Son administrateur étant New-Yorkais, pas de quoi s’étonner que l’Orchestre symphonique de Bretagne (OSB) mette en avant le Nouveau Monde lors de ces premiers concerts de la saison 2017-2018. Savamment concocté avec le chef Grant Llewellyn, le programme de la soirée du 30 septembre à l’opéra de Rennes a permis d’esquisser un paysage assez varié de ce que produisent les compositeurs américains ou inspirés par l’Amérique. Tout un Nouveau Monde avec Tai Murray, Marthe Vassallo, Jennifer Higdon et William Grant Still

Le début du programme est surprenant. « Machine », puisque c’est ainsi qu’il s’intitule, est une pièce pour orchestre d’un saisissant dynamisme. Du début à la fin le rythme semble s’accélérer inexorablement jusqu’à atteindre un paroxysme immédiatement interrompu par la fin du morceau. On n’en reste confondu. Seulement trois minutes de frénésie et le brusque silence qui suit cette œuvre de Jennifer Higdon produit un sentiment de totale surprise non dénuée d’un peu de frustration. L’interprète commente cette création ainsi : « rendre hommage à des compositeurs comme Mozart et Tchaïkovski qui ont pu composer tant de notes et tant de musiques, au point qu’ils semblaient être des machines ». Curieux hommage s’il en fut… Enfin, c’est l’intention qui compte !

Marthe Vassallo, la chanteuse bretonne (voir notre article), viendra interpréter quelques extraits de « Avel Viz », complaintes du Vent d’Est, une composition de Frédérique Lory, avec la voix pleine de mystère et d’émotion qu’on lui connaît. Annaig ar glas, air de la fille perdue, Katoig ar Troadec, la fille morte d’envie de se marier, pas gai tout cela ! Dans la mesure où l’opéra de Rennes est équipé des appareils idoines, une traduction simultanée eut été commode pour le public, pas forcément bretonnant… Aussi est-il passé à côté des histoires belles et tragiques que la chanteuse conte pourtant avec sincérité. Autre interrogation : y avait-il une absolue nécessité d’amplifier la voix de Marthe Vassallo au regard de la petite taille de l’opéra de Rennes et des réelles capacités vocales de la chanteuse ? On peut en douter.

C’est le moment qu’a choisi Tai Murray, la belle violoniste américaine, pour nous charmer de son talent et de ses éblouissantes qualités techniques. Élégante dans sa robe anthracite pailletée d’argent, elle se lance avec conviction dans l’interprétation du Concerto pour violon n° 4 de Samuel Barber que beaucoup connaissent surtout pour son célébrissime Adagio. Même si son très beau violon du XVIIIe siècle, œuvre du Mantouan Tommaso Balestrieri n’a pas une grande puissance, elle sait en tirer des accents sincères et très vivants. En symbiose avec son instrument, elle est tantôt grinçante tantôt élégiaque avant de devenir l’instant suivant véhémente et tragique. Elle terminera sa prestation de façon magistrale dans un dialogue échevelé avec l’orchestre. Une belle leçon de violon que le public de Rennes a reçu avec une admiration méritée.

Nous poursuivons notre voyage outre-Atlantique avec une agréable surprise en la personne de William Grant Still, compositeur afro-américain d’un talent pas assez reconnu. Malheureusement, il n’avait pas, dans une Amérique des années 20, la peau suffisamment claire pour que ses sept opéras, ses cinq symphonies et bien d’autres œuvres étonnantes, soient plébiscités. C’est profondément regrettable ! Et cette transcription d’un mouvement de la suite pour piano et violon « Mother and child » est une authentique découverte. Quelle distinction et quel beau langage musical ! Le blues et la musique traditionnelle américaine y pointent leur corne et contribuent à notre dépaysement. Même s’il a dirigé quelques grands ensembles américains, comme le philharmonique de Los Angeles ou celui de La Nouvelle-Orléans, ses compositions de musiques de film ne lui valurent pas d’être cité au générique. Il est également l’auteur de « In Mémoriam of the Colored Soldiers who died for Democracy ». Hommage lui est rendu.

C’est avec la Symphonie du Nouveau Monde d’Antonin Dvorak que nous clôturerons la soirée. L’Orchestre symphonique de Bretagne aura l’occasion de s’en donner à cœur joie. L’interprétation dynamique qu’il en propose fait briller spécialement les bois et les cuivres, contribuant en cela à donner un éclat particulier. Toutefois, il y a de quoi s’interroger sur l’idée de Nouveau Monde, car, à l’audition, on est clairement proche des sonorités du créateur de l’école tchèque Bedrich Smetana, et si l’on veut bien se souvenir de la nationalité d’Antonin Dvorak (Tchèque), on serait en droit de se demander si cette symphonie célèbre une naissance ou si elle exprime une forme de nostalgie. Peu importe, c’est beau et bien joué, que demander de plus !

// PROGRAMME //

Jennifer Higdon
Machine

Frédérique Lory
Avel viz, complaintes du vent d’est

Samuel Barber
Concerto pour violon, op.14

William Grant Still
Mother and Child

Antonin Dvorak
Symphonie n° 9 en mi mineur, « Du Nouveau Monde » op.95

Marthe Vassallo
Marthe Vassallo et Tai Murray

Laisser une réponse

SVP rédigez votre commentaire
Merci d'inscrire votre nom