Kithara de Zanzibar ? Zanzibar, un nom qui fait rêver. Une culture méconnue dont l’aspect le plus facile à partager est sa musique. Tissée au fil des siècles par de multiples influences portées par l’océan Indien, elle offre notamment le Taarab, genre dont l’opéra de Rennes a fait entrevoir à un public clairsemé les délices durant son cycle les Divas du Monde.

 

Pour appréhender cette musique fascinante, une leçon de géographie s’impose. Située sur la côte orientale d’Afrique, entre Madagascar et le Kenya, cette île a été colonisée par les Portugais, puis intégrée au Sultanat d’Oman avant de devenir un sultanat autonome. Sa position en fait un carrefour commercial où s’installent nombre d’Indiens et de Persans – pour l’anecdote : Freddy Mercury est issue de cette communauté. Vous voyez le tableau ? Ou plutôt : vous entendez ce melting-pot ? Sur une souche de musique arabe se greffent des rythmes africains, des instruments iraniens et des notes indiennes. Soucieux d’entretenir une cour raffinée, un sultan des années 1870 envoie son musicien préféré en Égypte, s’initier au qanun, sorte de cithare propre au monde arabo-musulman. Tous les ingrédients sont réunis pour produire la musique taarab. Ce mot d’origine arabe signifie « émoi, extase » et c’est bien l’effet produit à l’écoute de ces airs chantés en swahili. On peut imaginer Stanley et Livingstone, Rimbaud ou autres aventuriers succomber à son charme envoûtant. À la même époque, Jules Verne fait de Zanzibar le point de l’expédition exploratoire des sources du Nil, dans son roman Cinq semaines en ballon.

kithara zanzibar orchestreForts de ces héritages croisés, les habitants de Zanzibar s’adonnent à la musique dans des clubs où répètent les bigs bands. Ne cherchez pas d’analogie avec le Buena Vista social club, ou alors juste pour le côté social, car le taarab ne se danse pas comme la salsa. La culture musulmane dominante impose de la retenue. Quand le Kithara de Zanzibar entre en scène, on pense aux grands orchestres du Caire, où chacun est assis sobrement, face au public.

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Orchestre Kithara de Zanzibar

À l’opéra de Rennes, les quatre hommes vêtus de pantalons sombres, de tuniques blanches et coiffés de la toque traditionnelle arrivent avec qanum, accordéon, guitare et percussions. Deux femmes sculpturales s’installent aussi sur leurs chaises. L’une tenant sa pochette pailletée et l’autre un tambourin. Visage de déesse indienne, drapée dans une pudique et longue robe soyeuse, Saada Nassor se lève et envoie au public un gracieux baiser avec ses bras. La diva de Zanzibar entame un chant qui raconte sans doute une histoire d’amour dont les envolées lyriques s’accompagnent de quelques mouvements de têtes ou levers de sourcils très « bollywodiens ». Sa collègue Rukia Ramadhan, plus africaine dans sa gestuelle et dans son timbre, peine à maintenir la justesse de la mélodie, mais la bande emmenée par Rajab Suleiman gomme les différentes imperfections.

Rythmé par les tablas et parfois accompagné d’un violoncelle, le dialogue entre la voix de Saada Nassor et les instrumentaux reprend son rythme très codé, s’amplifiant avant un final cut assez brusque, comme une vague qui gonfle avant de s’écraser sur la plage de Stonetown. Tiens, n’est-ce pas là la voile du boutre de Monfreid ? Merci pour le voyage. Asante sana !

 Retrouvez le programme de l’Opéra de Rennes ici

mc.biet [@] unidivers .fr Architecte de formation, Marie-Christine Biet a fait le tour du monde avant de revenir à Rennes où elle a travaillé à la radio, presse écrite et télé. Elle se consacre actuellement à l'écriture (presse et édition), à l'enseignement (culture générale à l'ESRA, journalisme à Rennes 2) et au conseil artistique. Elle a été présidente du Club de la Presse de Rennes.

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