Avec un peu d’avance, l’Orchestre symphonique de Bretagne – OSB – commence à célébrer jeudi 11 décembre l’année de la Corée 2015. Dans ce dessein, les invités étaient David Kim, chef d’orchestre et violoniste, et le jeune pianiste Jun-Hee Kim. Ces deux interprètes ont donné de leur pays d’origine une belle image grâce à concert d’une remarquable qualité. Les artistes du pays du matin calme dans la ville aux nuits tumultueuses, le contraste fut savoureux…

 

C’est avec une pièce de Edvard Grieg intitulée « suite Holberg » que nous étrennons la soirée. Le titre complet est « suite Holberg dans le style ancien » puisqu’elle est composée de manière à rappeler la musique du Siècle des lumières. Cette commande de la ville de Bergen est censée honorer la mémoire de Ludwig Holberg, le « Molière nordique », né en 1664 et mort en 1754. C’est une partition pleine d’humour où se retrouvent les sonorités de Rameau ou Couperin, quelquefois de Jean Sébastien Bach et surtout, dans le dernier mouvement, on saisit des bribes de musique populaire issues du folklore danois.

On peut être déconcerté par cette partition, dont les mélodies baroques ont été composées en 1884, mais le génie de Grieg, qui qualifiait cette œuvre de « morceau en perruque », nous entraîne dans ce pastiche plein de fantaisie et de talent.

C’est assis sur une chaise perchée sur une estrade que David Kim dirige l’OSB. La situation est inhabituelle et un brin cocasse, mais notre violoniste fait fi des apparences et nous éblouit par la précision de son jeu et de la qualité de sa direction. Ses échanges avec l’orchestre, son dialogue avec l’alto de Cyrille Robert – tout est frappé au coin de la perfection.

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Il nous faut ensuite retrouver le bouillant Ludwig van Beethoven. C’est avec un brin de gourmandise que nous saluons l’arrivée sur scène de l’étincelant piano « Stenway and  son ».

Le choix du deuxième concerto n’est pas forcément le plus judicieux. Au sein des quatre, il ne brille guère par sa personnalité, non qu’il soit mauvais, mais il n’affirme ni le brio du concerto l’Empereur ni le souffle épique du troisième. Beethoven le qualifiait lui-même de médiocre. L’introduction de l’orchestre, au premier mouvement « allegro con brio » est assez longue et nous fait piaffer d’impatience, le public brûle de découvrir Jun-hee Kim. Le jeune homme est brillant, son jeu est cependant perfectible. Dans les parties très douces, son doigté est aérien et nous entraîne sans coup férir. Lorsque la partition s’agite, il retombe dans les petits défauts souvent reprochés aux interprètes asiatiques, à savoir d’être trop scolaires. Aux moments forts, exigeant de la virtuosité, il est étincelant de talent et bouscule toute une salle figée dans une admiration extatique. L’OSB est à ce moment du concert en parfaite symbiose avec le soliste et montre un visage des plus réjouissants pour les « fans » de cet ensemble breton. L’orchestre démontre une fois encore l’excellence de son niveau et la parfaite cohésion du groupe.

Bissé par le public, Jun-Hee Kim s’exécutera avec gentillesse (et en français) en interprétant l’un des nocturnes de Chopin. Ce fut un des moments magiques de ce concert. L’extrême délicatesse de sa vision et la souffrance sous-jacente de cette musique sont rendues avec justesse. Les ultimes notes s’estompent dans un silence quasi religieux.

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La seconde partie de la soirée voit réapparaître Darell Ang et Pascal Cocheril. C’est Georges Bizet qui est à l’honneur à travers sa symphonie en ut majeur.

Il est amusant de penser qu’il considérait cette œuvre comme un petit travail d’élève dont il faisait peu de cas. Elle fut d’ailleurs laissée au placard pendant près de 80 années avant d’être retrouvée dans les documents légués par le compositeur Reynaldo Hahn au conservatoire de Paris.

Le premier mouvement « allegro vivo » annonce une énergie et une efficacité absolument revigorantes. Il est impossible de ne pas penser à certaines mélodies de l’Arlésienne comme à celles de Carmen. Le second mouvement, adagio, d’une belle intériorité, permet aux deux hautbois de l’orchestre d’entamer un dialogue presque fascinant. C’est sans doute dans le troisième mouvement, l’allegro vivace en sol, que l’annonce de la future Carmen est la plus évidente. Le tempo assez martial suggère clairement les éclats militaires et les mouvements de foules enthousiastes dont l’œuvre de Bizet est émaillée.

La conclusion « Allegro vivace » ponctue avec élégance cette œuvre pleine d’énergie avec un aplomb et une sûreté qui n’appartiennent qu’à la jeunesse.

Ce sera donc sans réelle surprise que l’on apprendra que cette partition fut écrite par Georges Bizet à l’age de 17 ans et qu’il la considérait avec un brin de légèreté comme un « exercice symphonique »… de quoi rester assis !

Et c’est bien ce que nous avons fait pour applaudir un long moment un chef et un orchestre appliqués toujours attentifs à leur public.

Edvard Grieg  Suite Holberg
Ludwig van Beethoven Concerto pour piano et orchestre n°2
Georges Bizet  Symphonie en ut majeur

Direction et violon : David Kim
Direction : Darrell Ang
Piano : Jun Hee Kim

 JEUDI 11 DÉCEMBRE 2014 Chôsôn et les Lumières de 20h00 à 22h00 Rennes – Opéra
VENDREDI 12 DÉCEMBRE 2014 Chôsôn et les Lumières  de 20h00 à 22h00 Rennes – Opéra

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