Paris. Le théâtre Daunou lèvera de nouveau le rideau en 2026

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musée Daunou

Joyau Art déco inauguré en 1921 à deux pas de l’Opéra, le théâtre Daunou (2e arrondissement) est fermé au public depuis 2020 et engagé dans une restauration d’ampleur. Plafonds en staff, dorures, luminaires, fauteuils, cadre de scène et acoustique : tout est repris pour que le « théâtre bleu » retrouve, bientôt, l’éclat de son décor unique.

Retenu par la Mission Patrimoine (Fondation du patrimoine), le Théâtre Daunou fait l’objet d’une réhabilitation presque « à rebours du temps » : il s’agit de restaurer l’esprit d’origine tout en mettant le lieu au niveau des exigences contemporaines (sécurité, confort, usages scéniques). Le chantier prévoit notamment la remise en valeur des plafonds en staff, la reprise des dorures, la restauration des luminaires, des fauteuils, de l’encadrement de scène et la restitution du premier état du décor animalier, ainsi qu’un travail sur l’acoustique.

Au-delà du lifting, l’ambition est claire : rendre au Daunou ce qu’un siècle d’usure, d’incendies et de retouches a fini par ternir, sans le transformer en musée. À sa réouverture, le théâtre devrait poursuivre sa ligne artistique historique : la comédie, au sens large, du boulevard aux écritures contemporaines, dans une salle repensée pour accueillir à nouveau artistes et spectateurs dans de bonnes conditions.

Inauguré le 30 décembre 1921, le Théâtre Daunou est un pur produit de l’Art déco, avec des réminiscences de style Empire. Il compte environ 450 places. L’actrice Jane Renouardt (1890-1972), figure du cinéma muet et première directrice du lieu, profite de sa notoriété pour faire édifier un théâtre rue Daunou, à moins de 400 mètres de l’Opéra Garnier. Elle confie la construction à l’architecte et décorateur Auguste Bluysen (1868-1952).

La première pierre est posée le 10 décembre 1919 sur l’emplacement de l’ancien hôtel de l’Empire et d’une boutique de modiste. La salle de spectacles est décorée par Armand-Albert Rateau (1882-1938) : boiseries ouvragées, motifs raffinés, et une inspiration revendiquée — selon la notice patrimoniale — de miniatures persanes. Le projet, au plan architectural comme décoratif, est pensé comme un « tout » : une salle de spectacle enchâssée dans un immeuble de rapport, avec un niveau d’exigence rare pour un théâtre privé.

Le Daunou doit aussi sa légende à une rencontre entre théâtre et haute couture. Les établissements Lanvin (et l’ensemblier Janssens, selon plusieurs sources patrimoniales) donnent au lieu un cachet immédiatement reconnaissable. La salle se distingue par une singularité absolue : là où les théâtres parisiens privilégient traditionnellement les tons rouges, le Daunou s’affirme dans un bleu profond resté célèbre comme le « bleu Lanvin ». Le décor est ponctué de marguerites dorées, clin d’œil au prénom de Marguerite, la fille de Jeanne Lanvin, et motif-fétiche régulièrement associé à l’univers décoratif de la maison.

Au fil du temps, opérettes, comédies et revues se succèdent sur la scène : le Daunou devient un théâtre de rendez-vous, un lieu de « vie parisienne » au sens plein. Mais son histoire est aussi marquée par les coups durs. La documentation récente rappelle notamment un incendie en 1934, puis, plus près de nous, un sinistre majeur dans la nuit du 9 au 10 décembre 1971 : une part du décor est endommagée, et le théâtre doit être reconstruit et restauré, avant de rouvrir le 1er février 1973. Or, malgré cette remise en état, le lieu ne connaîtra pas, pendant des décennies, de restauration globale à la hauteur de sa valeur patrimoniale.

Il faut ajouter que le Daunou n’est pas seulement « beau » : il est protégé au titre des monuments historiques. La façade et la salle de spectacle sont inscrites (arrêté du 20 janvier 1992). Autrement dit : chaque intervention doit conjuguer fidélité au décor d’origine et contraintes techniques, au plan structurel comme au plan réglementaire. C’est précisément ce que promet la réhabilitation actuelle, portée par une équipe de maîtrise d’œuvre spécialisée et des ateliers d’art (dorure, lustrerie, tapisserie, menuiserie, etc.).

Et puis il y a cette évidence : le bleu. Rare, presque théâtral à lui seul, il produit une atmosphère qui change la perception de la salle. Le velours et les tonalités bleues, ponctuées d’or, donnent au Daunou une élégance à la fois feutrée et lumineuse. Le lieu est régulièrement présenté comme le seul théâtre parisien habillé intégralement de bleu, une exception qui justifie à elle seule qu’on attende, avec impatience, la levée du rideau.

Théâtre Daunou, salle bleue

Théâtre Daunou – 7 (et 9), rue Daunou, 75002 Paris

Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.