De la même manière que nous avions eu le plaisir de connaître Alexandre Tarault l’année passée (voir notre article) ou de découvrir le bouillonnant François-René Duchable avec l’OSB (voir notre article), nous étions légitimement impatients de découvrir le lauréat de nombreux concours internationaux et véritable coqueluche de la sphère pianistique en la personne de… François Dumont.

 

Il n’était d’ailleurs pas le seul à être attendu, puisque Emmanuelle Bertrand, remarquable violoncelliste révélée par les victoires de la musique en 2002, et sacrée artiste de l’année 2011 par le journal musical Diapason était également invitée à l’opéra de Rennes ce mercredi 18 février. Autre présence de choix : Thierry Escaich, compositeur du concerto pour violoncelle et orchestre. Il se présentait en compagnie d’Emmanuelle Bertrand avec une commande de l’opéra de Rouen qui allait être interprétée devant la nombreuse assistance présente ce soir-là à Rennes. Enfin, c’est Julien Masmondet, chef d’orchestre invité et ancien assistant de Paavo Järvi qui devait pour l’heure prendre les commandes de l’OSB.

Emmanuelle Bertrand
Emmanuelle Bertrand

Le menu de ce banquet musical avait quelque chose d’un peu inattendu. En effet, les deux concertos de Mozart étaient encadrés de pièces résolument contemporaines – peu évident de trouver une cohérence dans un tel choix. Marc Feldman défendit la nécessité de créer des contrastes musicaux, susceptibles de stimuler la curiosité des auditeurs et de leur proposer des expériences nouvelles.

La première œuvre exposée, le Concerto pour orchestre à cordes en ré majeur dit concerto de Bâle de Igor Stravinski, a laissé dans le public un petit goût d’insatisfaction. À l’entracte, le malaise était palpable. À qui la faute ? Peut-être à une esthétique musicale pas toujours aisée à appréhender. Mais aussi à un orchestre exceptionnellement à côté de la question. Force est de reconnaître que l’OSB semblait peu concerné, un peu terne, et n’a guère délivré sur l’exécution de cette œuvre le remarquable message musical auquel il nous a habitués. Dernière possibilité, la responsabilité n’en revient-elle pas au chef d’orchestre qui n’a pas réussi à faire vibrer sa formation avec les rythmes trépidants et les dissonances si symptomatiques de la musique du maître russe ?! Heureusement, l’arrivée sur scène du long piano noir et brillant annonçant la venue de François Dumont, retint l’attention du public. C’est avec un plaisir non dissimulé que les Rennais souhaitèrent la bienvenue à l’invité d’honneur.

Julien Masmondet
Julien Masmondet

Que dire de François Dumont ? Vous parler de son talent, il est bien assez reconnu dans le monde entier pour ne pas apporter de commentaires supplémentaires et oiseux. Parlons plutôt de l’homme que nous avons rencontré après le concert. Humble et discret, cet interprète – jeune encore du haut ses 29 ans – parle de la musique avec une passion évidente et pourtant retenue. Il est troublant de constater à quel point la personne et l’interprétation pianistique sont en totale harmonie. Son jeu est pudique et retenu, plein de nuances, mais brillant d’exactitude. Lors de la conversation, il reconnaissait, avec une pointe d’humour, que la meilleure façon de jouer Mozart, était probablement d’en respecter la partition et ses indications. C’est presque lui qui ferait figure de révolutionnaire avec une telle affirmation ! C’est ce qu’il s’est de fait ingénié à nous prouver en jouant de manière magistrale, le concerto pour piano n°9 en mi bémol majeur K.271 dit “Jeune homme”, puis le 20e concerto en ré mineur K.466.

C’est encore l’exactitude qui semble le maître-mot si l’on veut exprimer un avis sur l’approche pianistique de François Dumont. C’est l’œuvre d’un Mozart encore assez jeune où la construction n’a pas la rigueur des concertos de la maturité et où la fantaisie s’exprime encore avec une grande liberté.

francois dumontC’est une œuvre qui bouscule un peu les codes de l’époque. L’Allegro est très contrasté, c’est un dialogue ininterrompu entre le piano et l’orchestre. L’andantino en ut mineur établit la règle d’un second mouvement lent et très intérieur que l’on retrouvera magnifié dans les 21e et 23e concertos. Le 20e n’échappe pas à la règle. Seul nous a manqué un peu : le rire gloussant de Tom Hulce dans l’Amadeus de Milosz Forman pour ponctuer ce moment de magie.

Alléluia ! C’est aussi l’instant où nous avons renoué avec la belle pâte musicale de l’OSB. Dès les premières mesures du premier mouvement en forme de discrets rebondissements, nous retrouvons le travail soigné et l’attitude attentive qui sont les fleurons de l’orchestre de Bretagne. Tous les membres entrent en symbiose avec un François Dumont probablement non étranger à cette petite renaissance et dans un même élan nous offrent un concerto n°20 d’une grande beauté.

francois dumontN’oublions pas pourtant le concerto pour violoncelle de Thierry Escaich… “Et pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître”. Si l’on considère que cette œuvre est sa première composition pour violoncelle, Monsieur Escaich a accompli un exploit digne d’éloges. Bâtis d’une seule traite, les mouvements n’en sont pas forcément apparents. C’est un échange frénétique et assez lancinant entre le violoncelle et l’orchestre qui vous saisit et ne vous laisse pas en repos avant la fin de l’œuvre.

Emmanuelle Bertrand est simplement époustouflante. Elle entame avec son instrument un dialogue quasi charnel et lui impose de démontrer toute la palette de ses possibilités. Elle le fait véritablement parler et, d’un moment à l’autre, il se plaint, proteste, invective.

Thierry Escaich
Thierry Escaich

Rencontrer la musique de Thierry Escaich, particulièrement lorsqu’elle est soutenue par une telle interprète, s’avère être une véritable expérience… Cela fait du bien, quand on est habitué à la musique dite classique, de se rendre compte que l’on n’est pas complètement imperméable et obtus à la musique contemporaine.

Une fois de plus, nous avons été bousculés et un peu malmenés, mais en réalité : quoi de mieux pour évoluer et ne pas s’encroûter dans de mauvaises habitudes ! La musique permettrait-elle de rester jeune ? À méditer.

Programme

Igor Stravinsky
Concerto pour orchestre à cordes en ré majeur

Wolfgang Amadeus Mozart
Concerto pour piano n°9 K271 « Jeunehomme »

Thierry Escaich
Concerto pour violoncelle  
Commande de l’Opéra de Rouen Haute-Normandie, de l’Orchestre de Picardie et de l’Orchestre Symphonique de Bretagne

Wolfgang Amadeus Mozart
Concerto pour piano n°20 K466

Direction : Julien Masmondet
Piano : François Dumont
Violoncelle : Emmanuelle Bertrand

Visuels : courtoisie de  Francois Gibelli et C. Giral

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