mar 30 novembre 2021

BD D’OCTOBRE : LES BACS SE REMPLISSENT

Avec les jours qui raccourcissent viennent les moments privilégiés de lecture. Petit florilège des BD à paraitre ce mois-ci.

Commençons cette revue avec un OVNI, une réédition pour ce livre inclassable: la parution de Nell’Acqua (1) de Lorenzo Mattotti. Recueil d’illustrations pour la plupart inédites, les images sensuelles mettent en scène les ébats amoureux d’un couple dans l’eau et font écho au film co-signé par Wong Kar Wai, Michelangelo Antonioni et Steven Soderbergh, Eros (2004), film auquel Mattotti avait participé. Une œuvre poétique exceptionnelle où l’eau entoure les corps pour les magnifier. Un Art Book à conserver religieusement.

Poursuivons avec des BD ou des auteurs qui ont déjà fait leurs preuves et sont promis d’office au succès. Le tome 3 de L’Adoption (2) de Zidrou et Monin devrait retrouver son important lectorat du dytique précédent. Après de longs mois d’attente, Gaëlle et Romain accueillent Wajdi, ordinaire du Yémen chez eux. L’enfant de 10 ans s’effraie des moindres bruits du quotidien et interprète mal les gestes les plus simples. Les heureux parents adoptifs vont être très vite confrontés aux premiers « non », aux premiers troubles de l’adolescence et aux premières rébellions. Wajdi a connu le pire, il va lui falloir du temps avant d’en accepter le meilleur. Un album qui dit tout des difficultés de l’adoption.

Dans un autre registre, mais tout aussi attendu le tome 2 de Sapiens « Les piliers de la civilisation » (3). La mise en images du best seller de Harari avait rencontré un lectorat au-delà des espoirs de l’éditeur. Cette fois-ci, avec la révolution agricole, les Sapiens cohabitent non plus par dizaines d’individus, mais par millions. Pour se nourrir, partager des informations et simplement vivre ensemble, les humains érigent alors les piliers de la civilisation. Une BD didactique sans simplifications outrancières et qui vous rend plus intelligents. Incontournable.

C’est le nom de l’auteur, cette fois-ci, qui assurera la promotion de Le Droit du sol (4). Étienne Davodeau retrouve la BD de reportage qui l’a fait connaître. En juin 2019, il entreprend, à pied et sac au dos, un périple de 800 km entre la grotte de Pech Merle et Bure. Des peintures rupestres, trésors de l’humanité encore protégés aux déchets nucléaires enfouis dans le sous-sol, il est parfois accompagné d’amis, dans cette marche à travers la France, mais aussi de spécialistes qu’il convoque sur ces sentiers pour qu’ils nous racontent l’histoire unique du sol de notre planète, ou encore celle du nucléaire et de ses déchets, dangereux pendant plusieurs centaines de milliers d’années. Une BD dans l’air du temps.

Histoire encore avec Dans l’absolu de Louis XIII à Louis XIV (5). Nous vous avions présenté les débuts de cette collection qui voulait revisiter l’histoire de France, contrecarrant le récit national officiel de nos manuels d’histoire. Les albums se sont succédés pour arriver aujourd’hui à ce XVIIe qualifié d’absolutiste. Les historiens Ernest Lavisse et Pierre Goubert partent à la découverte de la France et de ses habitants, rencontrant soldats, paysans, moines, sorcières, libertins et… esclaves. Une approche « par le bas » de ce siècle trop souvent raconté à l’aune des rois et reines.

Deux albums par leurs sujets revisitent des œuvres déjà traduites en BD. Le fameux roman de George Orwell, La ferme des animaux (6), est revu cette fois-ci par Rodolphe et Patrice Le Sourd. Cette satire politique a conservé toute son actualité et les animaux de la Ferme du Manoir toute leur réalité. Une fable qui démontre que si les hommes sont égaux entre eux, certains le sont plus que d’autres. Le second album est Bartleby. Le scribe (7), tiré de la nouvelle d’Herman Melville. Nous avions évoqué la parution de la BD de chez Dargaud de Jose-Luis Munuera et de l’adaptation théâtrale par Pennac de cet étrange texte qui laisse la place à l’imaginaire du lecteur et à toutes les interprétations possibles. C’est Stefano Ricci qui cette fois-ci se met au crayon pour imager le texte énigmatique et son célèbre « Je ne préfèrerais pas » dans une BD épaisse. À découvrir.

Catherine Meurisse fait partie maintenant du Gotha de la BD. Son nouvel album, La jeune femme est la mer (8), pour qui est prévue d’ailleurs une édition de luxe noir et blanc, raconte, la résidence de l’autrice à la Villa Kujoyama, une résidence d’artistes située à Kyoto. Cherchant à renouveler son inspiration, elle s’est immergée dans les paysages japonais. Un an plus tard, elle séjourne de nouveau au Japon, quand le typhon Hagibis dévaste une partie du pays. De ces deux voyages, placés sous le signe de la nature, tour à tour muse et dévastatrice, est né cet album qui sert un récit initiatique questionnant la place de l’Homme dans la nature et le recours à l’art pour saisir les paysages qui disparaissent. Le planches aperçues confirment le talent graphique exceptionnel de Catherine Meurisse.

Signalons encore la sortie du tome 2 de Raven (Dargaud) à la recherche d’un trésor convoité aussi par lady Darksee, du tome 3 de China Li (Casterman), du tome 64 (!) des inégalables Tuniques Bleues (Dupuis) » et puis de tant d’autres albums que vous découvrirez chez votre libraire préféré, car n’oubliez pas : une Bd ou livre s’achète chez son libraire.

Bonnes lectures.

(1) Nell’Acqua, Editions Casterman. Parution le 20 Octobre. 35€

(2) Tome 3 de L’Adoption, Edition Grand Angle. Parution le 1er Octobre. 15,90€

(3) Tome 2 de Sapiens, Editions Albin Michel. Parution le 13 Octobre. 22,90€

(4) Le Droit du sol, Editions Futuropolis. Parution le 6 octobre. 25€ (Feuilleter)

(5) Dans l’absolu de Louis XIII à Louis XIV, Editions La Découverte. Parution le 7 octobre. 22€.

(6) La ferme des animaux, Editions Delcourt. Parution 20 octobre. 10,95€

(7) Bartleby. Le scribe, Editions Futuropolis. Parution le 6 octobre. 28€

(8) La jeune femme est la mer, Editions Dargaud. Parution le 29 octobre. 22,50€ (Lire un extrait)

Eric Ruberthttps://www.unidivers.fr
Le duel Anquetil Poulidor sur les pentes du Puy-de-Dôme en 1964, les photos de Gilles Caron dans le Quartier latin en Mai 68, la peur des images des Sept boules de cristal de Hergé, les Nus bleus de Matisse sur un timbre poste, Voyage au bout de la Nuit de Céline ont façonné mon enfance et mon amour du vélo, de la peinture, de la littérature, de la BD et de la photographie. Toutes ces passions furent réunies, pendant douze années, dans le cadre d’un poste de rédacteur puis rédacteur en chef de la revue de la Fédération française de Cyclotourisme.

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