Un cours de danse au lycée ? C’est possible au Lycée Bréquigny à Rennes. Muriel Deslandes est chargée de cet enseignement et a accepté volontiers de répondre aux questions d’Unidivers.fr. Deux lycéens de terminale, une fille Coco et un garçon Mathéo, ont également bien voulu se prêter à nos questions. Des échanges qui ont eu lieu suite à l’intervention du chorégraphe Dominique Jégou, invité à participer au cours le 9 avril dernier.

 

(Dominique Jégou a profité d’un soleil printanier inespéré pour initier ces lycéens à la Planetary Dance (inventée en 1987) de la chorégraphe étasunienne Anna Halprin, spécialiste des danses d’improvisation et d’happenings faisant intervenir des publics très variés. Les photogrammes illustrant cet article donneront au lecteur une idée d’un rituel performatif destiné autant à libérer l’énergie physique que propice à l’introspection)

 

 Entretien avec Muriel Deslandes

Unidivers.fr – Quel est l’intitulé officiel de cette option ?

Enseignement artistique art danse (option facultative et de spécialité réservée à la filière L)

Planetary Dance : chacun définit sa trajectoire
Planetary Dance de Anna Halprin : chacun définit sa trajectoire

Combien d’heures de cours par an et comment sont-elles groupées dans l’année ?

– Enseignement facultatif (3h/heb) en première et terminale

– Enseignement de spécialité (5h/heb) en première et terminale

Le lycée propose aussi un enseignement d’exploration en classe de seconde danse (2h30/heb)

Comment les intervenants extérieurs sont-ils choisis ?

En concertation avec nos  partenaires culturels (Triangle, TNB et Musée de la danse) suite à la validation par la DRAC des projets chaque année et à l’attribution d’une subvention  en relation avec les thématiques du programme.

– 2h hebdomadaires en enseignement de spécialité avec les 8 thématiques suivantes à envisager en classe de première et terminale : danse et théâtralité ; danse et virtuosité ; danse et relecture des répertoires ; danse et interprétation ; danse et autres arts ; danse, espace scénique et conventions ; danse et nouvelles technologies ; danse et techniques de corps.Comment les parts théoriques et pratiques de ce cours s’associent-elles ?

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Dominique Jégou transmet aux élèves des gestes de la chorégraphie de Trisha Brown Accumulation

Les oeuvres au programme sont les trois versions du Sacre du Printemps (Nijinski – Béjart – Bausch) et May B de Maguy Marin.

– 3h pratique hebdo en lien avec ces thématiques sur lesquelles on fait intervenir des artistes, soit en leur passant des « commandes » précises, soit parce que cela fait écho à un de leurs travaux de création, en cours ou passés.

Par exemple, Nathalie Pernette est venue cette année faire une proposition sur le Sacre du Printemps, en lien à la fois avec les thématiques 3 (danse et relecture des répertoires)  et 8 (danse et techniques de corps).

Laina Fisbeck est venue proposer des ateliers en classe de première  sur la figure de « la sorcière » ( thématique 1 : danse et théâtralité )agrémenté d’un travail théorique mené sur l’expressionnisme allemand.

Nous avons fait un travail en début d’année au musée Manoli autour de Danse et Sculpture ( thématique 5 : danse et autres arts ).

Votre cours a-t-il évolué depuis que vous enseignez cette option ?

Oui bien sûr, il a évolué d’abord dans le traitement des notions théoriques, la construction de contenus et situations permettant des allers retours entre expériences pratiques, comme la vidéo, et d’autres plus conceptuelles ; puis dans la précision des demandes auprès des artistes intervenants ; enfin, dans l’enrichissement de mes ateliers par l’expérience de la rencontre avec ces artistes.

Quels sont les freins à l’adhésion des lycéens à cette option ?

Une sorte d’élitisme perçu dans l’accès à la danse contemporaine…tant au plan du corps dansant, que dans la « compréhension » du sens  des projets artistiques.

Pourriez-vous décrire une expérience de votre cours ce qui vous donne satisfaction toute particulière?

L’expérience toujours renouvelée de mon point de vue est dans la rencontre avec l’élève… dans ce moment clef où il bascule dans la confiance, dans cet état particulier d’être là, dans le mouvement ; les sensations ; la présence à soi et aux autres.

*

Entretien avec Coco Hédouin et Mathéo Lebouc

 

Unidivers.fr – Comment en êtes-vous venus à pratiquer la danse au lycée ?

Mathéo – J’en suis venu à pratiquer la danse au lycée par choix d’orientation, j’avais envie d’apprendre et de découvrir ce qu’était l’option danse au lycée Bréquigny.

Coco – Avant d’être au lycée, je pratiquais la danse modern-jazz en association, mais pour moi la danse n’était qu’un simple loisir. En Mars 2012, j’ai eu la chance de participer à la pièce Saut de l’ange de Catherine Legrand, et lors de la représentation, j’ai eu un déclic et j’ai donc changé ma décision de partir dans une école hôtelière pour aller au lycée Bréquigny en option danse.

Qu’est-ce qui vous a décidé à vous engager fermement dans l’option ?

Coco – C’est ma passion pour la danse et pour connaître des expériences nouvelles.

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Planetary Dance de Anna Halprin : le centre d’attraction et les satellites en périphérie

Mathéo – Il y a une très bonne ambiance entre les élèves et les professeurs, et nous travaillons sur des projets devenant à chaque cours plus intéressants.

Arrivez-vous à faire partager votre intérêt pour la danse à votre entourage?

Mathéo – Oui, j’aime partager avec mon entourage mon intérêt pour la danse si ce ne sont pas eux qui viennent me voir pour me poser des questions sur cette option !

Coco – Oui j’arrive à partager mon intérêt pour la danse à mes amis, et mes parents sauf ma famille plus large où c’est plus compliqué.

Vos proches font-ils preuve d’enthousiasme ou au contraire sont-ils susceptibles de vous décourager?

Coco – Oui, mes proches m’encouragent et me soutiennent.

Mathéo – En général oui, ils sont assez enthousiastes, personne ne me décourage.

Que vous apporte cette activité dans votre vie quotidienne ?

Mathéo – Cette option m’a ouvert l’esprit je dirais. Je suis devenu plus sensible face à d’autres projets artistiques.

Coco – La danse me procure du plaisir physique et spirituel, de la détente, moins de stress et de nouvelles connaissances. (PS: Beaucoup de bleus)

La danse a-t-elle un impact sur votre scolarité ?

Mathéo – Oui, un léger impact causé par la fatigue.

Coco – Oui et non. Oui car je met parfois trop d’énergie dans la danse et pas assez dans les cours. Non, car c’est la danse qui me motive pour avoir de bonnes notes.

Y a-t-il un geste ou un style de danse qui vous plaît plus particulièrement ?

Mathéo – J’aime plus particulièrement les danses hip-hop.

Coco – La danse contemporaine, la danse africaine et le pop pin (hip hop) sont les danses qui me plaisent le plus car elles sont liées que ça soit au niveau de l’énergie ou du rythme.

Allez-vous régulièrement voir des spectacles de danse ? Qu’est-ce qui vous attire, vous questionne ?

Mathéo – Grace au lycée nous allons voir assez souvent des spectacles de danse. Ce qui me questionne : le parcours des danseurs, leur histoire.

Coco – Oui je vais régulièrement voir des spectacles de danse grâce à l’option danse du lycée Bréquigny qui propose des spectacles tout au long de l’année. Ce qui m’intéresse plus particulièrement, c’est d’essayer de comprendre ce que le chorégraphe veut montrer dans ses pièces, si c’est pour faire passer un message ou juste proposer un spectacle divertissant… Mais avant tout, lorsque je vais voir un spectacle, j’aime ressentir des émotions et sensations, c’est ce que je recherche en premier.

Pouvez-vous nous faire partager certaines de vos expériences réalisées avec les différents intervenants durant l’année?

Mathéo – La journée au musée de Manoli où nous nous sommes inspirés des œuvres pour ensuite danser. Ou bien, la représentation de notre chorégraphie au diapason et ensuite à Lorient ..

Quelques mots pour qualifier l’expérience autour du cercle et du rituel en relation avec Planetary Dance ?

Mathéo – C’était une expérience très intrigante, un nouvel aperçu de la danse pour moi très intéressant.

Coco – Si je devais qualifier l’expérience de Planetary Dance, je dirais que c’est une danse ou plutôt un rituel assez physique, qui libère l’esprit.

Envisagez-vous de continuer à danser à l’avenir ? De suivre un enseignement de danse après le bac? Envisagez-vous une professionnalisation dans le domaine des arts du spectacle, au sens large ?

Mathéo – Oui j’envisage de continuer la danse à l’avenir du moins jusqu’au bac. J’aimerai me professionnaliser dans ce domaine mais tout dépendra de mon niveau et de mon parcours universitaire.

Coco – Oui j’envisage de continuer la danse à l’avenir car je veux en faire mon métier. J’aimerais intégrer le CCN et Fac de danse de Lille ou encore le CCN de Lyon ou Montpellier.

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Planetary Dance de Anna Halprin : « un rituel assez physique, qui libère l’esprit »

 

+ d’infos : http://www.lycee-brequigny-rennes.ac-rennes.fr/

Un reportage de Matthieu Mevel et Emmanuelle Paris

ROTOMAGO [matthieu mevel] est fascinateur, animateur de rhombus comme de psychoscopes et moniteur de réalité plurielle. rotomago [@] unidivers .fr

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