Comme le chef Pascal Rémy, vous voyez avec effroi les fêtes de fin d’année approcher. Le frigo est vide. Le compte en banque encore plus. Qu’allez-vous servir au repas de famille ? Vous avez bien un chien, un chat, des poissons rouges, un cochon d’Inde ? Ils sont si bien élevés. Assurément mieux que des poulets en batterie. Alors, vous les avez aimés, mangez-les !

 

Ce nouvel ouvrage des éditions de l’Épure (spécialisée dans l’architecture et la gastronomie – ça va bien ensemble !) vous fera hurler de rire ou crier à l’infamie. En préambule, l’auteur assure qu’« aucun animal n’a été maltraité pendant l’écriture de ce livre » puis dans la préface, il assure que si votre animal pouvait parler, il vous dirait : « Tu m’as nourri et choyé pendant toutes ces années. Je suis vieux et les temps sont durs, alors je peux te rendre un peu du bonheur que tu m’as donné (…), je te dis tout simplement : mange-moi ». Rien à voir avec la chanson du psylo… sauf le côté provocateur !

pascal rémyAlors on commence par un rosbif de teckel. Si vous n’en avez pas sous la main, c’est le moment de trucider l’horrible pitbull de votre voisin (avant qu’il ne mange votre bébé) et de le préparer en tartare : « revêtez d’abord une tenue matelassée de dresseur de chien avant de badigeonner le pitbull de moutarde. Faites lui boire un demi-litre de tabasco, et enfermez-le dans un sac étanche avec le reste des ingrédients. Quand plus rien ne bouge, ouvrez le sac, enlevez le collier à pointes, la peau et les os. Servez avec des frites ».

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L’auteur ne néglige pas de servir un peu de culture G dans la foulée. Ainsi, apprend-on que le chihuahua était fort prisé des Toltèques (ancêtres des Mexicains) aux Xe siècle, accompagné de haricots noirs. Suit la recette du chili-huahua. Les Chinois raffolent de tout ce qui est cher, or le chien le plus cher du monde est le gya kok ou dogue du Tibet. Une milliardaire pékinoise en a acheté un pour 400 000 €. Nul doute qu’elle adorera le déguster, découpé en fines lamelles juste cuites dans un bouillon de bébés pandas mâles aux épinards éthiopiens, ciboules irakiennes, champignons tchétchènes et carottes albanaises en compagnie de morceaux de dauphins coupés en petits morceaux. À pêcher avec des baguettes – en or de préférence –, éventuellement par de jeunes Tibétaines pas farouches.

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Même plus les moyens d’acheter du ron-ron ? C’est le moment de préparer le chat angora grillé à l’Attila, le persan aux noix et grenades, le siamois à la thaïlandaise (bien sûr !) ou un foie gras de chat aux truffes – parfait pour le réveillon.

Les enfants ont faim ? Le hamsterburger fera la joie des ados, les souris vertes (avec « de jeunes souriceaux encore glabres ») celle des mômes retour de maternelle – où on leur aura appris la comptine. Le cochon d’Inde se prépare pertinemment « en sari des champs »

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Coco vous assomme avec ses cris ? Faites-en autant avec un marteau. Plumez le perroquet et gardez les plumes pour orner le plat, digne des tables des seigneurs du Moyen-Age. Des amis arrivent à l’improviste pour l’apéritif ? Préparez-leur des « canaris à la nage ». Il suffit de vider l’intégralité de la cage (avec l’os de seiche qui donne du goût) dans une grande lessiveuse. Les poissons rouges sont tout aussi adaptés. Même pas la peine de les sortir de l’aquarium. Il suffit de le passer aux micro-ondes ! Vous n’aurez aucun scrupule à cuisiner une mygale géante mayonnaise ou une matelote de boa (c’est eux ou vous !). Par contre avec les équidés, çà se complique, les mômes risquent de faire une crise quand ils verront que pour leur communion, vous avez mis au menu un poney nain à la Louis XVI. Avec deux paons, trois grues, cinq faisans et trois cygnes. Royal !

pascal rémyCela vous choque ? L’auteur Pascal Rémy, passé par l’école hôtelière de Thonon-les-Bains et par les beaux-arts de Nancy est choqué, lui, par le nombre d’animaux qu’on abat quotidiennement dans le monde pour alimenter notre obésité et nos maladies cardio-vasculaires : 33 600 tonnes par seconde ! Au-delà de son humour grinçant (à manier au 36e degré – ce que ne sait pas faire la SPA qui lui a intenté un procès !),  Vous les avez aimés, mangez-les se feuillette avec plaisir grâce aux illustrations de Jean Lecointre, collaborateur de Libé et « véritable chirurgien du collage numérique ».

Sachez tout de même qu’avec un tout petit peu d’imagination, vous pourrez expérimenter les recettes avec des animaux autorisés (= ceux qu’on trouve au supermarché) ou des imitations en tofu ou pâte feuilletée !

 

Vous les avez aimés, mangez-les Pascal Rémy et Jean Lecointre, éditions de l’Épure, 112 p., 20 euros

2 Commentaires

    • Comme Marie-Christine l’indique clairement, il faut lire cet ouvrage au 2nd degré et y voir une véritable défense du règne animal. D’ailleurs, il est impossible de concocter une souris verte en gelée glacée du fait même que le souris vertes n’existent que dans les ritournelles du monde des enfants !

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