Dans le cadre d’un projet collaboratif avec le centre pénitentiaire de Lorient Ploemeur, notre rédaction a ouvert les colonnes d’Unidivers aux détenus, rédacteurs et illustrateurs qui participent à l’atelier Oxygène, revue de société fondée par la graphiste lorientaise Marion Bailly-Salin et la Ligue de l’enseignement du Morbihan. Chaque détenu a été invité à se questionner sur l’impact qu’a pu avoir un contenu médiatique ou culturel sur sa vision du monde. Unidivers revient sur cette expérience tant humaine que professionnelle d’action culturelle auprès de publics empêchés.

Oxygène est une revue de société fondée en 2013 par la graphiste lorientaise Marion Bailly-Salin et la Ligue de l’enseignement du Morbihan, en partenariat avec le SPIP 56 (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation) et l’administration pénitentiaire, au cœur du centre de détention pour hommes de Lorient Plœmeur. Pensé et réalisé par les personnes détenues, le magazine a été fondé dans le but de les initier aux métiers de la presse tout en les laissant s’exprimer sur des sujets sociétaux, sociaux, culturels qui traversent la France.

« Je voulais créer un support d’expression par le biais du travail de l’écriture, de l’image, de la mise en page et de la composition textes/images », nous expliquait la graphiste Marion Bailly-Salin en février 2021. « C’est également une bonne entrée pour travailler l’esprit critique de chacun. Comment, en tant qu’individu dans une société, peu importe la place à laquelle on se trouve, peut-on s’emparer d’une information qui concerne le monde dans lequel on vit tous, s’exprimer et réfléchir sur le sujet ? » Ce questionnement, à l’origine de la création d’Oxygène, deviendra par la suite le moteur de notre réflexion autour de la série d’articles Paroles du pénitencier.

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La série d’articles Paroles du pénitencier est née à la suite d’un échange téléphonique avec Marion Bailly-Salin dans l’objectif de réaliser un article à propos de son travail. L’envie de réunir nos deux associations, Unidivers et Oxygène, autour d’un projet social et pédagogique, la volonté d’aller plus loin qu’une rencontre théorique et l’ambition de donner la parole aux détenus ont façonné le projet. Comment orienter l’expérience ? Pourquoi ne pas donner toutes les cartes en main à ceux qui ont l’habitude d’écrire et d’illustrer une revue distribuée dans toutes les prisons de Bretagne ? Et ainsi, montrer notre confiance. Le cas échéant, de quelle manière les laisser s’exprimer librement, tout en les initiant aux codes du journalisme et en respectant les contraintes de leur situation ? Autant d’interrogations qui ont été prises en compte jusqu’à aboutir au projet final : chaque détenu participant à l’atelier a été invité à se questionner sur l’impact qu’a pu avoir un contenu médiatique ou culturel, de son choix, sur sa vision du monde et ses certitudes. Dans le respect des sensibilités de tous, chacun a eu le choix de la rédaction ou de l’illustration.

Avec Paroles du pénitencier, Unidivers a cherché à prolonger son engagement éditorial, « la culture intelligente du grand public », par la mise en place de projets socio-culturels, à l’instar des actions menées par les institutions culturelles auprès de publics empêchés. Cette expression renvoie à diverses situations : personnes malades, à mobilité réduite, très âgées, hospitalisées, détenues, etc..

Notre rédaction a ouvert les colonnes de son journal à l’expression de personnes qui résident de manière temporaire ou permanente dans des lieux privatifs de liberté. Par définition, ce terme désigne un ensemble de lieux où des personnes sont privées de leur liberté d’aller et venir par décision judiciaire, administrative ou médicale, tels que les établissements de santé, les zones d’attente de ports, d’aéroports et de gares, les locaux de garde à vue et de douanes ou encore les centres éducatifs fermés gérés par la protection judiciaire de la jeunesse. Dans l’élaboration du projet, nous nous sommes demandé comment initier un public aux libertés diminuées à un métier fondé sur les libertés d’expression et d’opinion ?

Au-delà de la mise en place d’ateliers d’éducation aux médias, le projet réalisé avec Marion Bailly-Salin avait pour ambition d’interroger le rapport de tout individu à la culture mais également à la presse, dans une société où l’impartialité de cette dernière est remise en cause. Car un des rôles du journaliste est de ne jamais cesser de se questionner, d’interroger l’environnement dans lequel il évolue. La liberté de la presse, un des fondements de la démocratie, nous permet d’affirmer que oui, nous pouvons parler de tout, mais la question est plutôt de savoir comment en parler ?

Tout en initiant aux qualités d’un bon journaliste (curiosité, rigueur, sourcage, bienveillance, empathie, etc.), Unidivers a préféré diminuer l’apport des codes journalistiques à l’écrit et mettre l’accent sur l’expérience humaine et l’expression individuelle. Ce qui est chose faite..

Emmanuelle Volage et Nicolas Roberti

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