller. Il est temps pour chacun d’entre nous de reprendre le pouvoir sur l’existence. Seul le changement individuel par l’éveil de la conscience nous sauvera. Faire appel à l’insurrection et à la fédération des consciences pour mutualiser ce que l’humanité a de meilleur et éviter le pire.

Au cœur des Cévennes Pierre Rabhi exprime chaque jour avec poésie son émerveillement et sa gratitude envers la nature.
Cet amour profond de la symphonie de la terre, de réenchanter le monde, l’aimer, le contempler pour retrouver l’énergie, d’en prendre soin, pousse Pierre Rabhi à œuvrer à la mise en place de solutions. Naguère le petit enfant du désert contemplait le ciel, vaste champ indissociable de la poésie, de la mythologie et des sciences mystiques. Des êtres illustres comme Bouddha, Jésus, Mohammed, tous les anonymes ont contemplé les mêmes cieux que nous même. La durée de chacun prend alors un caractère bien éphémère.
Vibrer à la beauté de la création, à l’existence d’un ordre suprême que rien ne peut atteindre, ni altérer. C’est à l’être humain de s’adapter à l’univers, croire que la nature est dominable ou dominée est infantile. L’écologie est la réalité fondamentale et doit devenir un état de conscience. Prendre conscience de l’inconscience sera le pas le plus décisif pour assurer l’avenir du cosmos. Une réforme profonde de notre mode de pensée et de comportement est nécessaire pour un humanisme universel.

L’écologie met en évidence l’interaction, la cohésion, l’interdépendance et la cohérence du vivant sous toutes ses formes à l’échelle de l’univers composé d’éléments indissociables.Osborn , écologiste précurseur, mettait en évidence l’inéquation entre le comportement humain et la réalité naturelle. Rachel Carson a démontré les résultats destructeurs des pesticides. « Nature et Progrès » contenaient des informations pédagogiques et des témoignages de producteurs unis des mêmes aspirations. Des écoles du nouveau courant écologique (Steiner, Pfeiffer…) font passer le savoir par l’observation attentive des phénomènes naturels et universels. Ces considérations doivent logiquement inspirer des solutions pour éviter le pire : l’agroécologie qui permettrait l’application d’une politique fondée sur la répartition de la production sur l’ensemble du territoire. Produire et consommer localement et préserver en priorité les biens vitaux. Cultiver son jardin potager devrait être soutenu et considéré comme un acte civique. L’agroécologie est une technique inspirée des lois de la nature, elle intègre le respect des éléments naturels (gestion de l’eau, recréation de l’humus…) et développe la valeur du projet humain (structures à taille humaine, éduquer les enfants aux valeurs de la coopération, éveiller leur sensibilité …), favorise l’autonomie pour relocaliser nos activités. L’agroécologie semble la seule alternative réaliste.
– L’agroécologie est une alternative peu coûteuse. Elle est adaptée aux populations les plus démunies. Elle revalorise les ressources naturelles et locales, libère le paysan de la dépendance des intrants chimiques, produit une alimentation de qualité. L’agroécologie éviterait le fléau de la famine. Comprendre les phénomènes biologiques peut permettre une mutation sociale. L’agroécologie est une dimension profonde de la vie et replace l’être humain dans sa responsabilité à l’égard du vivant.

2 – Favoriser l’avènement d’un humanisme planétaireL’être humain est apparu tardivement dans la biosphère, en minorité. Aujourd’hui, les êtres humains seraient en surnombre et ont dominé toutes les espèces en éliminant leur vie et, petit à petit, la sienne. L’être humain a abusé de la souveraineté de la vie à sa convenance et à son bon plaisir. Le constat est que nous avons instauré, sur terre, un immense désordre. Pourquoi avons-nous déclaré la guerre à la vie à laquelle nous devons la vie. L’hominisation aurait été une erreur, pire encore une absurdité. L’être humain aurait programmé librement ou inconsciemment sa propre expulsion du principe qui l’a fait advenir. La finalité de l’être humain est de transcender l’hominisation.
Tout au long de l’histoire de l’humanité, controverses philosophiques, théologiques, métaphysiques et idéologiques aboutissent à des confrontations qui peuvent durer si la prise de conscience de l’unité absolue du genre humain n’est pas considérée. Pierre Rabhi nous invite mutuellement à nous unir pour servir et promouvoir des valeurs simples telles que la bienveillance à l’égard de ceux qui nous entourent, une vie sobre pour que d’autres puissent vivre, la compassion, la solidarité, le respect et la sauvegarde de la Vie sous toutes ses formes. Quatre milliards et demi d’années d’une alchimie complexe qui a donné vie à une œuvre colossale : la biosphère à laquelle nous infligeons des dommages indignes de l’intelligence. Les acquis de la science et les superoutils technologiques devraient nous inviter à un postulat unitaire, convivial, généreux et éduquer nos enfants à aller dans ce sens car nous savons que la croissance illimitée est un problème et non une solution. Une nouvelle logique inspirée par l’urgence écologique et humaine doit impérativement placer l’homme et la nature au cœur de nos préoccupations. Il est évident que toute conscience qui s’éveille participe à la cohérence de la société. Dans l’ordre, du constructeur à l’humanisme, nous pouvons :
• Eduquer les enfants à la solidarité, au respect de la vie, à la gratitude, à la modération et à la beauté qui s’offre à profusion à notre admiration
• Travailler au rééquilibrage du féminin/masculin
• Respecter la vie sous toutes ses formes, au monde animal en particulier
• Transférer les efforts dans la restauration de la biosphère
• Considérer la modération, la sobriété comme un art d’être en harmonie avec soi même, les autres et la nature
• Redonner à l’économie son magistère de régulateur des légitimes des nécessités du plus grand nombre • Entendre et prendre en compte l’utopie de la sobriété volontaire et heureuse fondée sur la lucidité pourra donner un ordre constructif à nos aptitudes. • Respecter et prendre soin de la terre, planète mère qui recèle de beauté

La beauté peut elle sauver le monde ?
Pierre Rabhi offre son témoignage face à la complexité d’une société dont l’avenir dépend des utopies dont on aura l’audace. Ce que nous pouvons admirer de la nature aujourd’hui existait. La beauté existerait par elle-même et pour elle-même ; l’avènement de l’être humain a exprimé la sensibilité vis-à-vis de la nature. il l’ a démontrée à travers l’art qui produit une sorte de phénomène vibratoire transmissible à travers le temps et l’espace . Cependant l’expression de la beauté est subordonnée à la subjectivité humaine qui est source d’antagonisme voire de conflits. L’être humain a jalonné ses œuvres à l’encontre da sa propre espèce et de la nature en banalisant la laideur dans le monde ( guerres, famine,…). La laideur destructrice et la beauté constructrice cohabitent en chacun de nous. Le meilleur et le pire sont à l’évidence déterminés par notre façon d’être au monde que nous avons construit, et ce monde peut être sauvé par ce que nous recelons de plus beau : la compassion, le partage, la modération, l’équité, la générosité, le respect de la vie, sous toutes ses formes Cette beauté est la seule capable de sauver le monde, car elle se nourrit de ce fluide mystérieux d’une puissance constructive que rien ne peur égaler, et que nous appelons l’Amour.

Compte-rendu de Sophie Rezohier

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